PHILIPPE PISSIER :

 

IN CAUDA VENENUM

(extraits)

 

Sans titre, Philipe Pissier, 1997 e.v.


 

PATIENCE ET LANGUEUR DE TEMPS

 

Sa langue percée par l'araignée de cendres s'attarde autour du gland, humecte la chair rose et y grave des suppliques. Pourra-t-elle jouir aujourd'hui ? Une semaine déjà s'est écoulée et seul le temple de sa bouche fut profané. Immobilisée pour la nuit, sans que ses doigts la puissent fouiller et satisfaire, les heures ont défilé humides de frustration. L'invisible ceinture de chasteté relâchera-t-elle son étreinte sous peu ? Et à quelles conditions ? Elle ne sait mais sent le jouir s'approcher, tigre à l'affût. Son séjour au château s'achève.

On lui bande les yeux, la fouette un peu, puis sa bouche est de nouveau investie et enfin, libre de l'entrave suprême, elle se pâme en réponse à la claire tour qui dans son ventre s'abîme.

 


 

ARBRE A PEINE

 

C'est le fracas assourdissant de l'astral surchargé de sexe, cornes de sanglier à l'assaut des méridiens d'acupuncture, totalité ayant eu raison du raisonnable. Les poids étirant les grandes lèvres vers le bas à chaque coup porté oscillent avec grâce ; leur va-et-vient s'avère eidolon de l'horloge cosmique. Le bâillon se rit de la souffrance car son code d'honneur a léché les pieds du cri - et ce dès le début du jeu.

Voici le plan horizontal: la barre d'écartement qui d'une enjambée isole chaque membre inférieur. Le plan vertical est ce corps soumis à la correction, arbre de servitude aux branches lumineuses.

Sapin de Noël anxieux.

Violé.

 


 

LA SEIZIEME LETTRE

 

C'est de lave qu'on l'alimente, esclave musicale en raison des grelots qui pendent aux anneaux de ses seins. Rien n'est moins permis que rendre hommage aux autres orifices: la bouche seule doit encore et encore être offerte aux habitants des lieux comme aux mâles de passage venus chercher détente.

On s'amuse à la lier en de périlleuses positions, on veut vérifier qu'aussi complexe que soit sa posture elle sera toujours à même de remplir son office. Ainsi la tête en bas, cierge allumé honorant la vulve de sa présence menaçante. Ou victime d'une étrange machination de poids et de poulies, exigeant d'elle la parfaite maîtrise de son équilibre, sans quoi...

De temps à autre, on la dispose sous la table du repas où elle doit successivement extraire la quintessence de six ou sept mâles, laquelle elle doit recracher dans l'assiette de nourriture qu'à genoux et mains liées dans le dos elle dégustera tout à l'heure, nue et grelottante sous l'averse de propos humiliants.

Toute plaisanterie mise à part, on lui explique que la foudre a de toute éternité décidé d'élire domicile dans le pardès de son alcôve buccale.

 


 

LA PISTE AUX ESCLAVES

 

Elle danse au milieu d'une piste constellée de cruels obstacles qu'elle s'ingénie à éviter, malgré les fouets contrariant ses efforts de leur vive lanière. Sait-elle qu'elle joue le rôle de la lionne dans ce cirque où d'étranges dresseurs jouent aux dés le droit d'user de ses orifices ? Peut-être pas, car le contrat qu'elle signa avec son maître ne mentionnait qu'en termes vagues les possibles ordalies du futur.

Alors qu'épuisée elle tombe à genoux, l'humaine sollicitude se manifeste et une cravache vient zébrer son dos de sa trajectoire vengeresse, lui arrachant un cri de violon qu'on éviscère. C'est une autre femme qui surgit et teste son obéissance, lui intimant tout d'abord de nettoyer ses escarpins de sa langue domestique. Elle s'exécute, noyée remontant à la surface d'une rivière de sensations confuses, puis relève la tête et aperçoit l'odieux visage de sa rivale de toujours. Celle-ci se penche alors à son oreille et lui avoue, mielleuse, qu'elle a très cher payé pour que sa bouche serve d'urinoir à tous les mâles présents.

 


 

RICTUS D'UN SOLEIL DE PLOMB

 

Nul doute que cette roue mordue à pleines dents par le désert soit exorcisme du confort pour la douce créature dont le corps lié à icelle se carbonise à l'idée d'une goutte d'eau. Elle n'aurait certes jamais dû rechigner à se laisser percer la langue, constat qui n'atténue en rien la grande méchanceté solaire s'acharnant à cuire cette sirène rebelle. Cela fait des heures qu'elle soliloque et les démons du sable ricanent à la vue de la suppliciée, s'amusent à bâtir des mirages aquatiques devant ses yeux incrédules.

L'hallucination se développe et bientôt le soleil lui-même devient épée ardente ou muselière phallique qui viole sa bouche et y expulse un fleuve de semence fraîche, répondant ainsi à l'appel de l'assoiffée. Elle devient dès lors la princesse voulue et songe que désormais tout elle acceptera.

 


 

LA MARQUE DE LA BÊTE

 

C'est aujourd'hui qu'on la marque à Ses initiales et le réchaud qui menace derrière elle lui plante des clous de peur le long de l'échine. Elle se cabre et supplie d'une voix faible, balbutie, oublie les règles élémentaires de la prononciation. Il faut dire que l'ineffaçable est à deux pas de son cul, chauffé au rouge.

Le monogramme rapidement s'imprime, la fait bloc de hurlements incendiant les conceptions ordinaires de l'espace. La voilà qui sombre, atomisée par deux rafales de ténèbres, dans un puits sans fond tandis qu'Il s'approche pour baiser ses paupières incrustées dans un visage de déesse livide.

 


 

LES CONSEQUENCES D'UNE REPONSE IRREFLECHIE

 

 

Elle est solidement entravée dans la cave, à genoux sur une règle en métal, cercle d'acier lui écarquillant la bouche. Sa longue et noire chevelure, soumise à une atroce tension par cette cordelette que ne lâcheront point les dents de la voûte, lui permet aussi peu de mouvements que ses petites lèvres, dont les anneaux d'or sont par une chaînette devenus solidaires de ce piton ancré dans le sol. Tous lui tiennent compagnie: batraciens, scolopendres, blattes et faucheux, orvets et chauves-souris. La Nature, fière de sa cruauté intrinsèque, missionne ses sbires d'un étrange ballet à exécuter sur la chair de la pauvresse. L'aberrifique tourment la tétanise, elle que nous soupçonnions bestiolophobe. Au bord de la démence, les larmes inondent ses joues et son cerveau ne sait plus quoi répondre à l'impuissance lorsqu'elle sent une bête plus intrépide que les autres escaladant son menton, prête à explorer l'orifice impossible à clore.

On lui avait demandé si elle aimait la Nature!

 


 

MONDANITES

 

On l'invite à une soirée et sa souffrance elle doit taire: qui devinerait que ses sous-vêtements de cuir ont été garnis d'orties et que son anus abrite un vibrant intrus ? Seul le couple qui l'entraîne dans son sillage est au fait de pareilles turpitudes et se délecte de cette douleur occultée. Il a été convenu que ce soir elle jouerait le rôle de la sotte, et elle doit agrémenter ses propos de remarques stupides - comme si son maquillage outrancier ne suffisait point à susciter les regards désapprobateurs.

Le maître de maison devine leur trouble jeu, triangle de perversité, et discrètement demande si elle est à louer. A la réponse positive succède la transaction, puis l'hôte l'emmène dans ses quartiers et commence le jeu en livrant sa bouche à ses valets.

 


 

MACERATION DANS LES MARECAGES

 

C'est une virée aux ailes membraneuses, glauque comme une bâtisse en proie aux rongeurs. Le mousqueton de la laisse est fixé à la chaînette reliant les pinces à seins et on lui fait découvrir des paysages inédits, nue et mains liées dans le dos. Les ronces labourent ses mollets de leurs langues vicelardes et il faut quelquefois étirer les mamelles d'un coup sec pour lui faire presser le pas. Il l'attache dos contre un arbre et lui fouette les cuisses jusqu'au sang, zébrant sa peau d'éclairs qui sont autant de marques d'appartenance. Les gémissements étouffés qui sourdent du bâillon sont trophées sonores cajolant son érection.

Il la prend alors, brutalement, jouit presque aussitôt, recueille sa semence pour en barbouiller son visage défait. Et s'éloigne: deux heures à méditer en compagnie des moustiques et de l'odeur de sperme flattant ses narines devraient accélérer le processus alchimique en cours, celui-là même visant à obtenir, pour pierre philosophale, une parfaite catin.

 


 

A LA NUIT TOMBEE

 

Alors que la pleine lune là-haut persiste et signe, mordant la terre de sa bonne lueur de coutelas meurtrier, nous vous confirmons par la présente qu'il la promène en laisse dans la novale: elle est nue à l'exception d'un collier canin et d'une ceinture de chasteté garnie intérieurement de pointes minuscules - et affreusement serrée comme vous vous y attendiez. Le rendez-vous fut fixé quelques lieues plus loin, au coeur de la forêt.

Lorsqu'ils arrivent, les membres de la chienne sont maculés de boue, cruellement égratignés, mais il s'agit là de détails indifférents aux dix personnages qui ont mis le prix pour abuser d'elle cette nuit. Dès qu'est effectué le reste du paiement, il se retire, s'assoit sur une souche et les observe qui entament une ronde ludique autour d'elle, loups-garous reniflant leur proie. Tous veulent sa bouche réputée experte. Et qu'elle ne s'aide surtout point de ses mains souillées!

Elle avale toujours tout, n'en perd jamais une seule goutte, songe que son Seigneur se réjouit de cette somme acquise grâce à ses talents de fellatrice. Satisfaite d'aller jusqu'au bout du jeu, même si - ou peut-être parce que - l'argent de sa prostitution servira à offrir à sa rivale la robe de soirée dont elle-même rêvait depuis longtemps déjà.

 


 

CARCEROCEPHALE

 

Elle ne voit rien, n'entend rien, ne sent que l'odeur des mâles en rut qui palpent la marchandise - son corps. Le heaume de cuir, escorté de son fidèle et phallique bâillon de caoutchouc, constitue le cachot idéal pour sa tête de linotte. Ses poignets menottés à la chaîne qui descend des cieux lui interdisent tout geste insurrectionnel ; la barre d'écartement qui sépare ses membres inférieurs rend ses orifices aisément accessibles, invite à leur exploration. Le plus licite étant cadenassé, le premier visiteur place ses deux pouces de part et d'autre du sanctuaire anal avant de les écarter au maximum en invitant de force son bélier de chair en cet antre étroit et sec. Une fois maître de l'excavation, les hurlements étouffés et les soubresauts électrisent plus encore sa chair d'envahisseur.

Mais lorsque son comparse a l'idée géniale de tordre fâcheusement les deux tétins, il explose dans le cul de cette merveille en poussant des cris d'aliéné en instance de décapitation.

 


 

LA MALLE OPHITE

 

On s'approche de la prisonnière qui luttait contre ses entraves. Une fois bâillonnée et aveuglée par le foulard de soie, elle est disposée sur le ventre dans une malle où l'attendent des couleuvres couleur d'orage - on l'a suffisamment ajourée pour lui éviter l'asphyxie. A la courroie de cuir qui relie ses chevilles est fixé un éperon phallique, conçu pour la pénétrer lorsqu'on replie ses talons contre ses fesses: la belle invention que voilà! Lorsque se referme la tombe de voyage, elle entend le silence envahir de sa tyrannie tout l'espace clos. Elle n'a de conscience que du Serpent, qu'il s'agisse de celui comblant son fourreau anal ou bien des authentiques reptiles dont le contact froid lui est odieux. Elle se sent déplacée, sait-elle qu'on la charge dans un camion ?

Imagine-t-elle que pour son plus grand déplaisir on a choisi, des routes menant au manoir, la plus accidentée ?

 


 

ON MATE LA VIPERE

 

C'est la belle esclave à la bouche phallovore qu'on promène au moyen d'une laisse dont le mousqueton est fixé aux anneaux de son sexe. Hommes et femmes s'approchent, l'encerclent, immiscent un doigt dans son sexe ou son anus avant de lui en intimer le nettoyage consciencieux - elle a une langue, qu'elle s'en serve ou qu'on la lui perce avant de la lester de poids! On lui fait faire le tour de la salle en riant, elle est centre de l'éclat de joie qui fracture l'atmosphère, cavale en larmes tandis que la pourchasse le fouet. On lui fait lécher des bottes, adorer des pieds, humer des toisons pubiennes, on la déguise en chienne à coups de mots choisis et finalement on joue à la transmuter en monstresse lubrique, pénétrable jusqu'à l'âme, symbole de tous les conduits à obstruer de par le monde.

Elle en bave et c'est tant mieux: les sabres de folle humiliation s'enfoncent plus avant dans son être, le brûlent de mille feux noirs qui en oublient de crier.

 


 

DU BON USAGE DE LA FEMME EN MILIEU RURAL

 

Attachée en manière de suppliciée dérisoire, elle subit les mâles assauts du Soleil, debout sur sa croix au milieu du champ. Sa bouche est comble - culotte roulée en boule oblige - mais elle arbore un invraisemblable sourire, tracé au rouge à lèvres sur le sparadrap qui les soude. Affublée d'un haut de forme et d'un nez grotesque maintenu en place par un élastique, vêtue de haillons crasseux, elle n'est pas vraiment fin prête pour un défilé de mode - mais qui s'en soucierait ? Pas l'astre du jour qui darde en ricanant ses rayons estivaux sur la pauvresse, pas ceux qui abusent d'elle la nuit et la disposent ainsi le jour.

Les corbeaux seuls s'interrogent, dubitatifs face au nouvel épouvantail.

 


 

LES MESAVENTURES D'UNE RÊVEUSE

ASSERVIE PAR LES BOUCANIERS

 

C'est dans ses songes qu'elle se retrouve victime de pirates aux désirs glauques et au rut exigeant, ils l'ont capturée alors qu'elle errait sur la côte et ont fait d'elle leur mascotte - et leur vide-couilles. Parée d'un torque sur lequel figure le sceau du dieu des corsaires, elle brique le pont et subit le fouet à la moindre incartade, évolue de bras en bras et les fellations succèdent aux sodomies - leur chef a lui-même percé et cadenassé l'intimité qu'il se réserve, ainsi que le nez où l'anneau d'or luit de mille éclats qui tuent. C'est le soir qu'il la prend en levrette dans sa cabine, échauffé par le rhum, après que le dernier matelot en eût fini avec elle.

Un matin, écoeurée, elle a recraché la semence d'un de ses tourmenteurs qui ne se lavait guère et on la retrouve quelques minutes plus tard écartelée sur le pont où se pressent les occupants du vaisseau. Deux équipes se constituent, les paris sont ouverts, il s'agit de voir qui sera à même de la faire crier au plus inouï, chacun devant user d'une technique différente de son prédécesseur. Un ouragan de doublons est en jeu ; l'affaire est sérieuse, il y aura des pleurs et des grincements de dents! L'heureux élu et impitoyable gagnant hébergeait un machiavélique reptile au sein de son cerveau: dès qu'il eût approché de son sexe offert le crabe aux pinces alourdies de menaces, la rêveuse se cabra en hurlements perforés de folie - et se réveilla.

Mais restait l'anneau d'or à son nez, preuve qu'espace et temps sont factices. Et que le désir est cet outil de mort flinguant tous les verrous.

 


 

MINUTIE

 

Les cruelles poucettes d'acier qu'il lui fixe aux gros orteils, maintenues à bonne distance l'une de l'autre par une fine mais inflexible barre métallique, sont le gage de cet écartement qui fait craindre le pire lorsqu'on songe à tous les pillards rêvant de son anal sanctuaire. La sotte mérite une leçon qui extorque des larmes et des comètes de panique à ses yeux coquettement maquillés. Il la force ensuite à se plier en deux tête contre le plancher, à la base d'une colonne marquée des emblèmes de la torture, et l'y lie à l'aide d'une sangle de cuir passée sous ses seins. Le bâillon de métal, muni d'une manette extérieure permettant de distendre à volonté joues et mâchoires, semble interdire tout commentaire. Mais ses yeux sont au moins aussi libres que son postérieur est exposé. Et s'approchent les ongles de la terreur lorsqu'elle voit le nouveau fouet apparaître dans la main vêtue de cuir, bel engin autour des fils de cuivre duquel sont entortillés de petits morceaux de plomb: voilà qui est conçu pour permettre la manifestation à l'apparence visible d'un dieu fluide et purpurin.

 


 

UN BRASIER DANS LA BOUCHE

 

Elle n'a pour tout ciel que la voûte de son cachot car sa tête est maintenue en arrière par des poids suspendus à sa longue chevelure. Bouche écarquillée par le cercle en métal, elle est agenouillée sur une règle métallique qui s'enfonce dans ses chairs et les menottes entravant ses membres supérieurs sont reliées par une chaînette aux anneaux de ses seins: pas beaucoup de marge et elle laisse donc ses mains plaquées contre sa poitrine. Aujourd'hui c'est lent, graduel, il veut la briser - on ne joue plus. Une pince au clitoris en guise de préambule. Puis viennent les caresses de la cravache et les cuisses virent sous peu au rose marbré. La cire, qui envahit le triangle de son intimité. Et, suprême conclusion avant qu'il ne la quitte pour rejoindre sa seconde esclave, cette bouche contrainte d'avaler, par trop tentante, reçoit une sidérante obole de feu: y passe tout le pot de purée de piments.

 


 

UNE LIMITE A FRANCHIR

 

Lorsqu'il pousse la lourde porte en chêne, la belle est là à genoux qui l'accueille en léchant ses bottes. Il fixe la laisse à son collier et l'entraîne à quatre pattes dans le salon. Puis, rituel immuable, il retire le fouet dont les lanières seules dépassent de son sexe, lui fait nettoyer le manche de sa langue avant de lui administrer vingt coups. Il exige ensuite d'elle que sa bouche devienne antre du dragon turgescent ; lorsqu'il crachera ses flammes celles-ci ne disparaîtront point de suite dans le labyrinthe intestinal. Elle n'avale pas sans qu'il l'ordonne et demeure parfois longtemps à savourer sa semence comme la salope nourrie au foutre qu'elle est.

Mais aujourd'hui la longue attente n'est point de mise et elle doit bientôt laisser la lave franchir le barrage des lèvres, perler de son menton et maculer ses seins. Il en barbouille le visage de cet automate érotique avant de lui annoncer l'heureuse innovation: il a décidé de régulièrement lui offrir une boisson tout aussi personnelle mais fille de la nécessité, non du désir. Elle l'écoute attentivement et apprend, bouche bée, qu'en cas de refus son droit de jouir serait limité à deux fois par mois. Prise au piège, elle ne sait si elle doit être triste ou fière des progrès qu'elle va accomplir, du saut qu'elle va faire. De l'abîme qui l'avale, de la mâle urine qui scellera sa soumission.

 


 

LA BOÎTE AVALE-FOUTRE

 

C'est une étrange boîte qu'il a conçue: rectangle vertical destiné à contenir une femelle reposant debout sur ses genoux, talons écrasés contre les fesses. Le bois est ajouré au niveau de la bouche maintenue béante par un dispositif de son cru et il invite quelquefois ses amis à jouir dans cet antre paniqué, lesquels ne s'en lassent pas. Ces jours-là, il attend le crépuscule pour libérer son sac à foutre ankylosé, lequel doit le remercier par des paroles rituelles. Elle craint ce châtiment qui la réduit à l'état de pur objet, statue douloureuse - profanée par des membres anonymes. Hélas pour elle! décidé à aller de l'avant, il annonce à la belle médusée que cette claustration spermatophage deviendra sous peu hebdomadaire, et ce en raison d'arguments sonnants et trébuchants. La semaine d'après, les faits sont là: même pas pute, boîte avale-foutre qui comptabilise un nombre impressionnant d'entrées.

 


 

UN DRAGON ENVIABLE

 

La créature demeure fabuleuse mais a soudainement cessé d'arborer les couleurs du mythe: incarnée depuis peu, elle vit dans une véritable caverne creusée à même la roche du désir. Ses exigences sont toujours épines dans la chair du royaume, princesses et dames de haut rang doivent rendre hommage à son illicite ardeur. Il convient de les déposer liées devant son antre, dedans les conséquentes flaques d'urine qui en ornent le seuil. Dès que la nuit tombe, il s'empare d'icelles et c'est la foire aux outrages qui commence, ponctuée de pleurs et d'inutiles supplications. La victime doit tout d'abord danser en son honneur, au centre d'un parterre de ronces qui se délectent de la sanglante obole des mollets. Puis viennent les pénétrations synchrones: pourvu d'une virilité trine, il fouille dans le même temps et sans mercy tous les orifices de la créature en larmes, enchaînée par les soins des gnomes à son service. Immense est son désir qui ne s'épuise qu'aux premières lueurs du jour, lorsque les petites créatures sont autorisées à prendre leur comble d'amour et se battent alors pour s'agiter en riant dans le cul de la belle ou uriner sur son visage défait.

 


 

UN STRATAGEME EFFICACE

 

Maintenue allongée sur le ventre par les menottes fixées aux barreaux du lit, elle est belle croix de Saint-André reposant sur sa couche de chardons. Lui s'amuse de son tourment, lui fait croire qu'il la délivrera si elle se plie à telle ou telle de ses exigences, l'interroge d'un ton inquisitorial, passe des insultes aux mamours, lui déclare qu'il faut bien qu'il la dresse, qu'il n'aime qu'Elle, joue avec ses nerfs. Il lui explique qu'il la reconnaîtra comme véritablement son esclave du jour où elle obéira aveuglément à l'autre femme qui partage sa vie, où comme dans un rêve ancien elle se prosternera à ses pieds, lui procurera autant de plaisir qu'à lui. La douleur qui tonne dans tout son corps a bientôt raison de ses réticences et elle finit par y consentir dans un râle pitoyable.

Il va alors chercher l'autre qui patientait en secret, égarée dans un songe lesbien. Elle s'approche, insolente jusqu'au bout des ongles, pose son escarpin près du visage en décomposition et affiche un sourire de stryge lorsque la langue se tend pour en nettoyer la semelle.

 


 

CONTRAINTE D'UN ESPRIT RECALCITRANT

 

La partie supérieure de son corps repose contre la table, bien. Sur le ventre: c'est idéal puisqu'on peut ainsi fouetter son postérieur ou l'envahir. Les mains sont liées dans le dos comme le veut l'usage, les pieds fort écartés par les cordes méchamment tendues. Une innovation attire néanmoins le regard: cette boîte qui s'ouvre et se ferme comme un carcan et la rend salope acéphale. Le haut du dispositif se retire aisément et l'on découvre alors la tête escamotée, ornée du bâillon et du bandeau. Le maître des lieux insiste pour qu'une dame de l'assistance soit la première à cravacher le cul. Tandis que pleuvent les coups, il s'empare de divers bas, culottes et collants usagés, collectés pour la démonstration.

Le principe est simple. Cette esclave est pourvue d'un odorat marqué aux armes de la délicatesse, la crasse est sa phobie. Il s'est en conséquence appliqué à concevoir une boîte à odeurs qui puisse à ses narines infliger la suprême brimade. Au moment où sa respiration s'accélère (laquelle est exclusivement nasale comme s'en doute le lecteur attentif) en raison du phallus qui pénètre son cul, il dépose près de son visage les sous-vêtements puants puis referme la trappe. La torture devient totale, tous applaudissent comme le corps de la chienne se tord en vain.

Ce coup-ci, c'est foutu: il la tient et elle le sait. Une fâcheuse maladresse, tel mot plus haut que l'autre: tout cela il faut bannir car humer l'infamie en serait la résultante.

 


 

JAMAIS DEUX SANS TROIS

 

Elle n'est pas très vive de la bouche, irrécusable est ce constat. On la fait s'agenouiller face à une autre compagne d'infortune, menottée à un croc dont l'origine se perd dans la nuit du plafond. La chaînette reliant les deux étaux qui mordent ses seins est mise à profit, on la fait passer dans l'anneau dont est percé la langue de la pauvresse qui doit lever haut la tête. La correction débute et si la flagellée évite de trop se déhancher par égard pour l'organe en péril, l'autre doit accompagner de la tête les mouvements brusques bien que contenus. Chaque seconde précédant le coup met au monde une nouvelle galaxie de suspense.

L'un des hommes masqués semble s'émouvoir du spectacle et se précipite pour corser la situation de l'agenouillée, il fixe une pince à son clitoris avant de la forcer par l'arrière. Etonnante vision que celle de ces trois mouvements aux intérêts divergents: celui de cette femme qui endure des coups à dessein de plus en plus violents, de cette autre dont l'être est tout entier obsédé par la préservation de son indispensable outil fellateur, et du quidam tout de noir vêtu dont le souffle rauque prouve assez la volupté que lui procure l'anal fourreau de la prisonnière morte de peur.

 


 

IRRECUPERABLES

 

Elle porte une perruque bleu cobalt et danse pour son maître, lequel s'abandonne dans le même temps aux soins d'une bouche vorace, bouche de pute au corsage gavé d'orties. Elle danse comme danse la nuit en s'imaginant le doigté rectal du jour, évolue dans la pièce comme couteau dans la plaie. Mais sa cervelle de prisonnière est avant tout obnubilée par la présence de l'autre goule aux lèvres tractives de semence, vestale s'abreuvant au phallique brasier. Quoi faire pour devenir prépondérante ?

Il apprécie le complexe de la situation, flatte la danseuse d'un sourire calculé, éclaté, puis empoigne les cheveux de l'autre cavale, imprime à sa tête une salutaire oscillation, la veut réceptacle sans âme, coupe à foutre, innommable prêtresse que frappe de mutisme l'objet du culte.

Vient l'éruption: tout en inondant le palais de l'une il fixe l'autre de ses yeux de reptile, la transperce de son orgasme, envahit tout l'espace de son crâne de sa mâle énergie et y estampe le mot servage. L'oeuvre est terminée, il les enfermera ensemble dans la cave avec ordre de s'aimer et elles obéiront: nier son vouloir serait le perdre.

 


 

DIAPOSITIVE FUTURISTE

 

De curieux liens s'inventent qui n'ont plus de leçons à recevoir d'un cerveau au seuil de la folie. Comme ces serpents électroniques aux teintes violacées qui se contractent autour de ses poignets et de ses chevilles, l'écartèlent et la pénètrent silencieusement. Elle les sent qui gonflent en elle, qui fusionnent avec sa chair et crachent des étincelles qui s'en vont crépiter un peu partout dans l'arène de son enveloppe physique - la fumée hallucinogène saturant la pièce a fait son oeuvre. S'avance un automate au rictus de squale, conçu pour agacer la chair offerte de petits chocs électriques. Dire que la victime apprécie serait mentir - elle est néanmoins d'une beauté qui s'accroît redoutable à chaque nouvelle impulsion, c'est tout du moins ce que se disent les techniciens devisant face à l'écran de contrôle.

Nombre de chimères virevoltent dans le ciel mental de la petite laborantine devenue cobaye.

 


 

POKER TOURMENTEUR

 

Il existe un carcan où l'on emprisonne chevilles ainsi que poignets et la victime face contre terre offre alors son joli postérieur à tous les cinglants sévices, à toutes les intrusions. Lorsque les fesses découvrent la cuisante caresse des orties, il est trop tard pour refuser de poursuivre le jeu. Et, comme chaque mot de supplication entraîne un gage anal, ils sont bientôt sept qui l'enculent à la chaîne tandis que le fléau urticant vient s'égayer sur son dos. Elle a l'impression que les membres sont infinis en nombre, qu'ils se multiplient à chacun de ses gémissements, miracle étrange et pour le moins scabreux. Comme elle se tait et refoule ses doléances, elle est bientôt affranchie de ses entraves - mais son derrière incendié lui intime d'être prudente, de ne plus miser sottement, d'être attentive aux cartes.

 


 

GOUTTES DE FEU

 

Elle agace les deux autres filles qui l'entravent solidement pour mieux encirer ses mamelles. Les petites et ardentes comètes venant s'écraser sur la chair délicate semblent réjouir l'assistance conviée à prendre acte de son tourment. Concédons que la cruauté de ces femmes à l'égard de l'une des leurs est plus délectable que moult stratagèmes mâles, recèle plus de diamants sataniques qui luiront de mille feux au contact de l'épiderme sans défense aucune. Les dents liquides de la chandelle maintenant visitent le sexe, le tutoient dans leur dialecte embrasé, mais c'est assaut superficiel, préambule vite écourté: il s'en trouve une pour disjoindre les petites lèvres, offrant ainsi aux traits ignés de sa complice une tendre cavité à investir. C'est comme si une légion d'archanges enflammés plongeait dans les Enfers, le cri de la suppliciée égalant à lui seul toutes les clameurs d'un univers en proie à la damnation.

 


 

NOCTURNAL

 

C'est un manoir vicieux, luxueux même. La nuit s'avance, frappant le sol de ses poings rageurs, animal de ténèbres guettant les pervers ébats du couple. Car c'est au crépuscule qu'il descend la rejoindre au cachot, la libère de ses chaînes et l'emmène jusqu'à l'alcôve. Dès ce moment, elle est choyée. Il la dispose aujourd'hui sur une couche cerclée de métal et l'y attache en croix à l'aide d'entraves qui n'attendaient qu'elle. Ses deux varans domestiques, dressés au cunnilinctus, s'approchent et ardent leur langue fourchue, s'occupent de la belle tout en griffant ses cuisses de leurs pattes malignes. Il la contemple en train de jouir, rendue folle par les machiavéliques reptiles, se gratte le menton en souriant, dodeline de la tête.

L'orage momentanément apaisé, il la délie, lui tend une coupe de champagne mêlé de son urine qu'elle déguste agenouillée à ses pieds. La nuit, dont le museau cogne contre les vitres, les observe et ne saurait dire qui a su s'approprier l'autre. Ses yeux en amande se font soudain plus attentifs comme elle voit le maître des lieux donner de nouveaux ordres. Toujours à genoux, l'esclave étend ses bras en croix et il leste les paumes offertes d'imposants et lourds volumes dont elle doit à tout prix souffrir le poids - cependant qu'il investit sa bouche et s'y meût sans hâte, conscient que chaque seconde qui s'écoule accroît le supplice, s'ajoute docilement à ses soeurs pour lui offrir un orgasme d'outre-monde.

 


 

© Philippe Pissier.


 

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