DIANA ORLOW [Lilith von Sirius] :

 

 

TIENNE À JAMAIS

 

 

 


 

 


 

 

LE COEUR MAX VOLUME

 

 

 

D'elle, que dire maintenant que ses lèvres de folle nous échappent sur cette terre?

 

Morte cette année. A laissé des centaines de pages où brûle un feu qui abolit les distinctions entre ténèbres et clarté.

 

Je discutais avec elle, un après-midi de pluie où, comme à chaque rencontre, elle m'envoûtait jusqu'à la racine de l'âme. Tomba l'ordre en forme de mielleuse supplique : corrige mon texte! En bon maniaque, je relevais plein de trucs que je soupçonnais issus d'une imparfaite maîtrise du français. Faux : elle savait très bien manier la langue d'Émile Henry et de Pierre Molinier.

 

Ainsi que celle de Shelley, et celle de Schiller. Sans omettre la sienne propre, celle de Przybyszewski. Chacun de ses textes majeurs était systématiquement rédigé dans chacune de ces langues. Toutes ces versions étaient truffées d'anglicismes, germanismes, gallicismes... Voulu. Je lui en demandais le pourquoi.

 

Elle me répondit: "Je veux une langue de nulle part." Evidemment : une langue intemporelle, insituable, que personne n'aurait pu cadenasser. Reflet d'un être que nul ne pouvait, paradoxalement, enfermer, d'un être qui se voulait «extraterrestre», au-delà de toute contrainte linguistique, culturelle.

 

En outre, à la lecture de "Tienne à jamais", il y a ce malaise engendré par l'évidence d'une totale dépersonnalisation, d'une absolue soumission dans l'amour, se révélant de par la négation d'une langue correcte, propre. Ce sont des phrases infectées. La passion n'a que faire de l'aseptisé, du politiquement correct, du clean. Impossible de corriger en établissant la version définitive de ce beau diamant noir. "Douleureux" ne deviendra pas "douloureux", "alcoholisée" n'est pas "alcoolisée", les "neuroses" ne sont pas des "névroses", et "hantement" ne sera jamais "hantise". Sans parler du barbarisme "unicalité"... C'est autre chose - c'est déjà la langue des agents de l'Autre Côté, ceux qui s'apprêtent à planter le monde en balançant le virus "amour fou" sur son disque dur. Au service secret de sa majesté la Reine de la Nuit. Du Verbe comme arme secrète. Comme de bien entendu et de méchamment proféré.

 

Ce texte est un monstre de légende : c'est tout Elle, c'est Elle dans l'immense de sa capacité d'aimer, c'est le testament furieux et insoutenable de celle qui écrivait : "Le monde terrestre est dense / pour une conscience comme la mienne / et ainsi cette vie que je vis / ce n'est pas ma vie / je ne tiendrai pas longtemps."

 

 

 

Philippe Pissier, 06-09-1997 e.v.

 

 


 

 

Swoon

 

 

Chaque fois que je fais l'amour

je suis seule

couchée dans le lit

j'ouvre les jambes et perçois Ton appel

Tu es là

Je Te capture

et me capture en Toi

Tu es le plus fort dès le départ

 

Hold! Hold! fall not in swoon of the excellent kisses!

Breathe not so deep - die!

 

Retiens! Retiens! Ne T'évanouis pas des excellents baisers!

Respire moins profondément - meurs!

 

 


 

 

            J'écris ces lignes que Tu liras ensuite.

 

            J'aurais moi-même aimé savoir ce qui me possédait, pourquoi je T'étais toujours fidèle. Je ne pouvais pas me mentir avec un petit ami alors que je ne pouvais penser qu'à Toi. Une fois que l'on trouve quelque chose qui correspond vraiment, il est impossible de se satisfaire de moins. Je ne T'idéalisais même pas, il y avait des choses en Toi qui ne me plaisaient pas particulièrement (cela me rassurait de constater cela) - au-delà de cela il restait un sentiment de proximité absolue, un sentiment de me composer de la même matière que Toi, une viscérale capacité de tout laisser tomber ce à quoi je pouvais m'identifier pour me rapprocher de Toi; et des choses que je ne comprends pas tout à fait, un désir d'abandon, dans lequel je me ressentais comme un bébé...

 

            Tout cela ne voulait pas dire que j'exigeais de Toi une affaire qui n'aurait rien amené de bon à personne, à moi tout en dernier...

 

            J'essayais peut-être un peu naÏvement de continuer quelque chose avec Toi qui me paraissait très différent, car j'avais éteint mon désir et développé vis-à-vis de Toi un enthousiasme platonique. Tu restais cependant mon préféré, mon j'aimerais-bien-meilleur ami, celui qui me donnait le plus de force. Je développai cette aptitude, aussi, pourquoi pas, justement de ne pas coucher avec Toi, car cela me paraissait la condition nécessaire pour Te donner une certaine liberté et aisance avec moi. Si fière de ce nouveau contrôle sur mes pensées, alors que je nous imaginais plutôt en de tendres et romantiques situations, et non plus dans les plus chaudes, je voulais encore boire des cappuccinos en Ta compagnie à des terrasses italiennes.

 

            Ainsi j'étais à une terrasse espagnole et cela à Hambourg. Je venais de T'appeler mais Tu m'avais refusé tout rendez-vous en prétextant un manque de temps. J'étais frustrée. Ton ton rendait toute insistance simplement déplacée. Mais je T'avais souvent écrit des lettres, et cela me plaisait. Le fait lettre était quelque chose en soi; et ainsi je pouvais m'exprimer comme je l'entendais.

 

            Il était parfaitement logique que la tenace passion qui m'animait n'était pas une évidence après cette longue période de séparation. Je pensais au début qu'après l'usuelle première période de chagrin je T'oublierais, je cherchais même déjà un nouvel ami - mais ça ne fonctionnait pas, et ça ne voulait pas fonctionner à cause de moi.

 

            Je devais me rendre rapidement à l'évidence qu'il restait entre nous quelque chose d'inachevé, que celui que je voulais en vérité était Toi. Cela m'avait coûté du temps et de la peine de le voir, car Tu as aussi été dur envers moi et m'as clairement fait comprendre que tout était fini entre nous. Mais le seul chemin honnête qui me restait était de T'en parler.

 

            Je ne voyais aucun autre chemin vers Toi, pour que Tu comprennes à quel point Tu m'étais important, que je pensais longtemps et beaucoup à Toi et que je voulais Te rencontrer à nouveau, bien que différemment, que ce qui me poussait vers Toi était autre chose que des sauts d'humeur. Au téléphone cela passait mal: c'était trop facile de comprendre autre chose, et impossible d'exprimer tout ce que j'avais ressenti durant cette dernière année; j'avais l'impression que Tu pensais que je ne voulais qu'aller dans Ton lit, que demain je n'y penserais plus et voudrais dans un autre lit. Je savais également que Tu étais toujours intensément actif au bureau et pas disponible pour des discussions profondes.

 

            Alors je commençai une lettre pour Toi.

 

 

            Darling,

            je ne sais plus quand et comment c'est venu. J'étais loin de Toi, pensais à Toi, Te désirais. L'habitude est simple: allongée tranquillement sous une couverture, mes doigts effleurent mon clitoris, le film commence à un moment à se dérouler de lui-même et avec lui vient l'ivresse de l'amour solitaire.

 

            Le film en est un sans début ni fin. Je T'appartiens. Au début Tu étais simplement brutal. Ensuite Tu devins cynique. Le film est toujours là. Je peux sentir Ton collier à mon cou dans la rue, et Ton ordre, je sais alors que toute résistance est vide de sens. Tu as tout le pouvoir sur moi.

 

            Je veux raconter plus exactement.

 

Tu m'emprisonnes. Tu peux m'ordonner froidement dans Ton appartement : "Déshabille-Toi !" J'obéis, hypnotisée, ou résiste... La plupart du temps non... Alors Tu m'attrapes, tords mes bras, et Tu as déjà préparé... Des bracelets en cuir et métal qui immobilisent mes bras, des colliers et des bâillons qui plongent jusque dans ma gorge... Les bâillons sont si inconfortables que je ne peux plus me débattre, je dois rester calme...

 

            Alors je sais: obéir et survivre ! Je remarque tout de suite que toute rébellion, ne serait-ce qu'un regard, Te rend sauvage et furieux... C'est pour ainsi dire un signe pour que Tu me traites plus durement...

           

            Ta tactique est simple et efficace. Plusieurs fois au début du dressage je suis punie, comme ça pour rien, juste pour que je sache ce qui pourrait m'arriver si je me conduis de manière indisciplinée... Les punitions sont dures, Tu m'attaches très inconfortablement, me fouettes, mets ces cruelles pinces à mes tétons, à mon sexe, glisses des bouts de bois en moi qui sont déjà au départ beaucoup trop gros... à un moment la douleur se transforme, je perds toute notion du temps, Ton contact devient extase. Tu me touches, me piques avec Ton couteau, me violes, prends ma bouche et ma gorge, et cela d'une façon à laquelle je ne peux en aucune manière échapper, je dois le supporter, que ce soit possible ou non. J'apprends tout de suite que Tes humeurs sont tout et mes besoins rien.

 

            La douleur est intense, insupportable, mais à travers elle, que je sois consentante ou non, Tu m'amènes à des orgasmes d'une force comme je n'en ai jamais vécu ni même supposé être. Oui, puis Tu me libères, Tu me fais l'amour et c'est le bonheur absolu. Tu es tout, Tu es mon univers...

 

            Les jours passent, puis les semaines... Un jour Tu m'expliques qu'il est temps que je devienne prostituée.

 

            Tu m'as dressée à cela. A partir de maintenant des hommes viendront ici et mon devoir est de les satisfaire parfaitement, de les traiter d'une manière qu'ils ne pourront oublier. Ils payent jusqu'à 20 000 francs pour quelques heures, et ils doivent vouloir revenir... à ce prix il est évident qu'ils peuvent m'insulter et me battre, et me prendre de chaque manière qu'ils jugeront bonne. Je suis une courtisane de luxe soumise.

 

            Là je proteste: je n'aime que Toi, je ne peux toucher aucun autre! Alors Tu m'attaches et me laisses suspendue sans me toucher ni même me parler. Tu dis seulement que je dois finalement me rendre utile, que Tu tiens à prendre l'argent de ma prostitution, et que je ne serai libre qu'une fois que je serai devenue raisonnable. Deux jours et une nuit. J'ai crié que je ne pouvais plus. Tu m'as bâillonnée sans un mot.

 

            A un moment Tu m'as détachée, massé mes muscles engourdis et m'as parlé tout doucement... Tu as dit que je devais accepter cela, devais apprendre à satisfaire tous les hommes, et que Tu allais m'aider pour que cela se passe bien... Tu m'as tenue tout contre Toi et j'ai dormi très longtemps... Tu me laisses alors me promener librement pendant une journée, sans m'attacher. Tu fermes juste l'appartement à clé et emportes le téléphone. Je me repose, baigne, reste au lit et dors. Le soir Tu rentres. Tu es gentil et tendre, m'embrasses et me caresses partout. Déclares ensuite que Claude passe ce soir.

 

            J'ai toujours bien aimé Claude et l'ai trouvé sexy. Tu me déshabilles, me pénètres, arrêtes - je suis si sauvage! C'est cette fois si tendre, si enjoué. Je Te laisse passer des bracelets à mes poignets, Tu le fais lentement, je respire si vite et gémis, je crie presque quand Tu plies mes bras dans mon dos et amènes mes mains presque à ma nuque. Tout mon buste est tendu en arrière et Tu embrasses mes seins. Les mords. Lentement Tu passes encore plus d'attaches autour de mon corps, jusqu'à ce que je ne puisse que rester assise sur mes talons, je T'ai dans ma bouche, Te suce et c'est l'extase, c'est tout aussi bon que lorsque Tu prends mon ventre.

 

            On sonne.

 

            Et Claude entre, me voit nue et attachée, c'est clair dès le premier regard - c'est une nuit d'amour!

 

            Claude est calme, patient, il peut rester longtemps allongé contre moi avant de prendre mon derrière... Tu nous regardes de Ton fauteuil, puis me prends aussi, une fois mon ventre et une fois ma bouche...

 

            C'était très beau, intense et extatique. Pour la première fois j'étais aimée de deux hommes, prisonnière et prostituée. Il y eut aussi d'autres situations... Le matin Tu m'avais attachée sur le tronc d'arbre, as bandé mes yeux et laissé ma bouche ouverte... Pendant la journée deux types sont entrés, je ne savais pas qui ils étaient... Ils ont d'abord fouetté mon derrière, puis un d'eux m'a prise, mon derrière était sec, ça faisait mal, et l'autre prenait ma gorge, ça a duré si longtemps... Ils m'ont prise comme une poupée, j'avais peur, je ne savais ni qui ils étaient ni ce qui pourrait m'arriver ensuite... Après qu'ils m'aient prise ainsi plusieurs fois, ils sont simplement partis... Je pleurais encore quand Tu es rentré...

 

            Je m'adapte simplement à cela, c'est la seule possibilité, je T'appartiens et exécute exactement tout ce que Tu me dis.

 

            Puis il y a ce château secret où le groupe à cinq têtes se retrouve quelquefois, quelquefois, quand il devient nécessaire de resserrer les liens, quand il est possible de trouver une femme pour cela... Maintenant je suis là, comme par hasard moi... Souvent dans cette chambre au lit à baldaquin, la nourriture est si exquise, les vins et le hasch aussi, et vous tous venez et me faites l'amour, tout le temps... Jour et nuit je suis caressée, embrassée, prise, quasiment sans interruption je vous sens en moi... Dans tous mes trous, sur toute ma peau... Parfois vous décidez que nous allons descendre aux caves. Oui, j'y suis habituée, souple, résistante, mais... Les caves sont très dures, sombres et froides, et ces instruments de torture antiques dans lesquels vous me placez... Presque toujours bâillonnée, à moins que l'un d'entre vous ne veuille m'entendre hurler à toute voix... à chaque fois dans les caves je pleure de douleur, souvent vous me portez au moment de partir... J'essaie alors d'être aussi active que possible au lit pour éviter que l'ennui n'amène une nouvelle session... qui arrive quand même...

 

            A un moment du film je jouis. C'est toujours un instant intensément douleureux, où je dois tendre tous mes muscles pour garder une position vitale. Oui, c'est ainsi depuis plus d'une année, cette fantaisie est la seule chose que je connais du sexe à présent, je ne laisse personne me toucher, et sans le film je ne deviens pas excitée du tout... Je dois sentir comme Tu peux tout faire de moi, je dois être Ton jouet... J'aimerais aussi le vivre! J'aimerais que nous concevions ensemble les liens dans lesquels Tu me veux, J'aimerais les fabriquer ensuite de cuir, de bois et de métal, et venir à Toi à tout moment que Tu me commanderas... être disponible de suite à Ton ordre, jetée dehors quand Tu le jugeras bon... Je suis possédée de Toi et veux le rester, l'intensifier!

 

Ton esclave, Lilith.

 

 


 

 

 

            Je voulais écrire complètement autre chose.

 

            Au bout d'un quart d'heure j'étais toujours là devant ma page blanche. Je voulais T'écrire une chaleureuse lettre platonique. Mais comment?

 

            Je changeai simplement de technique. Si je ne peux pas écrire envers mes buts, alors je dois marquer ce que je veux réellement écrire, ce que je dois me communiquer à moi-même, justement ce qui me passe par la tête. Commencai.

 

            Mazette, au moins c'était honnête. Ça me parut également réellement beau et tout autre que vide de talent ; ça me donna, très utile, une vue d'ensemble sur ce qui se passait en moi.

 

            Evidemment ce n'était pas à prendre à la lettre. C'était une nouvelle littéraire que Tu m'avais inspirée, un superbe morceau d'art érotique. C'est ainsi que Tu devais le comprendre. Je commandai un deuxième cappuccino, écrivis cette fois d'une plume rapide et légère un court commentaire, mon téléphone, des salutations, et c'était là ce que je voulais T'envoyer, quelque chose d'amusant et de vivant... Le soir j'y ajoutai toutefois une copie réécrite proprement de mon art et allai à la boîte aux lettres. Un beau trajet.

 

            J'étais enthousiaste dans les jours qui suivirent, contente, fière de ma spontanéité innocente. J'attendais un appel de Toi, et ma tension se laissait bien recouvrir par l'enthousiasme. Ce n'était pas évident pour moi de téléphoner spontanément avec Toi. Je pensais trop à Toi.

 

            Je Te confirmerais évidemment que je respecterais Ta tranquillité, que Ton esprit me manquait et que j'avais besoin d'une proximité spirituelle avec Toi. L'érotisme était un moindre sujet.

 

            J'étais tout de même irritée, tendue, attendais un contact de Toi, et je savais que je ne pourrais pas supporter un silence de Ta part, je ne pourrais alors ni T'appeler moi-même ni rien assumer avec cet abandon. Enthousiasme ou rien, ou le désespoir absolu. Je voulais miser sur l'enthousiasme, je ne voulais pas me faire de pensées noires qui pourraient encore apparaître dans la conversation en ce moment si crucial.

 

            Je me souviens de ces deux nuits. J'étais allongée dans le noir, ressentais une excitation, quelque chose de fort dans mon coeur, sursautais... C'était quelque chose d'intense qui me fit douter de mon contrôle, car c'était violent et plus fort que moi-même. Je gémissais Ton nom, ne pouvais m'endormir longtemps, je me rendis compte combien je T'aimais, quelle importance Tu avais dans ma vie. Avant je me masturbais des journées entières quand ce sentiment prenait possession de moi ; maintenant je voulais tenir court les rênes de ma passion. Surtout ne pas avoir de fantaisies érotiques sur Toi, surtout pas; nous voulions autre chose. C'était pourtant stupide, cela devait être possible, comme ça de temps en temps... Mais pas aujourd'hui. Je devais préparer ma psyché à T'accepter en toute chasteté.

 

            A un moment je le fis, exactement comme l'écriture: pour me libérer de la tension. Je faisais quelque chose que soudain j'interrompis, allai sur mon lit, me déshabillai et voulais délibérément un nouveau film avec pénétration, sodomie, fist-fucking, deep throat, bondage, coups, insultes, une ambiance de viol sans compromis, amis invités et prolongations.

 

            Tout commença à nouveau, Tes liens, Tes coups, Ta violence; puis Ta voix sur le répondeur. Justement là. Je sautai sur la machine et Tu étais au bout du fil.

 

            Je me tenais là, rougissante... C'était un instant troublant, un hasard brûlant que Tu m'aies surprise en plein dans mon extase retenue... Naturellement je ne T'avouai pas ce que je faisais là, dis que j'étais presque endormie... Tu ris, Te moques de ma littérature décadente, puis dis: «Il n'y a aucun problème... Visite-moi...» Ta voix est si gentille. Je n'ai presque rien dit, mais donnai réellement une impression de joie la plus fraîche, ce qui me plut. Cette peur omniprésente de faire quelque chose de travers.

 

            Tu dis encore que je devrais venir te voir ce week-end, car d'ici là Tu seras enseveli de travail, «comme toujours»... «A samedi...» Ton ton en dit plus que Tes mots. Si chaleureux.

 

            Je pouvais à peine croire que je venais de Te parler.

 

            Le court coup de fil ; une rencontre le week-end. Une éternité. Ta voix tendre. Ta chaleur existentiellement désirée. Ton rire fort. Je retombai sur mon lit. Les jours entre le coup de fil et le rendez-vous furent les pires jusque-là dans ma vie. J'étais parfaitement possédée par Toi, ne pouvais me débarrasser de Toi du tout. Essayais désespérément de contrôler ma sauvage excitation, de la cataloguer dans la phase passée de notre relation ; puis non à nouveau. M'épuisais conséquemment à m'autosatisfaire. Ne répondais plus au téléphone. Je serais incapable de raconter quoi que ce soit sur Toi, ma passion était déjà toujours mon secret ; en même temps je ne souffrais plus: avant Tu étais loin et je ne retrouvais plus ma propre existence ; maintenant Tu étais de retour dans ma vie! Ces journées étaient une seule trance. Ce qui me torturait le plus était l'incertitude à propos du cadre de notre rencontre. Ta voix était joyeuse et tendre, Ton invitation sympathique. Mais je l'espérais depuis une éternité, et n'avais depuis une éternité plus touché un homme, et ne voulais que Toi, et par dessus tout cela je ne voulais pas... Te décevoir, Te choquer, T'en demander trop, je ne sais moi-même pas.

 

            Confusion, des journées de confusion. Une certaine fierté s'y mêla, une image à respecter. Mais dans les instants de clarté j'étais heureuse. Simplement attendre. Bientôt je pourrai Te voir, Te parler, et je préparais nos scénarios des milliers de fois en avance. Je recherchais une stabilité psychique, car mon obsession me paraissait semblable à la folie; ou mon amour trouvait -il son accomplissement ? C'était un état unique, impuissante, fragile, livrée comme un bébé.

 


 

 

            J'arrive. L'après-midi. Samedi. Chez Toi dans la Rostockerstrasse. Traverse San Georg. Tu prépares du thé, me parles du travail et du bureau... Tu fais un effet très charmant... Tu es loin, je suis loin, confuse... Ça n'a pas duré dix minutes.

 

            Face à moi à la table (Tu deviens si cynique), Tu dis: «Déshabille-Toi.»

 

            Si tranquillement prononces-Tu cela, je Te regarde toute surprise:

 

            "Comment, s'il Te plaît ?"

 

            "Déshabille-Toi et fais tout ce que je Te dis. Allez, Lilith, commence maintenant..."

 

            Nos regards. Le Tien vicieux, amusé et froid. De la troisième chaise apparaît soudain dans Ta main une cravache - un délicat coup d'aile de papillon touche la commissure gauche de mes lèvres. Je Te jette un coup d'oeil paniqué, dis: «Tu en as des idées, Thomas!»

 

            Tu Te lèves et viens vers moi autour de la table. A moitié en essayant de garder mon sang-froid et à moitié paralysée je reste assise, ou mieux dit je ne reste pas assise: Tu me prends par le poignet et me jettes de la chaise, tords mes bras et me pousses violemment par terre avec le pied. Après les premières secondes de surprise je hurle de douleur, Tu m'arraches vraiment les bras des épaules.

 

            Ça doit avoir duré une minute, je ne pouvais que crier. Ensuite Tu me laisses tomber, je gémis encore et respire vite, parfaitement choquée d'une si dure attaque-éclair.

 

            Oh, ça n'a pas cessé jusqu'à maintenant, si je m'écoute. A présent seulement une résignation devenue habitude a remplacé la surprise. Je me souviens des heures, des infinies, j'étais attachée comme une momie, les yeux bandés, bâillonnée, sans pouvoir m'éloigner du tout des positions inhabituelles en lesquelles Tu me coulais, cristallisée en une sculpture vivante lors de Tes heures de bureau... Je me souviens aussi de celles où je n'étais pas un objet inanimé, mais... une moitié de cadavre de boeuf pendue à l'abattoir, empaillée de godemichets de bois et de latex au moins deux fois plus volumineux qu'un pénis humain dans tous mes trous, mordue par des pinces de métal à mes organes les plus sensibles, zébrée rouge par Ton fouet, pleurant en trance durant Tes sessions de douleur max volume... un cheval dont la surface de communication avec le monde extérieur se limitait à l'intensité de la brûlure à mes tétons, par lesquels Tu me conduisais... que Tu as souvent laissé courir dans le mur en riant de plein coeur - que d'étoiles devant mes yeux - mes pieds tendus dans ces ustensiles imitant des chaussures à talon, les orteils écrasés, hors de souffle par l'effort et l'étroitesse de Tes liens et corsets autour de mon corps... un objet de Ton ménage qui justement dérangeait, rangé plié dans une caisse pour la durée de Ta visite qui souvent restait toute la nuit dans les temps peu avant mon exil...

 

            Mais ce jour-là, alors que je Te revoyais après une année d'une absence qui était séparation pour Toi, obsession pour moi, j'étais simplement très tendue et parfaitement surprise de Ta soudaine et irrésistible prise de pouvoir.

 

            Une chose s'est régulièrement amplifiée depuis, le sentiment de bonheur d'être entre Tes mains, de vivre Ton contact qui m'avait tant manqué, de Te vivre comme mon univers entier.

 

            Je n'aurais pas pensé qu'il me serait si facile de tout laisser ce qui m'occupait pour adapter ma vie à la Tienne. Mais l'atmosphère de cette dernière année, Ton hantement tenace dans la solitude de mes nuits, la fidélité devenue obsessionnelle qui me mouvait, faisaient de moi un bon terrain.

 

            Dans les premiers jours j'étais omnibulée par le présent, Ton contact intense m'emplissait et m'épanouissait. Je ne voulais rien d'autre qu'être à Toi, à Toi sans limites. Lorsque Tu me dis que Tu me voulais toujours près de Toi à partir de maintenant, c'était là le plus beau de ce qui pouvait m'arriver, le couronnement de mes espoirs, la récompense parfaite de mon courage.

 

            Il n'y avait même pas le concept résistance. Je pourrais définir comme intégration ce que je sentais alors que Tu me présentais les grandes lignes de Ton concept. Je vivrai avec Toi, oui; Tu avais un souvenir agréable de nos semaines passées, et Tu Te sens touché, flatté et profondément réjoui par ma fidélité et mon retour vers Toi.

 

            A présent Tu me parles de Toi, en un ton dont les intonations enthousiastes brillent comme des rayons de soleil en mon âme, directes, pleines de sincerité et de chaleur, de cette chaleur sereine qui représente pour moi le noyau de Ta personnalité, de laquelle j'avais soif, sans laquelle je ne peux plus vivre, sans les rayons de laquelle je n'existe plus tout à fait. Alors que je T'écoute, ce sentiment de la plus profonde proximité s'empare de moi à nouveau, où l'identité fond et où il n'y a quasiment plus de frontière entre Tien et mien.

 

            Tu aimes ma lettre par-dessus tout, et Tu aimes ma spontanéité de T'écrire encore avec tant de grâce malgré tous les mots durs. Ces pages écrites à la main, qui étaient la dernière chose que Tu aurais pu espérer, T'ont touché, T'ont donné le plus sauvage plaisir pendant la lecture, et la puissance de mes mots a déclenché en Toi des images que Tu avais longtemps ensevelies.

 

            Oui, on peut se sentir plus libre avec certaines femmes ; toutefois cela était jusqu'à présent toujours resté une liberté limitée. Tu étais frustré de ne pouvoir ni même T'approcher de Ton idéal, tellement, que Tu T'es éloigné de toute la scène. Ces semblants d'esclaves égoïstes, dont les seules motivations étaient une thérapie plus physique de leurs neuroses ou une satisfaction zélée de leurs chaleurs, n'avaient rien à voir avec Tes rêves. Car Tu rêvais de l'offrande absolue.

 

            C'était incroyable de T'écouter, un sentiment complexe s'emparait de moi. D'un côté cela me paraissait très proche, c'était logique, mais la férocité de cette logique annulait quelque chose en moi. Je connaissais déjà alors les graines de ce sentiment que je connais encore plus complétement à présent: un égoïsme qui apparaissait certes irrésistiblement séduisant, mais qui laissait une certaine rébellion monter en moi; Tu ne peux pas traiter les gens comme ça. Mais je ne disais mot.

 

            Je n'avais déjà longtemps plus les moyens de Te répondre autrement que d'un baiser. J'étais déjà à nouveau parfaitement dépendante de Ton emprise sur moi. Un câlin effaça parfaitement les doutes et les pensées de rébellion.

 

            Egalement j'avais longtemps pensé, et pleuré, que je T'avais perdu par maladresse. Je ne pouvais pas me permettre une deuxième séparation. Je ne pouvais pas Te poser de conditions. Tu avais aussi, à Ta façon, fait comprendre au début de Ton discours que c'était là exclusivement le niveau sur lequel Tu voulais me rencontrer, tout autre exclu. M'opposer en ce moment était Te perdre.

 

            Et je ne peux nier que j'étais profondément consentante.

 

            Je pensais vraiment que nous allions nous rencontrer de temps en temps, certes être proches, mais sur un plan amical. Quand j'entrai dans Ton appartement et Tu m'avais attaquée, je ne T'avais pas résisté du tout. Ta façon m'enleva les mots de la bouche par la surprise, puis - puis je sentais le poids de Ton corps sur moi, Tu disais «je Te viole», dévorais ma bouche de la Tienne, faisais de mon corps ce que Tu voulais. Mon corps a de suite réagi à cette plus directe attaque sexuelle avec la sensualité la plus provocante ; et son contrôle m'échappa. Les restes de résistance psychique fondirent vite sous Ta, puis ma passion.

 

            Jusque tard dans la nuit, de longues heures le jour suivant, Tu me donnes les caresses qui m'avaient tant manqué... es l'amant le plus adroit qui ait jamais été... Je suis dans un état de réceptivité absolue, et je Te vois regarder étonné à quelle profondeur Tu as prise dans mes sensations...

 

            Cette scène superbe : Tu as attaché mes quatre membres aux coins de Ton lit, Tu me prends passionnément, Tu me parles ce durant, racontes quelle salope je suis, et que Tu me veux, me mords, conduis Tes doigts sur moi... observes tout le temps mes réactions, mes gémissements forts... Te retires de moi, embrasses mon clitoris et me bâillonnes quand mes cris deviennent trop percants, ce pour quoi je Te suis reconnaissante. Crier est une telle affaire, c'est impossible à retenir, mais ça fatigue, ça distrait, et c'est très sensuel d'avoir quelque chose à sucer. L'intensité de Ton baiser devient un peu plus soutenable.

 

            Tu me laisses avant que je n'aie joui. Je gémis plusieurs fois et me tends je veux encore ! Tu effleures mon corps tout entier. Pousses Tes doigts dans moi, et je me pousse contre Tes doigts; arrêtes, me laisses à nouveau. Mon murmure ininterrompu et mes mouvements lascifs sont une supplication pour encore. Encore de la pénétration; sodomie ensuite, et un fist-fucking patiemment préparé par-dessus. Toujours des pauses. Tu cesses tout mouvement, ce qui me rend hystérique de désir, ou T'éloignes totalement de moi pour me faire quasiment jouir par mes tétons seuls, cela non plus en une seule fois. Toutes les quelques minutes Tu changes de technique, et m'amènes, comme je l'écrivis, à des orgasmes d'une force que je n'avais jamais vécu.

 

            Je reste attachée, immobile, transcendée, en transe... Après l'apaisement de la tempête Tu ne m'as pas libérée, et cela continue la tension, et l'ivresse, et l'excitation; cette immobilité me fait un effet extrêmement érotique. Tu me regardes, si fier de Ton oeuvre, et de mon abandon. Tes mains me donnent les caresses de tendresse post-coïtale mais indiquent une continuaison de la tension érotique; je sais que je vais sentir une nouvelle fois cette vague que je sens monter en moi, je danse avec Tes doigts. Mais Tu en décides autrement.

 

            Tes mouvements deviennent plus calmes. Tu mords mes lèvres. "Toi... J'ai aussi écrit quelque chose !" Alors que Tu relisais ma lettre avec enthousiasme, Tu as écrit une réponse que Tu veux me montrer maintenant. Avant que Tu ne solves Ton corps du mien, Tu m'embrasses profondément et masses mon vagin de l'intérieur. Tu es de suite à nouveau là avec sept pages imprimées dans la main. T'allonges à mon côté, pousses un coussin sous ma tête pour que je puisse la tourner confortablement, et me parles de Ta réponse... C'est un contrat d'esclavage, qui décrit ce que nous pouvons vivre, si nous le voulons: quelque chose d'inhabituel. Je dois le lire haut, phrase par phrase, pendant que Tu roules mon clitoris sous mes doigts, ce qui parfois me coupe le souffle.

 

 


 

 

CONTRAT D'ESCLAVAGE

 

 

 

            Qu'il soit connu de tous que moi, . . . . . . . . . . . . , me suis engagée par ce contrat d'esclavage de ma propre et libre volonté, et désire que ce contrat soit mis en pratique par le maître de la manière qui lui paraîtra bonne. Dans ce contrat le mot «je» s'applique à l'esclave et le mot «Tu» au maître. Le maître déclare son accord pour confirmer ce contrat, pour prendre à sa charge les besoins matériels de l'esclave (toit, nourriture, vêtements etc.) et pour punir et récompenser l'esclave de la manière qu'il jugera adéquate.

 

            Je suis à présent Ton esclave. Je me dois de T'obéir instantanément, totalement, sans hésitation ni réserve. Je dois accepter toutes les punitions ou récompenses que Tu choisiras pour moi.

 

            Mon but et ma raison de vivre sont, à partir de maintenant, de servir Ton plaisir sexuel. Je dois concentrer toute mon attention et mon initiative à attirer, provoquer, stimuler, intensifier et satisfaire Ton désir sexuel.

 

            Je dois à tout moment porter un collier d'esclave symbolisant mon statut en tant que Ta propriété personnelle. Je ne dois pas tenter de l'enlever autrement que sur Ton ordre précis.

 

            Je dois faire savoir que je suis une esclave sexuelle, et que Tu es mon maître, lorsqu'on me le demande. Je dois T'identifier comme mon maître.

 

            Je dois Te saluer des mots «Maître, commande-moi» lorsque je Te rencontre ou reçois un appel de Toi.

 

            Je dois venir rapidement et m'agenouiller devant Toi dès que Tu entres chez Toi.

 

            Je dois me déshabiller et rester nue dès que je suis en Ta présence. Alors je ne devrai porter rien qui couvre ou cache mes seins, mon pubis ou mes fesses.

 

            Je ne dois jamais porter de culotte, de collants ou aucun sous-vêtement qui cache ou couvre mon sexe.

 

            Je ne dois jamais porter de soutien-gorge ou aucun sous-vêtement qui couvre mes seins. Certaines tenues peuvent inclure le support ou la mise en forme de mes seins, pour un meilleur effet ; je dois alors porter des plaques collantes ou un soutien-gorge échancré à cette fin.

 

            Je dois montrer, et jouer avec, mes seins nus, mon sexe, mon derrière ou corps, à qui que ce soit, à n'importe quel moment, sur Ton ordre. Je ne dois pas délibérément montrer mes seins, mon sexe, mon derrière ou corps nus en public en d'autres situations que celle-ci.

 

            Je dois porter autant que possible des tenues qui peuvent être ôtées de mon corps attaché écartelé sans ma coopération active.

 

            Je dois activement chercher et Te présenter des tenues provocantes et des accessoires. Je dois maintenir une collection de catalogues de tenues sexy.

 

            Je dois acquérir des corsets qui réduisent les mesures naturelles de ma taille. Je dois les porter avec les tenues que Tu auras choisies.

 

            Je dois acquérir une tenue en grosse toile conçue pour chatouiller et stimuler mes seins et mon sexe, et me maintenir dans un état d'excitation sexuelle intense.

 

            Je dois porter tout ce que Tu placeras sur moi, vêtements, bijoux, sous-vêtements ou objets de contrainte, jusqu'à ce que Tu les ôtes ou m'ordonnes de les ôter.

 

            Je dois maintenir mon sexe, mon anus, ma bouche et tout mon corps scrupuleusement propres et libres de toute mauvaise odeur en tous temps.

 

            Je dois porter du parfum en permanence ; je dois choisir des parfums osés, provocants, et suggestifs sexuellement, et en porter de petites quantités.

 

            Je dois porter mes cheveux très longs, et dois les coiffer et les soigner pour me rendre désirable et mettre en valeur mon sex-appeal.

 

            Je dois m'exercer regulièrement pour obtenir les performances de force et d'endurance physique que Tu établiras pour moi, car faire l'amour, la fellation, le bondage et la punition sont des activités exigeantes physiquement. La capacité de base requise est de 10 pompes (sur les orteils), et 30 minutes pour une course de 3 kilomètres.

 

            Je dois contrôler mon poids, mes mesures et la taille de mes vêtements afin d'obtenir les résultats que Tu établiras pour moi.

 

            Je dois maintenir une bonne position en tous temps, maintenant ma tête haute, mon dos droit, mes épaules en arrière, tendant ma poitrine vers le haut et en avant. Je ne dois jamais m'avachir ou me négliger.

 

            Je dois étudier et pratiquer les arts féminins de l'amour en toutes leurs variations. Je dois travailler à amplifier le plaisir que Tu as à me faire l'amour. Je dois apprendre à retenir tout mouvement à Ta commande. Je dois apprendre à bouger mes hanches en parfaite synchronisation avec les coups de Ton sexe, et à ajuster mes mouvements quand Ton rythme change.

 

            Je dois exercer les muscles de mon vagin et de mon anus pour obtenir la taille, la force, la résistance, et le contrôle que Tu établiras pour moi. Je dois apprendre à serrer avec mon sexe et mon derrière de multiples façons. Je dois m'exercer, et noter mes progrès, en utilisant des godemichets.

 

            Je dois étudier l'anatomie sexuelle mâle, ainsi que la physiologie et la psychologie. Je dois appliquer ce que j'apprends à agrémenter Ton plaisir sexuel.

 

            Je dois étudier Ton corps, Ton sexe, Tes autres zones érogènes et sensibles, Tes préférences sexuelles, Tes fantasmes, les temps de Ton excitation et de Tes orgasmes, et Tes humeurs. Je dois apprendre à Te maintenir à un haut niveau d'excitation sexuelle pendant de longues périodes, et à Te faire jouir rapidement à Ta commande.

 

            Je dois étudier et pratiquer l'art de la fellation dans toutes ses variations. Je dois apprendre et pratiquer la technique du deep throat. Je dois m'entraîner à garder Ton sperme dans ma bouche ou à l'avaler sur Ton ordre. Je dois sucer Ton sexe à Ta commande ou geste.

 

            Je dois m'agenouiller dès que je vois Ton pénis et l'embrasser, le lécher et le sucer jusqu'à ce que Tu m'ordonnes d'arrêter.

 

            Je dois étudier et pratiquer l'art du massage, incluant toutes sortes de façons de Te stimuler sexuellement de mes mains. Je dois devenir experte à frapper et presser Ton sexe et Ton scrotum avec mes mains. Je dois devenir experte à Te masser pour Te relaxer. Je dois acquérir une collection de crèmes, huiles, et lotions, que j'utiliserai pour Te masser.

 

            Je dois étudier et pratiquer l'art d'embrasser érotiquement le corps. Je dois apprendre à Te stimuler en léchant, embrassant et suçant Tes seins, Ton cou, Ton scrotum, et les autres endroits sensibles de Ton corps.

 

            Je dois étudier et pratiquer l'art du baiser profond. Je dois toujours accueillir Tes baisers avec ma bouche ouverte et je ne dois jamais interrompre un baiser. Je dois inviter à l'intrusion par Ta langue, et utiliser ma langue pour stimuler Ta bouche.

 

            Je dois étudier et pratiquer l'art de la démarche sexuellement provocante. Je dois balancer mes hanches, me cambrer, et flatter ma féminité des que je marche en Ta présence ou en public.

 

            Je dois adopter une variété de poses sexuellement provocantes pour me tenir debout, assise, ou couchée, habillée comme nue. Je dois en tous temps tenir mes jambes et mes lèvres au moins un peu entrouvertes, afin de symboliser ma disponibilité sexuelle constante pour Toi. Je dois activement chercher et inventer de nouvelles poses.

 

            Je dois étudier et pratiquer les arts du sous-entendu et de la conversation sexy. Je dois pratiquer l'usage de paroles excitantes avant et pendant la punition, pour augmenter Ton plaisir. Je dois étudier et pratiquer l'art des gémissements, exclamations excitantes sexuellement et du langage coloré pendant les jeux et le rapport sexuels.

 

            Je dois rechercher des mets aphrodisiaques et stimulants pour Toi et moi. Je dois acheter et utiliser les plus efficaces.

 

            Je dois étudier, collectionner et pratiquer l'usage de tous jouets sexuels, et Te proposer leur usage dès que possible. Je dois activement rechercher de nouveaux jouets et Te les proposer.

 

            Je dois me soumettre au bondage en tout temps et en tout lieu. Je dois me placer en bondage, ou contrainte, à Ta commande.

 

            Je dois acquérir une collection d'équipement pour le bondage, incluant des cache-yeux de cuir, bâillons-boule, mors, brides, menottes, menottes à pouces, gants uniques, colliers de discipline, tiges, serre-tailles, pénétrateurs partiaux, pénétrateurs anaux, écarteurs labiaux, harnais, cordes, boucles, chaînes, et cadenas. Je dois activement rechercher des idées de nouvelles formes de bondage érotique et Te les proposer.

 

            Je dois m'arranger pour rester chez Toi, ou en l'endroit de Ton choix, à Ta commande.

 

            Je dois maintenir tout l'équipement de bondage bien rangé et prêt à l'usage. Je dois nettoyer, maintenir et réparer tout l'équipement de bondage.

 

            Je dois me soumettre à la punition, en temps et lieu appropriés. Je dois me mettre en position pour la punition à Ta commande.

 

            Je dois acquérir et maintenir une collection d'accessoires pour la punition sexuelle, incluant des fouets, martinets, cravaches, fouets pour les seins, fouets pour le sexe, pinces pour les seins, poids, pinces pour le sexe, pinces pour le clitoris, écarteurs du sexe, écarteurs de l'anus, corsets serrés, glaçons, bougies. Je dois activement rechercher des idées pour de nouvelles formes de punition érotique et Te les suggérer.

 

            Je dois me souvenir des punitions que Tu m'imposes, Te les rappeler, et en demander l'exécution. Je dois m'administrer des punitions à Ta commande. Je dois Te remercier après chaque punition.

 

            Je dois maintenir une collection de bijoux de punition.

 

            Je dois me masturber à Ta commande, jusqu'à l'orgasme, ou de multiples orgasmes, avec ou sans l'aide de vibrateurs, godemichets, ou autres jouets sexuels, pour Ton amusement. Je dois cesser de me masturber à Ta commande.

 

            Je dois étudier et pratiquer les arts de la performance sexuelle devant caméra. Je dois activement coopérer à l'enregistrement vidéo de mes performances sexuelles.

 

            Je dois présenter chaque nouvelle tenue, et la retirer de manière provocante, au moins deux fois, en montrant des vues de devant et de derrière ; je dois présenter l'usage de chaque nouveau jouet sexuel, chaque nouveau accessoire de bondage, et chaque nouveau accessoire de punition ; je dois présenter chaque nouveau bijou, chaque nouveau bijou d'esclave publique, chaque nouveau bijou de punition, en Ta présence.

 

            Je dois présenter et exécuter chaque nouvelle forme de danse érotique, démarche ou pose sexuellement provocante que j'apprends. Je dois concevoir et exécuter ces scènes pour un impact sexuel maximal, et les présenter devant Toi.

 

            Je dois tenir un journal d'esclave, y notant tout ce que je fais, et tout ce que Tu me fais, mes sentiments, humeurs, et réactions. Je dois y noter toutes les observations et les recherches que Tu pourras exiger de moi. Je dois tenir ce journal à Ta disposition en tous temps.

 

            Je dois décorer Ta chambre à coucher, ou d'autres espaces, avec des peintures, photographies, images, citations, et sculptures sexuellement explicites, provocantes, érotiques et suggestives. Celles-ci devront inclure des images de Toi et de moi. Je dois activement chercher et acquérir de telles Ïuvres et en varier la disposition fréquemment.

 

            Je ne dois pas aller aux toilettes, pour uriner ou pour déféquer, sans Ta permission expresse. Je dois demander cette permission en utilisant un signe donné par Toi. Ensuite, je devrai uriner à Ta commande partout et dès que Tu le souhaiteras.

 

            Je Te délègue finalement la possession et le contrôle de mon corps incluant mes seins, mon sexe, mon derrière, ma bouche et toutes ses parties non mentionnées ci-dessus. Pour l'exposition, la discipline, le plaisir ou tout autre usage que Tu souhaites.

 

            Je dois faire tout ce que Tu me demanderas par ailleurs.

 

            Je Te cède le droit, et abandonne moi-même le droit de décider de mes actions pour toute la durée où je serai Ton esclave.

 

            Je serai Ton esclave du . . . . . . . . . . . . . . au . . . . . . . . . . . . . . .

 

            Mon maître qui me possède totalement est . . . . . . . . . . . . . . .

 

            Signature de l'esclave . . . . . . . . . . . . . .

 

            Le maître . . . . . . . . . . . . . . accepte cette personne comme esclave.

 

            Signature du maître . . . . . . . . . . . . . .

 

 


 

 

            La place pour nos signatures est déjà indiquée.

 

            Alors que j'ai fini de lire, Tu enfonces Tes quatre doigts en moi, les remues si rapidement et instantanément je hurle de plaisir ; Tu me demandes: «Veux-Tu vivre ça avec moi? Dis oui!», et je réponds «Oui!». Naturellement je réponds là à Tes doigts qui me distendent...

 

            Je ne sais plus comment Tu m'as amenée à signer cela. Je me souviens confusément d'une scène où, toujours attachée dans la même position, je ne demandais que davantage de stimulation, mes tétons fermement serrés sous Tes ongles, où Tu disais d'un Ton brutal et excité que Tu ne continuerais à stimuler mon clitoris que lorsque j'aurais signé, que Tu me veux pour esclave, où Tu retiras tout à fait Ta main de mon pubis, en réponse à mes spasmes, pour ne tirer que plus fort sur mes tétons...

 

            Je ne me souviens plus exactement de ce qui s'est passé. Cet état d'excitation extrême, où je ne savais plus ce que je faisais, restait déjà lors de nos semaines passées systématiquement effacé de ma conscience.

 

            Oui, cela est un fait scientifique ; dès un certaint point de la pratique je n'avais aucun souvenir de ce qui s'était passé, régulièrement. Le matin suivant, si on peut appeler ça comme ça, au réveil suivant je ne savais de la session précédente que qu'elle avait été intense, et pas de détails; des impressions diffuses de couleurs dominantes, comme des rêves.

 

            En tout cas j'eus le lundi matin une tasse de cappucino, préparée par Toi, pour petit déjeuner, et une cicatrice à l'index gauche ; et un contrat insensé que j'avais signé, apparemment avec mon propre sang ; sous Ta signature il y avait aussi du sang, et ce n'est que plus tard que je pus vérifier si Tu avais aussi une cicatrice ; mais je n'en trouvai pas.

 

            Et une histoire avec Toi qui recommence, en premier par la plus magique des nuits, qui avait duré tout un week-end, inimaginable dès la première minute. Ta tendresse, Tes câlins, Ton doux sourire, la blancheur des draps en contraste avec la couleur dorée de Ta peau... Ta langue qui cherche ma langue, et les longues minutes où Tu me serres fort contre Toi... Ton attention est quelque chose de magnifique.

 

            Oui, c'est lundi, et Tu devrais partir ; je sais par expérience comme Tu es motivé. Mais, lorsque Tu remarques que mon matin est resté - sur un plan rationnel - plus sobre que le tien, Tu Te prends deux heures libres exprès pour parler avec moi.

 

            Tu appelles le bureau ; T'écroules à côté de moi et dis clairement: C'est merveilleux de me revoir, Tu es désolé si Tu m'avais blessée auparavant, mais aujourd'hui Tu me veux expressément, Tu veux plus que tout rester sur cette longueur d'onde qui venait de commencer. Tu parais passionné et fragile. Je dis que je me suis sentie blessée, oui, mais je Te pardonne où il n'y a rien à pardonner, que mon désir le plus profond était... être avec Toi...

 

            Si soudainement et si magiquement recommence notre relation, et mon dressage détaillé.

 

 


 

 

            Je me sens inquiète, ne sais pas ce que Tu veux dire. Punition! Qu'est -ce que Tu vas me faire? Tu es encore avec moi, et j'essaye de Te retenir avec moi. Car après, je sais, un mur sera dressé entre nous ; chaque mot, chaque regard par lequel j'exprime quelque chose, sera détruit, je dois rester passive, quoi que cela me coûte... J'aime ça quand il s'agit de sexe, mais maintenant Tu veux étendre mes limites de douleur, je le sens... Tu es près de moi mais interdis toute discussion. D'accord... Je dois me rendre, il est trop tard, il n'y a pas de retour.

 

            Je me programme intérieurement là-dessus, reste calmement allongée et me détends, je retrouve jusqu'à mon endurance infinie... Tu es assis sur une chaise à côté de moi, mais pas trop près... Me caresses avec le bout de Ta cravache et ses chatouilles sur mes seins m'excitent, comme d'habitude, comme appris... Je respire plus profondément et ne pense plus. Comme Tu agis sur moi!

 

            Tu es à genoux sur ma poitrine, presses mes lèvres et tires dessus. Me mets doucement un bâillon dans la bouche et joues avec mon visage dans le ravissement de l'extase esthétique. C'est tellement flatteur ; j'oublie tout le drame et Te savoure ; je savoure Tes liens étroits autour de mes coudes, la pression heureusement légère autour de mon cou, et le contact chauffant du martinet, aussi insupportable que les instants trop intenses de court-circuit nerveux que Tu m'assènes lorsque Tu me prends. Les pinces à seins et le collier de chien, celui avec les pointes vers l'intérieur, me donnent du mal. La morsure ferme du métal dans ma chair me paraît insupportable ; mais de forts coups sur mon derrière m'en distraient complétement, totalement, sous cette brûlure j'oublie instantanément tout le reste. Comme tout est relatif. Tu me conduis à présent, irrévocablement, par la laisse dont la moindre tension me force à l'obéissance immédiate. «Tourne-toi! A genoux! Penche-toi en avant!» Tu ponctues Tes ordres de coups de fouet, ce qui me rend mouillée, et la laisse me rend rapide ; puis enjouée ; puis je suis plus que consentante.

 

            Lorsque Tu me pénètres en levrette en m'insultant, je suis sauvagement active, Te presse à l'intérieur de moi, et les douleurs qui me paraissaient intolérables il y a peu encore aiguisent mon extase seulement. Comme tout est relatif.

 

 


 

 

            Tu me veux coopérative. Le plus j'apporte, le plus j'aurai de plaisir, ce qui n'est pas à ruminer quand Tu me laisses un choix clair entre sexe et torture. Sois une gentille fille chaude et convaincs-moi; si Tu n'es pas assez bonne Tu auras des punitions toujours plus longues. Pitié, plus ça!

 

            J'en ai reçu deux jusqu'à présent, je pouvais moi-même à peine y croire. Max volume.

 

            Tu veux la parfaite pipe sans fin. Tu presses mes tétons, m'interdis ne serait-ce que de gémir, je dois travailler avec concentration et ne dois donner le moindre signe d'excitation. Tu me menaces... Si j'ai l'imprudence de jouir sans Ta permission je vais avoir de sérieux problèmes... Je sens comme j'en suis proche, je suis silencieuse, mais si tendue, ma respiration est légère et rapide, je tremble presque... Je réussis cependant à ne donner aucune expression à mon désir. Pour cela je n'ai que besoin de me concentrer sur les parties les plus dures de ma garde-robe. Sur les pinces sur mes tétons que Tu as encore et encore resserrées. Sur ce long fouet fin que Tu as poussé à sec dans mon derrière. Sur le collier de chien à mon cou. Tout cela est douleur, mais je la ressens comme plaisir, commence à me secouer pour mieux stimuler mes seins et mon derrière jusqu'à ce que les caresses de Ta cravache me ramènent au calme. Tu pousses le bois fin un peu plus profondément. C'est tout juste assez fin pour ça, je le sens avancer et tends mon anus consciemment contre lui pour éviter davantage de douleur, ce que Tu loues d'un petit rire.

 

            Je reste là à quatre pattes, mon vagin serre ce deuxième accessoire, je sens une vague monter, me tends, gémis doucement, une seconde fois. Un orgasme interne. Je reste immobile. Tes doigts sur le collier.

 

            "Quand même !" Tes doigts secouent nerveusement la laisse de métal qui relie le collier aux pinces sur mes seins, par là Te me conduis jusqu'au coffre à jouets et je rampe, obéissante. La brûlure de mes tétons étouffe tout concept de résistance dans l'oeuf. Tu veux que je me tourne et que je rampe jusqu'au coffre, d'un doigt Tu l'exécutes et il n'y a pas d'alternative, c'est réel, c'est la vérité et il n'existe rien d'autre en cet instant. Fessée avec le martinet rouge, celui avec les punaises, une douce punition, car j'ai été silencieuse et courageuse, et sais retenir sagement mes cris.

 

            Puis c'est fini. Tu me libères de tous les jouets, commentes.

 

 


 

 

            Des accents sur une technique particulière, comme Tu dis. J'apprends le deep throat actif. Une pratique fatigante.

 

            Cela me coûte beaucoup de surmonter l'instinct de fuir. Tu m'aides pourtant généreusement. Avec des pinces, des fouets, de la pression. Je me donne beaucoup de peine. Plutôt m'évanouir que Te paraître trop paresseuse. Je ne peux plus me permettre de punition.

 

            Si innocentes, les menottes dans le dos, si tendres! D'abord Tu m'habitues au contact dans ma gorge en ouvrant mes mâchoires d'un geste ferme et incontournable, et en mettant deux doigts dans ma bouche. Tu masses la partie postérieure de mon palais. C'est nouveau pour moi, excitant, j'aimais déjà auparavant quand Tu Te mouvais dans ma bouche, alors je pensais, poulette naïve, que je connais le deep throat.

 

            Je colle ma langue à Tes doigts que Tu fais aller et venir doucement, ce n'est pas facile mais sensuel. Je respire profondément par le nez, me concentre pour ne pas sursauter, et détends tout mon corps pour supporter ce contact étrange, profond et précis. Ce n'est pas évident, comme dit. Tu m'observes exactement et je suis consciente que cela n'est que la préparation pour la suite. Je remarque que Tu veux me montrer comment je peux m'arranger avec cette sensation, Tu ne me le donnes pas trop fort encore, mais commences à déclencher de légers mais réguliers sursauts dans mon estomac. C'est quelque chose de terrible, je Te suis reconnaissante pour la douceur mais supplie silencieusement de m'épargner.

 

            C'est encore supportable, mais je sais, ce sera impitoyable! Nous avons discuté de ce que Tu voulais et j'étais tout à fait d'accord... mais Tu me touches autrement qu'autrefois! Avant Tu étais timide, maintenant sûr de Toi, trop sûr de Toi... Je me sens démunie et parfaitement fragile, je ne me sens aucun courage pour cette session quand Tes doigts tâtent encore plus librement dans ma gorge, ce qui m'amène à une forte toux pareille au vomissement. Si calmement Tu me regardes alors que Tu laisses Tes doigts dans le fond de ma gorge, ce qui continue la vague de spasmes qui me secoue. Je pleure, presse ma langue plus fort contre Tes doigts. Mes poignets me font mal.

 

            Tu me couches sur le dos, me caresses en jouant. Je suis allongée, passive, éveillée mais immobile, comme Tu l'aimes. La tension monte, puis s'apaise. Tu joues un instant avec mon pussy mouillé.

 

            Je suis si séduite de Ton attitude souveraine. Ton excitation se manifeste par la retenue et cela m'ouvre à Toi. Je m'offre entièrement. Tu m'embrasses profondément et mords ma langue.

 

            Rien ne se passe ; je suis éveillée et concentrée sur Toi. Je sais que Tu réfléchis à quelque chose.

 

            Une position facile, simple et incontournable ; préméditée pour ainsi dire. Un gros coussin sous mon buste, mes pieds accrochés loin l'un de l'autre. Ainsi ma tête est penchée tout en arrière et ma bouche d'elle-même ouverte ; Tu Te couches sur moi, pénètres ma gorge, aussi profondément que Tu peux, que je peux... Au début Tu Te retires un peu quand j'en ai besoin ; puis non ; quand Tu Te meus en ne suivant que Tes propres sensations, les spasmes qui m'ébranlent appartiennent simplement à cette forme de coït... Parfois je peux respirer à fond... Le plus d'inertie j'arrive à développer, plus ça se passe sans dégâts.

 

            Et j'aime ça, quand j'arrive à le prendre, suis enchantée du mélange de larmes, de salive et de sperme sur mon visage... Je sais, bientôt j'y suis entraînée, bientôt ce ne sera plus la dernière nouveauté mais une banale partie de mon service à Toi, de mon devoir.

 

 


 

 

            Tu décides de ne pas me satisfaire. Rentres à la maison. Je suis sagement agenouillée devant Toi, Tu caresses mon menton. M'ordonnes d'une voix innocente de nettoyer parfaitement la cuisine ; comme je connais Tes humeurs, comprends Tes insinuations, je pense que ce ton gentil est l'oracle d'une nouvelle surprise qui peut tout être. Je mets des gants de ménage et nettoie l'évier. Ramasse la poussière de toutes les étagères. Lave le sol. Dois Te préparer un café et continuer ? Mais quoi ? Je passe un chiffon avec de la bière diluée sur les feuilles de la plante. Frotte chaque verre de nouveau. Tout brille. Que dois-je encore continuer à nettoyer ? Tu es allongé dans le salon et regardes la télé.

 

            Finalement je viens m'agenouiller devant Toi et annonce que la cuisine est parfaite. Tu me regardes... Je vois dans Tes yeux que Tu n'as pas de plan pour moi ce soir. Tu cherches pendant quelques secondes. Jusqu'à présent Tu planifiais quasiment tout en avance, et Tes ordres inondaient mes hormones par leur rapidité. Je peux me reposer. Dois m'allonger sur le lit.

 

            Tu ne me parles plus ! Bientôt Tu éteins l'appareil et commences à travailler sur Ton ordinateur. Je reste là, allongée dans mes rêves, et caresse mes côtes. Je regarde occasionnellement dans Ta direction, roule sensuellement mon corps, prends des poses... Quand nos regards se rencontrent Tu parais content de moi, mais, alors que, mordant dans un coussin, mon regard T'invite à moi sans malentendu possible, Tes yeux s'assombrissent, Tu secoues la tête et à partir de là Ton regard est dur.

 

            Cela me trouble un peu, mais je sais m'adapter immédiatement à Tes humeurs. Je me couche sagement, Te regarde travailler ou garde les yeux fermés. Je ne peux naturellement pas Te déranger. Je dois attendre sagement que Tu ordonnes quelque chose. C'est nouveau que Ta présence soit si calme, mais malgré que mon corps aurait aimé recevoir quelques caresses je dois adapter mon comportement à Ta volonté. Ces jeux psychologiques!

 

            Mon éteinte spontanéité. Quand Tu Te lèves un instant pour mettre les pinces à mes seins, il me devient presque impossible de me maîtriser sous la forte, très érotique pression. J'ouvre les jambes légèrement, commence à jouer avec mon clitoris.

 

            "Tu ne te masturbes pas." Tu m'envoies aux toilettes, me mets la ceinture de chasteté dont la clé disparaît dans Ta poche. Maintenant je dois nettoyer la salle de bains. Je lave les carreaux blancs dans un délire sensuel, je me dépêche car je suis certaine que je recevrai de suite après l'attention à laquelle Tu me prépares.

 

            Lorsque j'ai fini, et viens m'agenouiller en silence devant Toi, Tu joues un peu avec les pinces qui pendent à ma poitrine; je réagis très sensiblement. Après quelques courts instants Tu éteins Ta machine: «Au lit!» Entretemps il est déjà bien tard. Le plastique transparent montre toute mon excitation.

 

            Tu remues les pinces pendant que je Te fais Ta pipe de bonne nuit, comme Tu l'appelles. Tu accroches mes mains, au moyen de menottes, au bord supérieur du lit, et mes pieds au bord inférieur. Je ne peux pas Te taire combien je suis chaude. "Oui, mais je dois être tranquille ce soir, Tu dois dormir" est Ta seule réponse. Tu me bâillonnes encore avec le bâillon-boule et me souhaites une bonne nuit.

 

            Ce n'est pas facile de m'endormir ainsi ; et je ne savais pas ce qui contribuait le plus à mon insomnie: l'inconfort des liens ou l'insupportable excitation. Cette dernière me dérangeait en tout cas incomparablement plus.

 

            La nuit je me réveille à moitié, sens un grattement ferme dans mon derrière. Je suis prête pour davantage de contact ; mais avant que je ne me réveille tout à fait cela cesse. Quand je suis consciente, il ne me reste que le souvenir de Ton grattement, et la bande du bâillon dans ma joue. Je ne veux pas me réveiller pour souffrir seulement. Je réussis à sombrer à nouveau dans l'inconscience.

 

            Mais cela arrive une deuxième fois, encore beaucoup de fois. Tu me réveilles systématiquement avec Ton doigt sec, mais jamais tout à fait. Dès que Tu remarques que je perçois quelque chose Tu arrêtes. Je me retrouve dans un état terrible, j'aimerais bouger, me débarrasser de ces liens ; et me reposer, je deviens épuisée, abrutie par le manque de sommeil. Puis Tu m'as stimulée plus fort, as tiré sur les pinces quand Tu étais sûr que la sensation ne m'était plus aucun plaisir mais torture.

 

            Un deep throat auquel j'assiste inconsciente sans pouvoir même gémir. Ensuite je peux dormir un peu. Sans bâillon.

 

 


 

 

            Enfermée. Ça fait des semaines que je ne suis pas sortie. Je ne sais rien du monde extérieur. Isolée. Aucune information.

 

            Seulement moi et Toi, ou plus exactement seulement Toi. Un manque absolu de quoi que ce soit. Rien ne se passe. J'ai le droit de manger, j'ai le droit d'aller aux toilettes deux fois par jour et le droit de dormir. Je n'ai pas le droit de bouger, ni de parler, de voir, de rien sentir.

 

            Le contrôle que Tu exerces sur moi.

 

            Ton contact est minimal. Tu ne me parles même pas. Il y a deux jours, peut-être, Tu m'as dit de ne pas réagir alors que, en sentant Ta main dans mon cou, je me frottai contre elle, amenai mon visage sur Ta cuisse, en une demande de caresses qui provenait de la phase précédente de mon dressage. Tu as aussi puni cet élan de tendresse déplacé: «Ça ne va pas, Lilith... Punition...» dis-Tu, je sentis l'effleurement de Ta cravache sur mon épaule gauche, puis le coup ; puis le second sur l'autre épaule. Si fort. Des morsures. Je dus pleurer. «Sois inerte», dis-Tu encore et T'en allas pour un nouveau pour toujours. Le contrôle, rien d'autre que le contrôle. A peine m'avais-Tu appris à manier ma douleur, à la tenir sous silence et l'apprivoiser, Tu me montres combien Tu étais doux jusqu'à présent, et qu'il existe d'autres dimensions de douleur. Ces coups n'étaient pas ceux d'un amant, ils m'ont pris plus de force que deux heures de dressage actif au martinet.

 

            Alors que j'essayais de Te dire que tout cela commençait à faire beaucoup pour moi, je ne reçus de Toi qu'un regard perçant et le masque de cuir. Alors je découvris son contact. Ce n'était même pas inconfortable ; c'etait érotique. Le masque m'occupait, les mouvements de mes cils contre le cuir, le bruit, la légère pression, autour de mon nez surtout, plus forte autour de ma gorge, ce qui fit monter le rythme de ma respiration. Il serrait mes mâchoires l'une contre l'autre de telle façon que je ne pouvais pas parler. Respirer devint plus fatigant, ce à travers quoi je devins troublée et excitée, commence à mouvoir lascivement mon corps. Un ordre: «Tu restes immobile!» hurles-Tu. De suite je me fige, annulée par la violence de Ta voix ; je suis excitée, mouillée, mon vagin se resserre et des courants traversent mes tétons, mais je n'ai pas même le droit de le manifester, sans parler d'un espoir de satisfaction. Je reste immobile. Je tiens le coup, c'est tout.

 

 


 

 

            Je pense quelquefois au retour... Comment je vis maintenant... Je suis Ton bien, une parfaite machine à fantasmes ; je n'ai dans ma vie que Toi ; personne d'autre. Aucune famille et pas d'amis, et avant tout pas d'identité ; j'ai abandonné tout ce que j'étais pour n'être qu'une partie de Toi. Naturellement je ne veux rien d'autre. Je T'aime infiniment, absolument, plus que moi-même. Même cela ne compte que dans la mesure où cela rend mon offrande plus parfaite, et par là plus comme Tu la veux. Je n'existe pas sans Toi.

 

            Cependant je pense quelquefois qu'un jour je pourrais vivre sans Toi, purement théoriquement... Un job, une vie sociale, quelques hobbies... Cela me paraît à des galaxies de distance. Je ne peux pas vivre sans Toi, suis persuadée que je serais incapable de quoi que ce soit, pas même de communiquer le plus simplement avec les gens, pas même de formuler un quelconque but à moi... Je suis basiquement dépendante de l'expérience de Ton contrôle absolu. Je deviens folle si Tu n'attaches pas au moins un collier autour de moi que je peux sentir. Ton absence, quand Tu vas au bureau, n'est supportable que parce que bientôt Tu seras là.

 

            Je vois combien je suis influencée par ma libido dont Tu as fait ma raison de vivre. Je remarque aussi qu'au cours des semaines je suis vraiment de mieux en mieux entraînée... Je contrôle mieux mes émotions, développe simplement davantage d'endurance au lit... Sais me calmer sur Ton ordre pour retarder ma jouissance qui toujours amène une certaine pause dans le jeu... Sais de mieux en mieux me reprendre rapidement après l'orgasme pour être à nouveau opérative, idéalement tout de suite... Encore un peu et je réussis tout à fait...

 

 


 

 

            Ce matin je remarque que Tu n'es pas du tout pressé. Nous déjeunons, miracle. Je pense confusément que notre relation est vraiment bizarre. Nous sommes tous deux à la même table, sommes amants, mais je ne sais pas même m'adresser à Toi. Le seul thème entre nous est le sexe. Tout ce que je fais m'est directement commandé. Ce n'est pas évident de s'y retrouver dans un tel univers, particulièrement en tant que jeune femme curieuse. Parfois Tu me conduis à l'extérieur, durant quoi je n'ai le droit de parler à personne ; et je regarde la télé. Cependant je suis fondamentalement isolée du monde extérieur. Tu ne m'accordes aucun contact social.

 

            A part ça Tu es indéchiffrable pour moi. Je connais Tes préférences et Tes idéaux par coeur ; mais ne sais jamais ce que Tu vas faire incessament. La plupart du temps Tu parais souverain et serein ; quand Tu me considères avec des yeux brillants je ne sais jamais ce que je dois penser.

 

            "Toi, j'ai pris une semaine de vacances pour nous. Nous partons pour un petit voyage", me dis-Tu. Quelle gentillesse, je n'avais pas espéré cela... ça paraît excitant... Il est vrai que toute la dernière semaine Tu avais énormement à faire, rentrais tard tous les jours. Et cela Te dérangeait tout autant que moi. Tu veux un temps rien que pour nous deux. Dieu, que Tu es gentil avec moi. Une surprise pleine de joie.

 

            Je dois faire mes bagages. Etonnamment peu de vêtements, proportionnellement beaucoup de jouets. Mazette. Ainsi je ne peux emmener qu'une paire de chaussures, certes très chic, mais est-ce que je peux me promener une semaine sur des talons de neuf centimètres ?

 

            J'ai l'air très chic, tel un dessin de Stanton. Tu as un goût excellent pour les vêtements. Je suis la mince élégante compagne derrière laquelle de nombreux hommes se retournent en passant, un bijou pour Toi. C'est vraiment très excitant d'être cette figure... Mon comportement en devient plus félin, plus enjoué, je suis simplement d'excellente humeur et je me sens libre et heureuse. Maintenant je suis vraiment Ton aimée, une personne que Tu aimes, et je retrouve le contact avec ma personnalité à nouveau.

 

            Que Tu es pervers, si conséquemment. Sommes-nous prêts ? Parfait. Le taxi est là, nous pouvons descendre ; mais je dois attendre: Tu ouvres mon corsage, accroches les deux anneaux-bijoux à un crochet - aïe! Est-ce nécessaire ? Le crochet se prolonge d'une laisse que je ne connaissais pas, une laisse de nylon parfaitement invisible ; l'autre bout est accroché à un bracelet classique que Tu enfiles à Ton poignet avec un sourire irrésistible. Tu prends mon coffre et me tires, muette de surprise, quelques pas en avant.

 

            Nous sommes assis dans le taxi en silence, Tu joues l'amant amoureux... Ma poitrine paraît un peu déformée, on le voit à peine mais à moi cela me paraît criant... Ta conversation est un jeu de théâtre que je dois jouer avec Toi... Simplement causer avec Toi, de tout et de rien, mais quasiment rien ne me vient à l'idée: j'étais longtemps nulle part, juste dans ce seul tunnel... Je rougis mais me maîtrise à nouveau. Comme toujours. Je dois tout Te confier et tout ira bien.

 

            L'aéroport. La laisse fait à peine plus d'un mètre. Tu prends ma main, tout paraît naturel, et je remarque comme des regards admirateurs me suivent... Cette situation est comme un rêve, et de nouveau je suis, après la première surprise, parfaitement en harmonie avec Toi.

 

            Ton regard dans mes yeux, juste avant la douane, alors que Tu m'ôtes la laisse une question, une vérification ; un sourire gourmand, car mes yeux rayonnent... cette chose incroyable que je sens. Tu me prends par la taille, tends mon passeport au douanier et le reprends tout de suite. Quelques pas après la frontière je suis à nouveau physiquement attachée à Ton corps.

 

            Alors que nous attendons de monter dans l'avion, nous nous entretenons là-dessus, exprimons verbalement combien cette situation est sexy pour nous deux... Tu me regardes avec enthousiasme, dis: «Toi, Lilith, on peut tout faire avec Toi...» Et je me réjouis, je me réjouis de nous, de nos dimensions, de notre courage... Je me parais extrêmement privilégiée, car les hommes comme Toi sont si rares... Je dois me masturber dans l'avion... Tes indications sont si minimales, nous nous comprenons quasiment télépathiquement...

 

            Ainsi nous atterrissons à Londres. Je ne me fais plus de soucis, ni à propos de ce voyage duquel je ne savais rien, ni de mon bagage sans compromis. Ton comportement change toutefois un peu, Tu parais plus dur et distant, mais je suis habituée à ces changements brusques.

 

            Nous ne sommes plus seuls. Sur le parking Tu rencontres quelqu'un ; d'un mouvement de tête Tu salues l'homme qui soudain est là avec sa clé à la main et me pousses sur le siège arrière d'une limousine aux vitres fumées.

 

            Dès que le type démarre, Tu ouvres le coffre, prends les menottes, instantanément Tu les fermes autour de mes coudes... Celui devant nous, qui est-ce? Je m'aperçois que Tu as planifié quelque chose, quelque chose que Tu ne m'as pas raconté ; mais ce n'est pas du banal tourisme que nous allons faire là.

 

            Toute mon impuissance se révèle à moi.

 

            A présent Tu T'entretiens avec notre chauffeur. Moi je suis parfaitement livrée, incapable de me libérer, je lèche et suce Ton sexe... Presque toute la durée du trajet, simplement longtemps. Tu n'as pas du tout l'intention de jouir, Tu me savoures comme Tu savourerais un verre de vin lors d'une croisière. Tout ça est comme un rêve, j'ai l'impression que nous jouons dans un film ; nous sommes en voyage (à la maison il y avait un cadre...), il se passe quelque chose que Tu mets en scène et je ne peux que deviner quoi, mais sais avec certitude... En verité je ne sais rien... Seulement Tes doigts, qui chatouillent mon cou, et Ton goût. Je me fends intérieurement. D'un côté sont le choc, la peur, l'incertitude ; mais cet autre aspect de ma personnalité transparaît, celui que Tu as formé de moi: ne pas penser, ne rien sentir, exécuter Tes ordres aveuglément, quels qu'ils puissent être.

 

            Je me sens éteinte... Pendant ce trajet il me devient clair que cela peut aller très loin. Je ne T'ai jamais, jamais résisté. Je me suis chaque fois donné la plus grande peine de satisfaire Tes exigences, avec la plus tenace motivation. Je suis incapable, incapable de Te résister de la moindre façon. Je vis pour Toi, par Toi. Quoi d'autre? Tu m'as toujours très conséquemment pris toute possibilité physique de T'échapper.

 

            Cela ne m'est pas non plus si difficile de calmer mes pensées confuses, car c'est ma nymphomanie que Tu touches ; en quelques secondes je perds le contrôle de mes sensations et suis assez chaude pour être prête à tout, à tout.

 

            Quelque chose se passe à présent. La voiture s'arrête. Tout le monde descend. "Déshabille-Toi !" m'ordonnes-Tu durement. Bien sûr, Maître, tout de suite. Je jette tous mes vêtements. Sur un geste de Toi je les ramasse du sol terreux... Je perçois que nous sommes à la campagne, il y a là une sorte d'étable ; mais je reste inerte et regarde par terre; c'est une sorte de trance que je ne connais pas encore.

 

            En même temps tout fonctionne simplement, c'est beaucoup moins fatigant psychiquement de laisser toute pensée et de T'obéir dans la seconde, sans réfléchir. Me tenir nue dans ce champ, en la présence d'un homme étranger, était un sentiment magnifique, je me sentis libre et épanouie... Tout d'un coup je sentis tout ce que me coûtaient ma stupide hésitation, mon illégale retenue.

 

            On me prépare... Je suis traitée comme si j'étais une poupée ou un animal. Vous parlez de moi entre vous, mais ne me parlez jamais en personne. Et comment vous parlez de moi. Je dois faire une bonne impression à qui donc? Ne pense pas, laisse faire. Tu m'habilles succinctement, laces le corset de trente centimètres de circonférence autour de ma taille, places des poids à mes seins et à mon clitoris... Les coudes ensemble... La laisse qui relie mes chevilles, courte, ne me permet que de très petits pas, et je dois me dépêcher pour suivre votre rythme. Vous marchez devant moi dans le soleil, vers le château que je ne vois pas bien à cause de ma tête penchée en arrière.

 

            Oui, Tu me conduis, sans Te soucier de moi ; je dois marcher vite, apprendre un nouvel équilibre pour vous suivre ; c'est vraiment trop rapide mais ce n'est qu'une fois trop rapide.

 

            Alors que je trébuche, c'est comme si Tu ne l'avais pas remarqué. Mes tétons paraissent déchirés ; la tenace douleur me fait accélérer le tempo de mes pieds, et continuer à respirer bien que je sois déjà certainement hors de souffle.

 

            Tu m'ignores simplement. Et comment vous parlez. L'homme ne m'a même pas saluée, rien. Ce que vous dites. Ça devient vrai maintenant. Vous parlez de moi comme d'une chose... Un objet avec avantages et limites dont vous discutez la valeur. Le type dit que j'ai l'air bien entraînée et très bien élevée, Tu réponds que c'est certes vrai, mais que je n'avais aucune expérience en ce qui concerne le vrai dressage... Et ce parfait inconnu Te console, si poliment, bien sûr, nous sommes là pour ça et à la fin de notre séjour je serai irréprochable...

 

            Le niveau sur lequel vous vous entretenez est frappant ; on ne peut pas dire que je compte du tout ; je le sens clairement ; c'est une claire, absolue, insurmontable séparation entre Maître et propriété, entre toute-puissance et parfaite livraison.

 

            Quand nous pénétrons dans l'ombre de la maison, notre hôte place un masque sur mes yeux, un de ceux qui lui appartiennent. Il couvre mes yeux, emplit toute ma bouche, et après la fermeture dans ma nuque je reçois deux crochets dans mes narines qui sont ainsi étirées vers le haut. Pendant que le type le ferme serré sur ma tête, il Te le décrit dans sa complexité. Tu remarques que le bâillon pourrait être un peu plus profond. "Oui, oui, je l'ai spécialement entraînée à ça", dis-Tu alors que Tu emplis ma gorge prudemment, juste assez profondément pour que je ne doive pas vomir de suite mais je dois me concentrer là-dessus à présent, et cela conséquemment... Je respire plus vite, me reprends, car je ne suis pas loin de l'inconscience...

 

            Nous étions quatre jours là. Il se passa tellement... Je ne sais plus quoi. Je ne sais plus qu'approximativement ce que je ressentis. C'était une nouvelle dimension de soumission.

 

            Je fus conduite par les endroits les plus sensibles de mon corps, par ma langue, mon clitoris, mes tétons... Je fus, masquée, par - quelqu'un, plusieurs -, à moitié violée, je fus pressée et tâtée par des mains que je ne connaissais pas... Je reconnaissais Ta voix parmi d'autres... Ces mains me donnaient du plaisir, mais je cherchais toujours après Toi, après Ta voix...

 

            Je fus prise sans la moindre possibilité d'exprimer quoi que ce soit, par des voix que je ne connaissais pas... Je sentais peu... Parfois un plaisir physique, de la résignation, le manque de Toi, et de la gratitude car je n'étais que violée et pas torturée...

 

            La nuit je fus conduite dehors, je sentais la fraîcheur de l'air sur ma peau nue... Mon masque me fut enlevé et j'étais couchée sur de la paille... Dans un box à chevaux... Deux autres femmes étaient là, elles regardèrent un instant en ma direction. Leurs regards m'impressionnèrent. Comme ils étaient vides d'expression.

 

            J'ai froid, trop froid, les harnais sur moi ne sont pas une tenue confortable pour dormir. Je pense que cela est le stade encore plus dur. J'ai déjà dormi attachée. Ici je n'ai pas de lit, pas de couverture, personne ne me surveille. Je reçois ce dont j'ai besoin pour survivre. Je suis bâillonnée sans arrêt.

 

            La lune brille, claire. Je sens quelque chose... L'odeur de la paille, la fraîcheur de la nuit... Irrésistiblement je tombe dans le monde de mes sensations, sans retour. Une sensibilité animale, pas de pensées, pas de mots ; des signaux corporels et des ordres rudimentaires sont le langage officiel ici. C'est une expérience mystique. Je m'endors comme un enfant.

 

            Des coups de fouet me réveillent. Quoi encore ? Une voix féminine m'ordonne de la suivre ; je me lève aussi vite que je peux, remue mes jambes, en même temps j'essaie de me réveiller car je ne vois que blanc. Elle me fouette tout le temps tout aussi durement alors que je fais pourtant de mon mieux.

 

            Je ne suis toute plus qu'instinct de survie.

 

            Je suis entraînée comme cheval.

 

            Je sais que Tu es là, car j'entends quelqu'un qui T'explique certaines choses, et Tes réponses succinctes. Mais je suis entre des mains étrangères ; celles-ci sont si décidées, si... C'est simplement absolument impossible d'opposer la moindre résistance. Plus tard un tour aux caves confirme mon intuition. Ici les rebelles sont recompensées par des heures de torture. Bien trop dur pour moi. Je veux être sage.

 

            Je reçois une poignée de flocons d'avoine, ou quelque chose de semblable, et un verre d'eau. Cela nous donne de l'endurance, comme j'entends. On m'habille... Les costumes sont complexes, tirent sur mes muscles, tendent mon corps, remplissent ma gorge, entravent la profondeur de ma respiration et mes mouvements.

 

            Je ne vous entends plus bien, mais je sens le tirement sur mes tétons qui veut dire «en avant!», et les coups sur mon derrière qui signifient «plus vite!» Ainsi je suis forcée à trotter jusqu'à ce que je sois hors de souffle. Mince, comme c'est dur.

 

            Un nouveau verre est versé en moi. Maintenant on me penche en avant. Mes cuisses sont légèrement écartées. Soudain un objet plus gros se trouve dans mon derrière. Je dois me redresser à nouveau. Vous faites encore quelque chose - je sens un froid en moi, je ne sais pas ce que c'est. Je ne sais plus depuis longtemps quoi est quoi. Ainsi, ceci est un godemichet spécial auquel on accroche un attelage. Pardon?

 

            Le tiraillement à la laisse: je dois avancer! Des coups, le tiraillement. C'est clair. Des voix m'encouragent. Des coups tombent sur une de mes jambes, puis sur l'autre. Mon corps réagit, obéit. Je suis poussée, on me crie de me remuer.

 

            Ce qui se passe avec mon derrière me prend tout. Je suis distendue ; par-dessus cela je sens en moi une rangée de pointes, quelque chose comme ça. L'attelage y est accroché. Le contact dur, froid et immense remue mes entrailles.

 

            Je ne peux pas rester tant que ça dans ma surprise et mon impuissance. Je dois être là, forte, éveillée. Lorsque tout fonctionne - je réagis à nouveau parfaitement aux signaux appris - l'attelage devient tout à coup plus lourd. Quelqu'un y est assis. Je me penche en avant sous l'effort, serre mon anus pour ne pas le déchirer ; je suis fouettée, poussée, insultée ; je réussis à mouvoir l'attelage. Les premiers pas étaient les plus durs, maintenant il roule, je sautille en avant.

 

            Une nouvelle preuve de Ton pouvoir absolu. Je n'aurais jamais cru possible de tirer un tel attelage avec mon anus seul, comme je pouvais à peine croire en Ta main dans mon ventre lors de notre première nuit.

 

 


 

 

            Ça devient une habitude.

 

            Aujourd'hui Tu aimerais me montrer une vidéo. Un film et une démo d'une troupe de danse.

 

            Nous nous installons au lit devant le magnétoscope.

 

            Allez. Encore! Tu m'attaches.

 

            Encore! Ça commence à me fatiguer.

 

            Bientôt je suis confortablement installée à quatre pattes.

 

            Tu téléphones quelques instants. Branches la distraction visuelle. Des maisons, des maisons dansantes avec de la musique exotique. Des maisons des pays du sud. Un mouton, un couteau, le jeune homme et l'enfant. Qui veut apparemment sauver le mouton. Court. Frappe à une porte bleue, répète en criant: Mama! Longtemps.

 

            On frappe chez nous. Tu ouvres.

 

            Des gens. Deux. Qui? Je ne peux pas détourner la tête de la télé, et, à vrai dire, cela m'est égal. J'y suis habituée. Mon corps réagit déjà de lui-même, je respire calmement mais plus profondément, sens mes tétons durcir, et deviens trempée! Contracte rythmiquement mon vagin.

 

            Un arabe prend le métro. Les garçons derrière nous chuchotent et rigolent. Se déshabillent. Un baiser! Tu es allongé contre moi comme si de rien n'était. L'arabe longe une rue et monte un escalier. Sonne. Des doigts remuent en moi. La bouche aspire mon clitoris. Une femme blonde ouvre. N'est visiblement pas ravie de voir l'arabe, le laisse pourtant entrer. Il peut dormir ce soir dans la chambre d'enfants et il y a à manger dans le frigo, mais elle-même sort. Est avec quelqu'un d'autre maintenant. Il glisse en moi. Avec ou sans préservatif ? On dirait sans. Ça ne me dérange pas. Il a la force et l'énergie d'un homme parfaitement sain. L'arabe regarde l'enfant. Celui-là fait ça bien et avec puissance, me secoue, se laisse capturer en moi... Pas tous Tes amis se font sentir si bien et cela fait bien plus plaisir que les sessions de torture.

 

            La fille qui pleurait le soir près du feu disparaît le matin avec le vélo de l'arabe. Il a enlevé le petit garçon blond. Il continue à pied, vole un chariot de bois. Tire le petit, qui pleure parfois, à travers un paysage vide et désolé, jusqu'à ce qu'il arrive à une gare industrielle.

 

            Essaye de parler à des gens, crie en direction de machines immenses qui creusent dans de la terre ou du charbon, montagnes de chair métallique dont la violence laisse craindre pour le petit homme devant elles, comme s'il pouvait être à tout moment écrasé. Un montage excellent et une musique incroyable, cinq tons hurlés...

 

            Ton visage contre le mien, nous regardons ensemble ce film, suivons l'histoire, Tu écoutes aussi ma respiration et mes soupirs, me presses plus fort, mais très doucement, m'embrasses tendrement... Tu Te nourris de mon plaisir, Tu l'absorbes avec avidité, ce mien plaisir résigné.

 

            Le type prend mon derrière. Ses doigts m'ouvrent et il plonge en moi. J'aimerais l'ignorer. Ce contact distrait de Toi et du film, il demande une certaine concentration alors que le balancement dans ma chatte humide devenait une ivresse enivrante comme le vin. Idiot. Prends-moi donc comme avant. Ce qu'il fait.

 

 


 

 

            Je commence à douter si j'ai des limites du tout. Ta conduite est quelque chose d'incroyable. Je suis à chaque fois, quasiment, ahurie des capacités de mon corps, de mon endurance à chaque fois violée et pourtant toujours fonctionnant. Tu peux tout T'imaginer et je l'exécute le plus simplement du monde, comme la chose la plus évidente de la Terre... Bien sûr que Tu ne me laisses pas le choix. Rébellion ne serait que des punitions sans fin, et la plus pure impuissance. Il n'y en a plus du tout. Il n'y a que l'abandon, le plus complet abandon, aussi quand une certaine de Tes idées ne me prépare rien d'autre que du mal. Cela en fait partie.

 

            Certains effets secondaires sont tout à fait expérimentaux. Ils agissent sur ma façon de sentir. Je prends tout cela avec une certaine distance, comme si tout n'était qu'une expérience scientifique.

 

            Cette scène me vient en mémoire, je tenais mon corps tendu par la complexité de Tes divers liens, je devais être à genoux, tendue en arrière, mes bras vers le haut, et Tu voulais de mon sexe une performance particulière... D'abord je reçus ce gadget gonflable qui força mon vagin à se détendre, puis la batte de base-ball que Tu entras et sortis encore et encore, toujours plus vite, et ça me faisait mal, plus que je ne pouvais supporter, mais pas seulement, justement pas seulement... Je sais que je saigne, ça ne compte plus depuis longtemps... Je suis à moitié inconsciente quand Tu pousses en moi cette corne de bois grosse comme la tête d'un nourrisson.

 

            L'abandon, le déléguement total de tout ce que je peux ressentir, la confiance sans limites. C'est au-delà de la description, au-delà de l'intensité, c'est une dimension mystique dans laquelle je danse, aveuglée dans un champ blanc de lumière et d'énergie, le monde brillant blanc et arc-en-ciel de lumière et d'énergie. Est.

 

            Quand mes yeux perçoivent à nouveau le monde établi comme réel, j'ai l'impression que l'effet visuel empreint dans ma pupille n'est qu'une surface animée comparable à la toile de lin d'un cinéma, qu'un geste suffirait pour déchirer le fin voile et découvrir le vrai visage du monde existant, les champs chauds et frais à la fois.

 

            L'impression persiste quelques jours. Cinq jours. Reality comes back.

 

 


 

 

            Je suis tout le temps là, sais tous Tes gestes, mais c'est comme si j'étais endormie, mon corps est débranché. En premier lieu j'atterris dans la baignoire, trempe un temps dans l'eau chaude. Puis Tu me sèches, me couches bien couverte au lit et verses en moi une boisson chaude, acide et légèrement alcoholisée, qui me soûle légèrement, m'euphorise et augmente la température de mon corps. Je m'endors progressivement, perçois encore comme Tu déplies mes membres et meus Tes doigts à peine perceptiblement, mais très efficacement, le long de mon corps.

 

            C'est le massage yin, à l'envers du flux des méridiens, un comme Tu en as déjà reçu des milliers de fois de mes mains. Ta main experte s'arrête à ma cheville, mon mollet, mon genou, Ton pouce presse doucement mais rythmiquement les points qui pénètrent jusqu'à l'intérieur de mon corps énergétique.

 

            Peu à peu, progressivement, un bonheur serein m'emplit. J'observe comme, parallèlement à la détente et au bien-être de mon corps physique, mon esprit se calme et s'apaise... Mort le bourreau, pendue la victime... Nous sommes les amants, des enfants qui jouent, des papillons qui peuvent certes brûler dans leur danse envers le soleil mais dont la mort est répétable encore et encore, jouissive et dynamique, extase de la libération et de l'auto-destruction... Nous nous endormons dans le soleil de la matinée... Toi.

 

 


 

 

            Je remarque que je n'ai plus prononcé un mot depuis des semaines, et encore moins écrit. Avant j'écrivais tous les jours mon journal... Souvent j'ai maintenant l'occasion de le faire, mais aucune motivation...

 

            Je ne peux pas non plus dire si j'articule des pensées ou non. Le rythme jour-nuit est si animalement primaire, je n'ai pas d'occupations du tout. Au début mes humeurs m'amenaient encore à faire nonchalamment le ménage par pure habitude. Je passais aussi la plupart du temps attachée...

 

            Maintenant nous nous sommes apprivoisés l'un l'autre. Tu es devenu doux, comme un bon vin qui vieillit. Tout est si évident... Une vie horizontale, quelquefois mise sens dessus-dessous par Ta fantaise, avec une sexualité débordante pour toute forme d'expression... Ton endurance ne m'étonne même plus, nous passons finalement des heures indescriptiblement extatiques... dont les innombrables détails restent brûlés hors de ma mémoire.

 

            Oui, peut-être sommes-nous tous deux prisonniers, moi dans Ton ferme contrôle, Toi dans Ton énergie possédée de travail...

 

            Mon temps s'est arrêté. Le temps est devenu un éternel maintenant post-orgasmique suspendu dans le présent. Puis-je même désigner cela comme un orgasme étendu dans le temps - ci plus intense, là plus paisible, ou ponctué d'un extrême inconfort qui reste toutefois le contraire même du mal-être?

 

            Jamais je n'aurais pu imaginer vivre ainsi, paisible et consentante, mais cela se passe simplement, devient l'évidence même, s'étend dans l'intemporel, l'infinité...

 

 


 

 

            Je traîne dans Ton appartement vide. Je le tiens parfaitement propre. Beaucoup plus méticuleusement qu'avant. Je n'ai rien d'autre à faire.

 

            Pourquoi ne rentres-Tu pas ? Tu restes si longtemps dehors, ce sont déjà plusieurs nuits que Tu ne dors pas à la maison. Je ne sais que faire. Je T'attends tout le temps. Quand je vais faire les courses, cela me paraît un crime. Ne suis-je pas l'esclave d'intérieur?

 

            Je n'arrive pas à accepter que Tu aies installé un matelas pour moi seule. Ne plus Te câliner, ne plus dormir à côté de Toi, ne plus pouvoir me recharger sur Ta peau est pour moi une torture pire que tout ce que Tu pouvais m'avoir infligé auparavant. Le peu de tendresse me manque comme de l'eau en plein désert.

 

            Parfois Tu entres et m'ignores, Tu ne me parles pas, ne T'occupes pas du tout de moi. Je ne comprends pas. Mais malgré la confusion je reste fidèle à mes devoirs, et me comporte sans faille.

 

            Je sais que je dois T'en parler; mais j'ai du mal à parler avec Toi, surtout de mes besoins. J'ai du mal à prononcer ma douleur, car je ne sais pas comment Tu vas réagir. Si Tu me dis des mots durs maintenant, ça va me blesser tellement que je préfère laisser ça.

 

            Après les cinq jours où Ton comportement envers moi a tellement changé, Tu rentres, comme d'habitude, vers huit heures à la maison. Je dois Te cuisiner quelque chose; après le repas je dois Te rouler un joint ; Tu T'allonges, m'appelles à Toi et je peux sucer Ton sexe. Après l'orgasme Tu me tiens tout calmement contre Toi. C'est tellement différent, sans tension, il manque toute cette dimension ultra-érotique. J'approche mon visage du Tien.

 

            «-Thomas...

 

            -Lilith.

 

            -Tu es si différent.»

 

            Tu ris, m'embrasses sur la joue, expliques d'une voix douce: «J'ai une amie.»

 

            Naturellement j'y avais pensé, j'y avais un peu pensé... Je ne dis rien. Je Te regarde. Tu remarques toutefois que j'attends quelque chose ; Te tournes vers moi, expliques que je couche moi-même avec beaucoup d'autres que Toi, et que je ne peux avoir de prétentions ; ce à quoi je réponds instantanément avec la plus douce voix : "Je n'ai aucune prétention."

 

            Tu regardes profondément dans mes yeux. Ton regard me vérifie. Je n'ai réellement pas d'exigences vis-à-vis de Toi. J'aimerais seulement savoir ce qui se passe ; et j'aimerais être bien traitée. Je sais que mes yeux paraissent calmes et chaleureux en ce moment. Finalement Tu m'embrasses une deuxième fois et déclares : "Tu es mon esclave. Elle est mon aventure."

 

            Je n'eus aucun mal à accepter cela. J'étais certaine que la relation que nous vivions me garantissait, dans son unicalité et son intensité, une place inébranlable à Tes côtés. Je vivais Ton autre relation avec une paix qui me surprenait moi-même, mais que j'appréciais beaucoup et de laquelle j'étais fière ; fière d'être si libre, si progressiste, si intelligente, fière de la liberté que je savais Te donner.

 

            La jalousie, la peur de Te perdre, n'étaient simplement pas là. Tu étais souvent dehors ; je commencai à m'intéresser à nouveau à la vie culturelle, utilisais une partie de l'argent que Tu me donnais pour mon entretien pour aller au cinéma, et regrettais de ne pouvoir m'inscrire à la bibliothèque, car pour cela il me fallait un certificat d'hébergement.

 

            Ainsi je Te demandai de me faire immatriculer chez Toi. Tu répondis d'un regard sombre: «Comment ?» J'expliquai que ce n'était que pour la bibliothèque ; mais je vis que cela ne T'avait pas plu. Je me sentis mal... Je sentis en Toi une colère retenue, Tu dis: "Ça n'entre pas du tout en ligne de compte, Lilith... Tu Te permets de toute manière beaucoup trop ces derniers temps..."

 

            Je pâlis, me troublai, car je me rendis compte que Tu n'étais pas aussi satisfait de moi que je l'étais moi-même. Je me laissai descendre sur mes genoux et dis d'une voix douce mais expressive : "Commande-moi de telle manière que Tu sois content de moi."

 

            Cela se passa vers huit heures et demie ; la première fois depuis longtemps je fus fouettée durement et attachée pour le restant de la soirée avec godemichet et bâillon. J'en avais perdu le goût. Mais j'avais retrouvé jusqu'à Toi, à Ton attention, à Ta consécration. Tu n'as pas couché avec moi dans les jours qui suivirent ; mais Tu T'es occupé de moi, et je sentais Ton influence sur moi pendant Ton absence à nouveau. Depuis cet instant Tu as systématiquement entravé mes mouvements, même si cela Te repoussait à nouveau l'obligation de faire les courses.

 

            Tu devins plus dur, plus ferme et exigeant. Tu ne me donnais pas de satisfaction, et m'humiliais plus qu'avant, comme si Tu voulais m'apprendre à nouveau à T'obéir sans freins. Je m'étais réjouie d'avoir un peu de distraction intellectuelle alors que je sortais davantage ; à présent ça ne me manquait pas du tout. J'aimais la constante overdose sexuelle, et j'aimais Te sentir intensément, être soumise télépathiquement à Ta volonté.

 

            Je crois que ce n'est qu'alors que je laissai vraiment toutes mes inhibitions derrière moi et devins réellement prête à tout. J'appréciais la douleur, autrement qu'avant, j'étais simplement dans un état où j'étais basiquement consentante à tout, dans le même état que les filles-chevaux que j'avais vues en Angleterre. Je me donnais énormement de peine à satisfaire Tes ordres, car Ta colère me rendait incertaine, et un comportement de concurrence germa en moi. Je voulais être mieux que l'autre.

 

            Je coulais de la cire brûlante sur ma poitrine, me masturbais avec chaque légume que Tu me tendais, me désignais comme truie éhontée sous Tes gifles. Tu pouvais me torturer sans devoir attacher mes mains et je pouvais soudain supporter beaucoup plus de douleur. Je pouvais enfin dire des cochonneries sans la moindre pudeur. J'étais heureuse d'être devenue meilleure. Ce que je désignais avant comme sentiment d'honneur ne me manquait absolument pas. J'étais heureuse de m'en débarrasser pour être une meilleure truie.

 

 


 

 

            Je me bats pour ne pas devenir folle ; si ce n'est pas trop tard. J'ai l'impression de ne me composer que de souffrance. Je me torture tous les jours avec la pensée de T'appeler.

 

            Peut-être est-ce la peur de savoir qui m'en retient, de savoir que peut-être Tu ne me veux plus ; Ton interdiction de me manifester chez Toi était formelle ; je dois T'obéir, je ne peux pas rompre Ton ordre par faiblesse. Ou Tu pourrais être furieux, et là je T'aurais perdu. Mon silence était ma seule chance.

 

            Les doutes, la terrible possibilité que Tu ne me veux plus ; et mon activité manuelle dans laquelle je me laisse sombrer comme dans l'alcoholisme. Je ressens même de la fierté de mon oeuvre. Mais cette pensée que Tu pouvais préférer ne pas me laisser plantée comme ça, que cela Te parût plus élégant de me mettre une thérapie par le travail et un gagne-pain entre les mains, pour que je m'en sorte avec la décro de notre relation, et de ma dépendance envers Toi, de telle manière que Tu puisses garder bonne conscience... Je ne veux pas y croire, je ne veux même pas y penser. Mais peut-être je me mens, peut-être dois-je considérer cette possibilité, cette probabilité, cette occasionnelle certitude. Je ne sais pas.

 

            La rage de travail; les instants que je passe dans l'atelier, active, créative, ravie des nouvelles formes qui prennent vie sous mes doigts, le sentiment de plénitude quand un certain modèle atteint son état final le plus parfait... Mon travail est quelque chose qui n'appartient qu'à moi, à travers quoi je me connais, qui me redonne une sorte de sentiment perdu de ma propre valeur.

 

            Le pire est l'isolation. Je n'ai pas de connaissances dans cette ville. Je suis si différente, si différente d'eux. Ils ne rêvent même pas de ce que je fais ici et de ce que je faisais chez Toi. Ce n'est pas que je me sente salie ou plus mauvaise que mes compagnons à travers ce que j'ai vécu chez Toi, bien au contraire ; mais je sens et pense si différemment d'eux... Les hommes polonais ont cela en eux que malgré Ton éducation je les trouve tous tout sauf érotiques, et grossiers. Qui devrais-je rencontrer ici ? Des questions tomberaient, «qui es-Tu» en premier lieu, ce à quoi je ne peux que répondre que je suis l'esclave de mon Maître. Peut-être ne sais-je plus parler avec les gens. Et puis je veux être là quand Tu appelles. Je vais acheter à manger, ou des matériaux, et reviens tout de suite. Des promenades... Une situation oubliée. Ça fait des mois que je n'ai pas fait de promenade.

 

            Il y a des instants où je ne peux que pleurer. Je suis l'abandon incarné. Je ne me lève pas, ne mange pas, oui, parfois je me laisserais mourir de faim. Le téléphone est si muet, il ne sonne jamais et je ne l'utilise jamais. Les tortures que mes pensées me préparent se reflètent dans mon corps. Ma colonne vertébrale devient raide, mon dos douleureusement tendu, mon plexus solaire me fait mal. Je me sens comme un fantôme. Je ne veux même plus vivre.

 

            Quand j'étais chez Toi ; ce temps amèrement regretté n'était pas facile, il était parfois même vraiment dur, mais maintenant il est pour moi le passé doré, la période faste dans laquelle je veux revenir. Tu étais là, Tu étais dur... Parfois je n'avais pas même le droit de Te toucher ; mais je Te voyais, je savais tous les jours de quelle humeur Tu étais et comment Tu allais. J'ai des attaques, des attaques de quelque chose qui pourrait bien ressembler aux effets de manque... Mon corps et mon esprit Te réclament, je cherche le contact télépathique jusqu'à Toi, j'essaye de percevoir ce qui se passe chez Toi... Je sais que la femme vient chez Toi, et il est probable que Tu m'oublies.

 

            La conscience que j'aurais dû faire autrement. Ainsi je suis devenue si ennuyeuse ; je T'ai le plus simplement aimé, je ne me suis pas donné de grande peine pour Te séduire. J'étais si impressionnée par tout ce que Tu avais fait avec moi... Est-ce que tout cela n'était pour Toi qu'une question de satisfaction sensuelle, est-ce que l'amour passionné que je Te porte n'était qu'un moyen pour arriver à Tes fins? Quels sont Tes sentiments pour moi?

 

            Je me demande si je n'ai pas commis une erreur que je n'aurais pas même remarquée... As-Tu interprété mon manque de jalousie comme un manque d'intérêt ? Je peux me souvenir exactement de plusieurs situations où nous ne nous sommes pas compris à travers notre langage muet, où Tu as pensé quelque chose, et y as émotionnellement réagi, alors que je voulais dire tout autre chose...

 

            Je doute de ce qui est la base de ma vie ; de ma relation avec Toi, en laquelle je me suis fondue, pour laquelle je mourus simplement hors de ma vie précédente, pour laquelle j'ai tout laissé ; je doute de l'avenir de ce que nous avons développé en ces mois. Est-ce du passé ? Vais-je Te revoir ? Je vais devenir folle si cela n'arrive pas. Je ne supporterai pas une séparation.

 

            Je vais attendre, égal combien de temps cela va durer. Mais je T'invoque tous les jours. Ma tête, ma conscience, toute mon énergie est avec Toi.

 

            Je peux rester des heures allongée ; je me réveille et essaye de dormir encore. J'essaye de rêver de Toi. Je me masturbe et pense alors aux scènes que je vivais réellement il y a peu encore ; puis une deuxième fois, et une encore. Jusqu'à ce que mon clitoris soit irrité. Mais ainsi je peux me couler dans un état pareil au sommeil, et essaye de rester couchée, inconsciente, sans sensations, le plus longtemps possible. Je ne veux pas me réveiller, je ne veux pas vivre alors que je ne sais pas pourquoi je vis. Je me réveille tous les matins et ne veux plus.

 

            Parfois vient un rêve, une allusion à Hambourg, un coin de Ton manteau, un rayon de Ton énergie... Je ne Te cherche que plus fort, reste allongée, cherche le sommeil qui ne vient plus après 14 heures de repos. Le soleil brille plus clair derrière les rideaux, mais je veux mon rêve, le contact astral avec Toi.

 

            Parfois je m'allonge, essaye de sortir de mon corps, visualise comme mon âme vole à Hambourg, s'arrête devant Ton appartement, puis entre... J'essaye de percevoir ce qui se passe chez Toi... Après ces essais je suis particulièrement vide, particulièrement faible, quand mon corps, ma vie, mon instinct de survie me rattrapent. La faim mord plus profond dans mon estomac et je me lève alors qu'il est déjà tard dans l'après-midi.

 

            Je T'appelle avec toute mon énergie psychique ; mais je ne touche pas au téléphone.

 

            Je suis incapable, lors de ces crises, de monter dans mon atelier. Je n'ai pas d'inspiration, aucun concept, et pas la moindre concentration. Je trouvai pourtant un moyen de me manoeuvrer hors de cet état entre vie et mort.

 

            Je prends quelques-uns des accessoires qui sont déjà là, je m'attache, serre des corsets particulièrement étroits autour de mon buste ; j'invoque Ta voix, qui me donne toutes sortes d'ordres, que j'exécute ; la douleur augmente l'intensité de mes sensations ; dans mon film autiste je Te vis, même si Tu n'es pas physiquement présent ; quand je jouis lors de ces sessions, je me libère tout de suite après et me détends quelques instants ; puis me prépare un café et vais dans le jardin, apprécie la nature et le soleil. Et la vie continue.

 

            Je pensais dernièrement que je dois vraiment faire attention à ne pas perdre le contact avec mon corps. J'ai perdu plusieurs kilos ; mince comme je l'étais déjà, je parais maintenant un peu trop squelettique, pas très attirante. Ma poitrine est devenue plus petite. Je suis souvent vraiment sale, la maison est pleine de poussière et je n'ai pas de motivation pour la nettoyer. En même temps je suis ici depuis déjà trois semaines. Combien de temps encore ? La nettoyer voudrait dire que cela vaudrait la peine de le faire ; et je veux rentrer au plus vite! Et je traîne ainsi, toujours dans les mêmes t-shirts négligés, mes cheveux sales, mes pieds noirs, mes dents collantes par le manque de soins. Je me néglige réellement. Quand je frotte ma peau avec un gant de crin après mon bain hebdomadaire, des particules noires y restent collées. Mes doigts aussi sont noirs et rêches, et les poils autour de mon sexe piquent. J'allais mieux chez Toi.

 

            Je me sens si malade, je vois les symptômes d'un manque de motivation de vivre... Je ne peux maîtriser mes pensées. Parfois je me comporte de manière constructive, me prépare quelque chose à manger, range un peu le chaos qui m'entoure, et je pense alors à mon retour vers Toi, que Tu m'as promis, et alors tout est normal, certes dur, mais juste. Alors je grandis envers mon épreuve. Ou je me trouve vraiment stupide de me laisser manipuler dans une telle mesure, stupide d'être aussi servile, bête de Te croire encore, maintenant, où Tu T'es manifestement choisi une autre aimée. Une colère monte en moi, une colère contre moi-même, une haine contre ma douceur, et j'aurais voulu avoir eu plus de caractère et une plus grande gueule. Alors je ne T'aime plus, je me sens violée, exploitée, utilisée, mais pas aimée. Je hais ces pensées le plus. Ça fait mal de ne plus T'aimer.

 

            Je me sens si perdue, je ne sais pas ce que je dois penser. Le seul point d'attache est mon travail. Il y a des phases où je peux riveter, couper, essayer et perfectionner 16 heures de suite. J'apprends un nouveau métier et j'adore ça, cet apprentissage fait du bien à ma tête à laquelle Tu avais interdit toute occupation autre que le sexe. J'apprends à nouveau à mouvoir mes cellules grises. Cela est merveilleux. Mais je suis si seule ; et le travail est la seule chose qui me sauve de la folie.

 

            Puis je suis à nouveau pacifique, et pense de mes crises de souffrance que c'est un gaspillage d'énergie que de me laisser aller à de telles dépressions. Je vois combien j'ai avancé, vois que mon dur labeur porte des fruits. C'est le but de mon séjour ici. Je dois m'efforcer de le remplir, je le fais et cela est couronné de succès. Mais je n'ai pas de contrôle sur mes sentiments, ou mes extrêmes et contradictoires humeurs. Quand je me couche, je ne sais jamais dans quel état je vais me réveiller. Les matins sont les pires.

 

 


 

 

            Déjà sept heures que je suis dans le train, moins vingt minutes, les vingt minutes avant Hambourg, et l'arrivée dans cette ville est une matérialisation dans Ton monde. Les lumières paraissent être les étoiles de Ta galaxie. Ici et la maison de Poznan sont deux mondes, différents comme deux planètes... Tu es présent sur les deux, là n'est pas la question, mais maintenant je vais Te vivre à nouveau, vivre Ta présence en chair et en esprit... Je pense aussi tout le temps à Toi quand Tu es loin et Tu le sais, là n'est pas la différence...

 

            C'est que les fils que je nouais autour de mes tétons ne se comparaient pas à Tes signaux gauche-droite-arrêt à Ton petit cheval, que seule je pouvais toujours arrêter de presser la douche chaude contre mon clitoris, et que seule je ne perdis jamais conscience en le faisant...

 

            Ce que j'amène chez Toi... Des chefs-d'oeuvre, des barres de métal sciées et percées, plates et larges de 12 millimètres, montées en cuir en de véritables cages-vêtements... Une chance que le douanier ne s'est pas intéressé de plus près à mes sacs. Il n'y a là que d'impossibles vêtements noirs, des appareils qui imitent des chaussures à talons, cette cage à fleur de peau et naturellement Aiwass... Il est enroulé depuis si longtemps, je vérifie encore s'il a de l'air. Je ne peux même pas le caresser, les sacs sont gros et reposent sur le porte-bagages au-dessus de moi. C'est si bien que Tu m'aies permis de l'emmener, je n'aime pas tellement qu'il ne me sente pas pendant trop longtemps, cela me fait aussi penser que Tu veux me garder à nouveau plus longtemps chez Toi... Je m'imagine que Tu me laisseras, immobilisée, seule avec lui, ce qui va probablement arriver... La peur est absente, j'étais deux mois tous les jours avec lui. Il ne me fera rien.

 

            Je marche jusqu'à Ton appartement. Mes bagages pèsent si lourd. Je T'ai appelé de la gare et Tu m'as interdit de prendre un taxi ou même un caddie et m'as ordonné de les porter. Je fais comme Tu dis. Lentement je marche à travers San Georg. Des prostituées se tiennent là, il fait nuit, sur le Hansaplatz sont assises plusieurs silhouettes dont les bras sont garrotés et qui se pressent des seringues dans les veines.

 

            Je suis presque là. Avec le poids des sacs je sens mon coeur battre, c'est la seule chose que j'entends et à travers lui je sens une chaîne aller qui me tire vers Tes fenêtres.

 

            La prostituée à la porte me salue, elle m'a vue souvent. Je la salue en retour, sonne. Une deuxième fois. Tu n'ouvres pas tout de suite, mais je sais exactement, Tu me fais simplement attendre.

 

            La porte se referme derrière moi, je commence à monter l'escalier quand Tu apparais à la balustrade, dis: «Halte.»

 

            Je m'arrête. Regarde vers Toi. Tu es là, Tes yeux dans les miens: «A genoux...» Je me laisse glisser sur mes genoux.

 

            «- Monte l'escalier comme ça !»

 

            Tu me testes ! Je le fais, pas trop lentement, Tu ne me presses pas non plus. Nos regards l'un dans l'autre. Le feu de Tes yeux brûle. Est-ce cela l'hypnose ? Tu caresses mon menton quand je passe devant Toi et entre dans l'appartement. Ce n'était qu'un étage.

 

            Je laisse mes sacs glisser à terre, me lève, nous nous prenons dans nos bras, Tu me serres contre Toi, dis: «Lilith... C'est si beau de Te revoir...» Tu ris de plaisir, m'embrasses, dis: «Vite, déshabille-Toi!» Je souris et commence tout de suite à me déshabiller. Je n'ai pas prononcé un seul mot encore, et je suis à nouveau là, à Ton ordre... Oh, Thomas, ça n'a jamais arrêté... Tu vas chercher mes chaussures vernies noires, Tu me les mets et Tu es tendre en le faisant, Tu embrasses mes pieds et mes chevilles... Embrasses mon pubis - un court instant... Te lèves à nouveau, dis: «Montre ce que Tu as amené!»

 

            Je propose de commencer par libérer Aiwass. Tu donnes Ton accord et j'ouvre son sac, capture sa tête et le sors, pends son corps à mon cou, comme il en a l'habitude. Je le tiens un moment sur moi et le caresse, Tu nous regardes avec des yeux hallucinés... Puis il s'en va explorer sa nouvelle maison... Je vide mes sacs sur le sol de la chambre.

 

            Ce n'est que maintenant que je suis surprise. J'ai amené maintenant quatre fois autant de choses que je n'avais laissées chez Toi, et tout est du plus vicieux article SM. Les robes cirées. Nous regardons tout, discutons, Tu es content quand j'ai perfectionné de ma propre initiative un modèle commandé par Toi... Ce qui Te plaît le plus est la cage pour le corps entier en métal à laquelle j'ai travaillé trois semaines... Il faut encore la monter, mais nous ferons tout cela demain, il est tard et le voyage a été fatigant. Je prends une douche et nous allons au lit. Ton contact, la chaleur et la douceur de Ta peau, la passion avec laquelle Tu m'aimes me font oublier les tortures de la solitude. Maintenant je peux donner libre cours à toute ma passion...

 

            Quand je me réveille, nous sommes enlacés de très près... Je Te caresse, encore dans le demi-sommeil nous recommençons à nous aimer...

 

            Toi et Ta manière de rester des heures en moi, de Te nourrir de mon plaisir sans Toi-même éjaculer... Tu Te lèves en retard, Te précipites au bureau. Je dors jusqu'à midi. Reste encore tout un moment couchée. Je me sens si heureuse, je suis à nouveau chez Toi.

 

            Une douche fraîche, un petit déjeuner... Je commence à monter la cage de métal. Aiwass s'est enroulé dans un coin et dort. En une heure et demie j'ai fini. La forme attend ma chair.

 

            J'essaye de lire, de dormir, de regarder la télé... Je suis déconcentrée, nerveuse, je ne sais que faire de moi. Maintenant je remarque à quel point un unique minimal détail me dérangeant de manière bienvenue pouvait m'occuper. Je range l'équipement nouvellement amené, je le pose sur la table dans la chambre aux étagères, sors ce que j'avais laissé chez Toi.

 

            La décision tombe tard dans l'après-midi. Il devait être vers les cinq heures et tout alla très vite. Tu ne peux que louer cette sorte de spontanéité: je vais me mettre en scène érotiquement pour Toi. Je veux n'être rien d'autre que Ton jouet, continuer cet état qui germa si uniquement entre nous, me laisser tomber en Toi, abandonner toute responsabilité. Je ne veux pas être Ton amie, je ne le peux pas après le conditionnnement; je veux être Ta chienne en chaleur, Ton jouet sexuel parfait, je dois entretenir ce ton entre nous.

 

            Je ne supporte plus la liberté. La masturbation n'est d'aucune aide contre cela. Je veux pendre sans aucun pouvoir quand Tu rentres ; et je veux souffrir, afin que Tu aies ce pouvoir absolu de me torturer davantage, de me soulager, ou, tout sauf neutrement, de me faire attendre ma libération.

 

            Mon plan est prêt. Je choisis ce dont j'ai besoin. La barre qui tendra mes jambes loin l'une de l'autre ; une laisse qui tirera mes bras par derrière vers le haut ; un bâillon des plus profonds ; un harnais de cuir qui portera le poids de mon corps ; la petite brosse pour mon sexe. Les pinces à tétons. Je prépare l'image, pends le harnais au tronc sous le toit, vais chercher la chaise de laquelle je vais me laisser glisser en équipement complet, ce qui tendra mes bras et mes tétons soudain, mais irrévocablement, plus fort, jusqu'à ce que Tu viennes.

 

            Cette idée germe en moi et je dois la suivre ; c'est mon devoir envers Toi de Te plaire, de Te surprendre. Cela ne peut que Te ravir... Et je suis beaucoup trop excitée pour laisser ça, essaie d'éviter cette pensée. Je dois le faire, c'est plus fort que tous les doutes, plus fort que tout le reste, une pulsion irrésistible.

 

            Là Tu confirmes quelque chose, un nouveau hasard magique se produit...

 

            Oh, Thomas, moins de 30 secondes avant que je ne voulais monter sur la chaise, Tu appelles je sais ainsi que je vais rencontrer encore aujourd'hui la femme qui partage Ta vie à présent. Tu as la finesse de rentrer en premier, vous voir arriver tous deux aurait été un peu brutal... Comme Tu peux Te le permettre, enfant du soleil... Je le vois maintenant, j'ai laissé ma propre vie et tout ce que j'étais loin derrière moi et cela est la mort de l'initié. Meurs chaque jour! Je suis façonnable comme de l'eau en Toi, oui, quelle illusion d'une chaste liberté ou même identité peut arriver aux chevilles des lumières que Tu es ?

 

 

 

Lilith von Sirius, 1995.

 

 


 

 

 

CURRICULUM VITAE

 

 

 

            Née le 06.06.1971 (Poznan, Pologne).

 

            Travail de compositeur, musicienne, chanteuse, danseuse, costumière, écrivain.

 

            Ecriture de poésie, de chansons, de romans, de scénarios pour film et théâtre, de disques.

 

            Création, chorégraphie et interprétation de spectacles de danse ainsi que de costumes de scène.

 

 

EXPERIENCES 95

 

            Interprétation dansée de quatre cartes de tarot pour la pièce de théâtre «Conte de fée» de Myriam Brown, les 22 et 23 décembre à Paris.

 

            Exposition de vêtements, d'accessoires, de photos et de poèmes, danse au serpent et danse chauve-souris, lors du vernissage de l'exposition Aux Carrés d'Hélène, le 14 décembre à Paris.

 

            Danse de chauve-souris lors de l'événement techno de pleine lune au lac de Pokhara au Népal, en septembre.

 

            Roman «Tienne à jamais», écrit en allemand courant 95, puis traduit en français, anglais et polonais.

 

            Recueil de poésie «Liber 156», écrit entre 92 et 95, traduit en allemand, français, anglais et polonais.

 

            Figuration sur le tournage du film «Happy weekend», en août à Berlin.

 

            Participation au reportage sur le photographe André Chabot, pour l'émission de télévision allemande «Peep», dans le rôle d'un succube hantant le cimetière du Père-Lachaise, en juillet à Paris.

 

            Danse au serpent lors de la soirée «Freiheit, Gleichheit, Geilheit» organisée par Ludwig von Tetzlaff, en juillet à Berlin.

 

            Spectacle de danse lors de la soirée «Exotica» organisée par le bar «Lili la Tigresse», en mars à Paris.

 

 

ET AUSSI...

 

            Trilogie pour la troupe catalane LA FURA DEL BAUS comprenant la projection vidéo d'un poème, une danse au serpent et une danse de chauve-souris, en septembre 94 à Berlin.

 

            Participation à la compilation littéraire du journal «Czas kultury», comprenant des poèmes de différents jeunes auteurs de la ville de Poznan (Pologne), en octobre 93.

 

            Création et réalisation du costume de chauve-souris, puis interprétation dansée, pour la discothèque «Spacenik» à Münster en Allemagne, en janvier 93.

 

            Co-écriture, traduction de l'allemand vers le français, et interprétation de la chanson «Blume» pour le groupe allemand «Einstürzende Neubauten», publiée sur l'album «Tabula Rasa», en mars 91 [ et sur l'album «Malédiction», 1992 ].

 

            Création et réalisation d'une série de costumes de théâtre pour «Le Décaméron» de Boccace, monté par Bepi Giuseppe, en août 90.

 

            Travail avec le groupe de théâtre du Lycée Fénelon et la Maison du Geste et de l'Image, sous la direction de Jacques Hadjaje, sur un montage de «Légère en août» et «Portrait de famille», deux pièces de Denise Bonal, et interprétation d'un rôle lors de la représentation finale donnée au Centre Georges Pompidou, en juin 90.

 

            Création et réalisation d'un défilé de mode en collaboration avec Hung, en juin 89.

 

            [Traductions en français et polonais du «Livre de la Loi» d'A. Crowley.]

 

            [Décès le 30 mars 1997, Hambourg.]

 

            [Parution posthume de poèmes dans les revues LE MIRACLE TATOUE, ALEXANDRE, etc. Parution début 1998 du recueil de poèmes (traduits par Philippe Pissier) "HUMAN WOMAN WITH HUMAN FEELINGS" à l'enseigne de ON A FAIM (BP 47, 76802 St Etienne du Rouvray Cedex).]

 

 


 

 

© The Estate of Diana Orlow.

 

 


 

 

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