DIANA ORLOW (alias LILITH VON SIRIUS) :

 

 


PRÊTRESSE DE BABALON

 

J’ai envie de me caresser. Je pense à Mufti. Je pense à ce pas qu’il me faudra franchir pour tout laisser derrière moi, ce qui me rendra plus sauvage encore. Je ne me masturbe pas. Ce dont j’ai besoin, c’est d’une bonne pénétration vaginale. Je me réjouis de Père. Depuis une semaine, je suis son esclave douloureuse. Je veux être dressée. Je veux être excitée au-delà de toute limite. J’en ai besoin. Je dois vivre. Je dois expérimenter. Mon origine polonaise m’a mise à l’écart à Berlin. Ewa a perdu de sa superbe et de sa stabilité. Adonaï a une nouvelle famille. Mon Dieu, pourvu qu’il soit heureux. Je l’aime, moi bête naïve, soi-disant putain, garce en chaleur, petite fille seule. Oui, dorénavant, c’est comme putain que je me présenterai publiquement. C’est une voix en moi que je ne peux plus réprimer.

Du droit que donne la pratique. Guérisseuse, quoi d’autre... Ouvre-toi et reçois tout dans la pureté. Babalon. Sexe pour toujours, sexe à plusieurs, joie et extase. Ecrire là-dessus, écrire sur les sensations procurées par les massages, sur la façon dont ils sont reçus et sur la guérison. Sexe et Magie, Sorcière et Hétaïre. Je veux tout vivre, tout sous toutes ses facettes, tout connaître. Je veux plus d’expériences, plus d’ouvertures, rendre cette énergie plus réelle encore.

Je me promets une conscience neuve pour septembre. C’est ainsi, même si les choses se déroulent autrement. Je ne veux pas trop y penser. Je veux me révéler comme artiste de l’érotisme. Je veux afficher toute liberté sexuelle et la transmettre à ceux qui nous sont importants. Je veux perdre toute honte. Je veux m’exhiber. Je ne veux être rien d’autre que ce que je suis et être acceptée comme telle.

Je suis heureuse de Père... de notre relation qui a repris après plusieurs années d’interruption et qui remonte intérieurement quand je revois ce hall et cet hôtel pour étudiants où nous nous sommes rencontrés. Je suis heureuse de voir que Père m’aime et m’apprécie, qu’il pense à moi alors que je croyais que tout était fini entre nous. Il devrait en être de même pour Mark.

Mon rêve est d’être connue comme putain dans les milieux de musiciens de Hambourg et de Londres. Si j’osais, je le ferai. Sex and dope and all your money. Let’s do it. Toujours la peur de cette conduite moralement incorrecte, que l’on pourrait qualifier de citoyenneté européenne. Comment y adapter ma vie ? Ma personnalité est maintenant assez développée. Je veux mon entière liberté, sur moi, sur mes actes, sur ma pensée, sur mon rayonnement, et je le veux de suite. Je le ferais si j’étais à Paris et si je recevais cette lettre me donnant la nationalité française. Je pourrais faire ce que je veux.

La proposition de Monique Lajournade. J’aimerais faire quelque chose d’inhabituel. OK! Alors, écris sur tes projets, écris une lettre, sors pour écrire. DO IT.

Berlin. Ça va tout de suite beaucoup mieux. Ici, les gens me comprennent plus. Masseuse, artiste. La Pologne est un pays borné mais j’y ai appris quelque chose sur moi-même. Je m’y suis découverte comme artiste, masseuse, guérisseuse et putain. Ça compte... Ce qui arrivera maintenant, ce sont les conquêtes, la vie, l’expérience... La maison ? Elle doit être maintenant habitable. St Tropez ? C’est une chance pour devenir une artiste mûre et capable d’amasser les expériences, de faire plus de scène. Pas comme ici. Gérard veut aussi financer mes projets.

Je veux rester une courtisane. Je veux être une femme indépendante et désirée, d’un rayonnement irrésistible. Je vais à St Tropez pour compléter mon expérience et trouver des clients. Cela me fait plaisir. Tokyo est dépassé et je n’ai rien à faire dans ce milieu. Je suis une déesse intergalactique. Lilith sur Gaia. Je ne veux plus me laisser bloquer par la timidité, la peur, la honte ou des pensées de perdante. Je mettrai en scène l’expérience 156. Peu importe que ma famille soit au courant de mes rêves. Je suis seulement moi-même. Je me suis fidèle. Thelema dit : règne dans l’ombre, donne vie à la planète, engage-toi de toute ta force. Celle que tu es au ciel et sur terre.

Ecris sur la conscience magique, sur les guérisseurs. Ecris des mots doux pour les rois. Traduis le livre du Yoga en polonais. Ce pays grandit lentement... lentement. Adonaï grandit aussi et devient de plus en plus vif et intelligent. Je l’éduquerai comme musicien et danseur. Je suis si heureuse qu’il soit là.

Gulliverbus pour Paris. A ce prix, j’aurais mieux fait de prendre l’avion. Alex ne me sort pas de la tête. Les cartes disent : rien comme avant. Je suis tombée amoureuse de lui et je ne m’en aperçois que maintenant. Il a une telle influence sur mes ambitions musicales. Il les libère en moi. Ecris-lui : viendras-tu à Berlin début novembre pour travailler avec Jan ? Il est 8 heures passées et le ciel est sombre. Je m’aime dans ma peau d’artiste. A Paris, j’imprimerai en allemand mon livre, "Liber 156", et le distribuerai. "Human Woman" doit être retravaillé. Je veux que Gérard finance mes projets. J’aurai sûrement des aventures payantes à St Tropez. Je veux trouver ma sexualité. Je crois pour en finir que ma force d’esprit vaut de l’argent. Je n’ai aucunement besoin de travailler physiquement.

Quelques lettres à écrire : Peter Czernich, Fritz Brinkmann, Peter Sempel, Alex Hacke, Sylvia. Téléphoner aux suisses puis partir à Zürich.

Paris. L’appartement, les lettres de crédit. J’ai été malade. Je voulais une invitation de Mark. Je le veux. Je veux Alex, je veux de nouveau mon groupe. Work and be our bed in working.

Le train pour Zürich. Hier, Daniel... je lui ai envoyé un fax. Il m’attendait devant ma porte. Il me frotte avec des billets de banque, mon Dieu, il est si drôle et je l’aime. C’est une relation formidable qui me fait aussi tant de bien. Puis, je suis allée chez Eric. Il est si maladroit, un amant si négligent... Il paye si peu... 1000 FF. Qu’est-ce que c’est que ça... Je dois me faire valoir. Je vais m’entraîner à enfiler les préservatifs avec la langue. Hé, j’ai envie d’Eric et je suis toujours heureuse qu’il m’appelle régulièrement pour peu ou beaucoup d’argent. 3000 FF me sont pratiquement tombés du ciel.

Je pars chez Père. J’écris quelques lettres : Fritz Brinkmann, Friedrich Stohlmann, Peter Czernich. Je m’aime active de cette manière.

Ces derniers jours... premier test atomique à Mururoa... je voulais absolument imprimer "Deins Forever" et préparer toutes les enveloppes. Friedrich Stohlmann le lira aussi...

Je suis dans la chambre de Père. La nuit dernière, je ne devais pas retirer les pinces à linge accrochées à mon sexe. C’était vraiment merveilleux mais cela m’a fait trop mal lorsqu’il m’a pénétrée avec un pénis en bois. Quelques minutes ont suffi. C’est à chaque fois un long trajet pour venir ici me laisser "traiter" par lui durant quelques jours. Mais moi, trop salope, trop garce, j’aime tout ce qu’il fait de moi, lui, que je ne connais pas, prend d’une main ferme contrôle de moi alors que moi je ne me domine plus du tout.

Je ne peux plus mener cette double vie. Je ne peux plus cacher en moi la reine Babalon. De plus, le temps passé chez Jacques devient une menace. Ma liberté. Suis-je légalement en Europe ? Dois-je lui téléphoner ? Dois-je lui donner de l’argent ? Cela ne peut pas être très cher. Que sait-il, au juste ? Est-il au courant de cette soirée au Ritz ? Est-il déjà allé chez les flics ? Interroger les cartes.

Tout semble en ordre. Il est important que je me révèle. Il est nécessaire que je sois conséquente envers mes écrits, ma sentimentalité, mes questions. Un tank. Dois-je être une femme forte et dure ou bien une personne qui accepte ses doutes et se remet en question ? Il est peut-être absurde de proposer une nouvelle version des Lettres 156 pour un film. Ce sont peut-être le doute et l’effacement qui sont un million de fois plus absurdes.

Mon origine. Pourquoi ai-je choisie cette famille ? Cette mère folle, cette tante sans cœur... Sont-ils tous aussi bêtes ? Ce père pénible. Je devrais décrire comment c’était, le peu que je me rappelle. Génio, mon oncle Génio qui me prit sous sa couverture. Il était malade, couché et il m’a obligée à y rester. Que m’a-t-il fait ? là ou bien avant ? je ne le saurai jamais. Mon premier jour d’école au Maroc. Ma tante m’accompagnait. Le second jour, je pouvais y aller seule. Je sais, j’ai été souvent battue par les garçons. Et puis quand j’ai eu mes règles pour la première fois ou quand je suis sortie avec mon premier copain. Agression sans aucune explication. Quand à l’âge de 13 ans, je ne suis plus allée dans aucune école. À 15 ans, j’avais le droit de manger de la baguette. Si tout cela a à voir avec mon attrait pour la prostitution... j’aimerais pouvoir mieux me comprendre.

Relation. Equilibre amoureux et émotionnel. Ma famille! Je ne veux pas devenir comme elle. J’aimerais plus de liberté, plus de douceur, plus d’humanité.

Père me fait du bien. Notre amitié est d’ordre sexuel, une simple proximité qui est si belle, si belle.

Je veux mieux me comprendre pour mieux m’utiliser. J’aimerais enregistrer avec Hacke. Bon, mais pourquoi je n’arrive pas à m’y décider ? Tout simplement lui téléphoner. Je veux me connaître. Je veux clairement marcher sur mon propre chemin.

Qu’est-ce qui me pousse à lire passionnément des annonces de sexe ? Quelle est cette fascination pour les petites annonces des putains ? Quel intérêt pour moi ? Je vais chez Eric et couche avec lui pour peu d’argent. Cela suffit maintenant, je dois le quitter. Masser Didier ne m’apporte plus aucun plaisir non plus. Je veux vendre mon art. C’est ce qui est maintenant le plus important.

Je voulais me dépouiller de ma fausse honte, je voulais me sentir capable, provocante. Je voulais me débarrasser des convenances en matière de sexe qui, à un moment ou à un autre, furent programmées en moi, et qui m’ont séparée de moi-même. Peut-être ai-je héritée cela de Tante Krystina. Je m’en rends compte inconsciemment. Je vais bientôt la visiter, je m’observerai et me souviendrai un peu de ce que j’ai oublié, de ce qui interfère, ce que je vois, ce que je comprends, ce qui vient de moi.

Analyse. Thérapie. J’avais choisi la prostitution comme thérapie. Thérapie sur quel genre de syndrome ? Tout d’abord une relation saine à l’argent. L’héritage de Nina... Ma grand-mère était claire à ce sujet. Quand l’argent est là, il faut s’en servir. Nina ? Nina disait : achète-moi une machine à coudre et laisse-la, là, dans un coin. La synthèse est simple... Je pense que les femmes de ma famille sont malades et veulent me découvrir par le sexe, mes réactions et mes réflexes.

Ce qui est important, c’est que seuls des hommes âgés m’attirent, des hommes d’environ 40 ans, au mieux en costume. Aujourd’hui, je me suis promenée dans Zürich et j’ai remarqué les regards de jeunes types de trente ans. Ca ne me touche pas. De préférence, je suis attirée par des hommes ayant des professions libérales : docteurs, avocats, managers. L’image du père.

Quand, à l’âge de 21 ans, je suis partie en Pologne, je savais que je m’y trouverai. Maintenant, je me rends compte que je cherche à me distancer de mes racines, de mon éducation, de mes origines polonaises. Maudite Polak, littéralement imprévisible. Une fuite. Je veux trouver ma place sur terre, là où je puisse vivre en paix. Berlin, Poznan, Paris ? ou bien dois-je tout laisser derrière moi ?

Je trouve l’Europe plutôt hystérique en ce moment. Test atomique, un fou à la tête de la Russie et moi, seule avec Adonaï et responsable d’Adonaï. Moi, Cassandre qui veut quitter Troie.

Hacke n’habite pas loin. Je me décide, je suis prête. Je sens bien que je suis folle, déséquilibrée, mais j’y vais quand même.

Langnau. Le champ des Elfes. Andy est absent et je l’attends. Il fait froid. Qu’est-ce que j’attends de la vie ? Je veux un passeport français. Je veux être avec Adonaï. Pourquoi est-ce que cela ne va pas ? Je suis vraiment prête à tout pour obtenir une vie assurée avec lui. C’est ce que je désire le plus, plus que toute autre chose. Ces trucs d’art également, mais ce n’est pas aussi important.

Je veux un homme qui s’occupe de nous deux. Un seul, auprès duquel je m’endormirai chaque soir, avec qui être tendre, l’aimer. Je dois tout simplement essayer. Je n’ai jamais connu ça, mais je ne peux non plus vivre loin d’Ada. Je dois vraiment commencer à me creuser la tête pour savoir quelle direction donner à notre vie.

Où aimerais-je vivre ? Dans quel pays ? En Allemagne ? Hambourg ? La Suisse ? C’est vraiment très beau là-bas. Je dois penser à moi. Andy vient d’arriver.

Lausanne. J’ai téléphoné à Jean-Paul, le tout gentil. Je suis heureuse de pouvoir le rencontrer demain. Je voyage. Je suis toujours quelque part ailleurs. Le portable me sauve.Je peux travailler partout, être productive, faire ce que je ne prends pas le temps de faire à Paris. Je traduis "Deins Forever" en français. Andy m’invite à Katmandou. Il dit que je peux rester avec Adonaï chez lui. Je sais, mais je ne le ferai pas. Sa maison est humide. C’est comme chez moi, juste habitable l’été.

Je déteste le matin - ou est-ce le matin qui me déteste ? Je me réveille tard et redeviens moi-même plus tard encore. J’aimerais enfin me libérer, me tranquilliser intérieurement, me savoir paisible. Peut-être ai-je un trop lourd fardeau à porter. La séparation d’Adonaï. La névrose de Mark, les changements, la prostitution en plus. Quel choix faire pour mon avenir et comment le diriger ?

Je suis trop exigeante avec moi-même. Impatiente, et je me brime cruellement quand quelque chose ne se passe pas comme je le veux. Laisse tomber. Vis-toi comme tu es. Eduque-toi sans te punir.

Lausanne. Trois jours pluvieux passés au lit chez ma tante. Trois jours que je traduis "Deins Forever" en français. La nuit tombée, je suis allée chez Jean-Paul. Je suis restée à peine une heure chez lui et j’ai manqué le dernier train. Je ne lui ai rien demandé. Il m’a donné 600 francs suisses. Hé bien, c’est ma valeur affective. J’ai décidé de partir en stop à Berne. Une fois que je lui ai pris la queue dans ma main, je lui ai demandé son nom. Il était sympathique... j’ai tout de suite senti son désir et je l’ai accepté. Je lui ai raconté que j’étais masseuse et artiste. Il m’a aussitôt demandé si je donnais aussi des massages érotiques. J’ai répondu oui, et c’était ok. Il n’y avait rien de vulgaire dans tout ça.

Le train Berne-Paris. Je vais bien. J’essaie de contrôler mes humeurs... entre enthousiasme et dépression. Ces 10 jours ont déjà un drôle d’effet sur moi. J’ai rêvé de Hacke cette nuit. Je lui prépare un paquet pour l’anniversaire de ses trente ans, avec un exemplaire de la première édition de "Human Woman" ainsi que "Deins Forever" en français. Cela s’est passé si vite. Je l’aime.

Ces aventures avec Jean-Paul et Peter m’ont donné à réfléchir. Le sentiment irrésistible du succès, la sensualité des billets de banque. Oui, je suis une fétichiste de l’argent. Mais avec quoi me détruis-je ? Est-ce que cet attrait de la prostitution est une maladie, ou bien porter un jugement sur soi-même est-il un fléau spirituel ? Je penche pour la seconde explication. Je me comporterais sans retenue si j’avais déjà mon passeport français. Je sais. Je base ma conduite là-dessus. C’est mieux que je ne me le cache pas. Ce comportement, entre la putain Babalon et celui d’une jeune fille moralement pudique, commence vraiment à me prendre la tête. Je veux honnêtement m’en tenir à ce que je suis.

Après trois jours passés chez ma tante, je me suis aperçu à quel point j’étais différente. J’ai senti combien cette paix bourgeoise, qui d’une certaine façon m’attire, peut aussi très vite m’ennuyer.

L’euphorie, cette ivresse féminine du phallus, avec laquelle j’ai si vite gagné de l’argent, me fait décamper. Cela m’a fait du bien, je le sens. C’était si excitant avec Peter. Il était si enthousiaste, me répétant combien j’avais été bonne avec lui. C’est aussi que je m’étais donnée de la peine. Une procédure manuelle que je ne pouvais pas plus primairement mener. Je lui ai demandé s’il pouvait imaginer que je puisse le faire venir sans que je touche son pénis. Il acquiesça. Je chatouillai son épine dorsale, pressai son pubis, et en quelques minutes je lui ai ouvert une nouvelle dimension. J’ai écarté pour lui, un court instant, un petit morceau du voile. C’était sacré. Je n’avais plus besoin d’un billet de train. Je venais de gagner 200 francs suisses en un quart d’heure.

Je retourne à Paris pour deux semaines. Photos, tournage, Human Woman, Sacem. Un peu de massage. Le 4 octobre, je m’envolerai pour Delhi, aux Indes, et de là pour Katmandou, Népal.

Aujourd’hui, Didier m’a téléphoné, mon plus fidèle client parisien. J’ai là aussi gagné 200 francs suisses, mais c’était plus long.

Cette nuit, j’ai rêvé que Didier me violait et j’étais consentante. Je suis si embrouillée, si confuse. Je devrais enfin prendre une décision, quelque chose de constructif, un homme qui m’aime et qui prend soin de moi, mais en moi quelque chose agit de façon toute contraire. Quelque chose qui cherche les clients, la griserie, la vie sans frein et la création plutôt qu’un enfant. Laquelle des deux suis-je, ou bien suis-je les deux ? Je veux me comprendre et m’aimer.

Un appel de Monique. Enfin. La reconnaissance de mon travail. Enfin.

 

***

 

Je suis en Inde du Nord. Il y a quelques jours, il y a eu ici une éclipse totale du Soleil. Mon vieil ami Andy m’a invitée. J’ai l’impression que pour moi la Suisse est le pays de la chance. Je traduis "Deins Forever" en anglais. Aujourd’hui, par ennui, je commencerai la traduction polonaise. Je travaille un peu sur Human Woman. Je danse avec le costume de chauve-souris. Je me fais des soucis par rapport à l’Europe, moi qui veus vivre sans inquiétude. Cette année, je me suis découverte comme écrivain, comme artiste ( ce mot me demande toujours un effort, que veut-il dire au juste ? ).

Avion : all of a sudden - c’est pour maintenant. Fear nothing. Râ Hoor Khuit is with thee.

 

***

 

A mon retour des Indes, j’ai passé 10 jours en Suisse. J’ai rencontré Vilma à Fribourg. Ava m’avait donné son numéro de téléphone en janvier. J’irai la visiter. C’était très bon... Elle représente un idéal pour moi. Une femme de cœur, avec de l’humour, style 1900. Une domina professionnelle très éloignée des femelles berlinoises, de Julia von Roth ou de Tokyo.

Elle m’a proposé de travailler chez elle après m’avoir questionnée pendant le voyage à Berne, notre premier soir, sur mes expériences et mes points de vue. Elle a invité chez elle ce type du Valais. Qu’a-t-il fait ? Ligoté, une vidéo montrée par une esclave, essayage de costumes latex... C’était sympa.

C’est ainsi que je l’entends. Cela doit procurer du plaisir bien que l’argent reste bien sûr la motivation principale. Si je savais au moins que j’en aurai assez pour vivre comme j’en ai envie, je lui donnerais moins d’importance. C’est un mode de vie où j’ai peu de sécurité mais beaucoup de liberté pour réaliser mes projets d’artiste.

La maison en Pologne est maintenant mise en vente. Je me sens naturellement baisée dans cette affaire, après toutes ces années où j’ai investi mon argent et mon énergie, pour en plus entendre que depuis des années je vis à charge de la famille et que j’aurais pu payer un loyer. Ecœurant. Je suis justement chez ma tante.

Je replonge dans l’astrologie et je constate qu’en ce moment j’ai Pluton en transit, sujet sur lequel je commence à lire un livre. Tout se rejoint, d’une part ce que personnellement je ressens, et d’autre part ce que les deux sorcières ont écrit. D’un coup, la colère me quitte.

Je partirai bientôt pour 3 jours à Paris. Je rencontrerai de nouveau Harald. Voir ce qui se passera. Je réfléchis déjà à l’endroit où j’aimerais vivre et habiter, à ce que je vais faire dans un avenir immédiat. Je veux vivre de mon art. Ça, c’est clair. Je veux que Lilith von Sirius soit connue. Le frisson de la scène, l’éloge de mes écrits, la fraternité et la reconnaissance de ceux qui comprennent ce que je fais et pourquoi j’écarte tout élément perturbateur de ma vie.

Mon ex-maman vient de me téléphoner, si stupide depuis déjà des années. Elle me menace de m’enlever mon enfant. Je ne suis même pas troublée. Je pense plus loin, c’est tout, et c’est mieux ainsi. Je n’aimerai pas la rencontrer en Pologne. Au fond, cela m’est égal. Je veux remplir ma vie de mon désir d’amour. Je commence à me faire une image claire de ce qu’on me reproche, et alors les questions trouveront leurs réponses. Une psychanalyse de la mère trouvée dans un ouvrage sur la prostitution sacrée.

Aujourd’hui, après 10 années, elle me reproche d’avoir vécu chez un homme âgé, d’avoir vécu partout, alors qu’en fait Michel est très clairement pour moi celui que je dois remercier pour m’avoir donné à manger et payé l’école, alors qu’en ce temps Nina avait de l’argent pour s’acheter des cigarettes mais plus rien quand il s’agissait de moi, une fille de 13 ans, de me nourrir et alors de m’envoyer dans des administrations éloignées pour que je puisse aller à l’école. Elle me hait parce que je ne me suis pas laissée écraser sous sa tutelle. Elle essaie de me noyer dans des sentiments de culpabilité qui certainement la font elle-même souffrir.

J’aimerais maintenant citer le Livre de la Loi :

43. Que la Femme Ecarlate prenne garde! Si la pitié, la compassion et la tendresse visitent son cœur ; si elle délaisse mon œuvre pour jouer avec de vieilles douceurs ; alors ma vengeance sera connue. Je me tuerai son enfant : j’aliénerai son cœur : je la chasserai loin des hommes : telle une prostituée craintive et méprisée elle rampera dans les rues humides du crépuscule, et mourra gelée et affamée.

44. Mais qu’elle se dresse avec fierté! Qu’elle me suive dans ma voie! Que son œuvre soit l’œuvre de la méchanceté! Qu’elle tue son cœur! Qu’elle soit bruyante et adultère! Qu’elle soit couverte de joyaux, et d’habits luxueux, et qu’elle soit sans honte devant tous les hommes!

45. Alors je la hisserai aux pinacles du pouvoir : alors j’engendrerai d’elle un enfant plus puissant que tous les rois de la terre. Je la comblerai de joie : avec ma force elle verra & frappera l’adoration de Nu : elle atteindra Hadit.

C’est ainsi que je pourrais décrire le processus par lequel je m’éloigne de l’image idéale (alors que je rends grâce à mon enfance) de la mère spirituelle et consciente qui, au travers de sa distance, était plus désirable encore et qui aujourd’hui n’est plus qu’une femme mentalement perturbée. Aujourd’hui, je pourrais presque avoir pitié d’elle. J’aimerais ne plus jamais la revoir.

Pity not the fallen ; I never knew them.

Aujourd’hui, peu importe ce qu’elle sait de ma vie. Je me souviens du regard de ma tante la nuit où je suis partie chez Jean-Paul. Elle est prude. Elle est jalouse de ma jeunesse, de ma beauté et de ma liberté.

Let all chaste women be utterly despised amongst you.

Je suis au téléphone avec Bruno. Nous avons rendez-vous dimanche. Peut-être va-t-il reprendre mon appartement ? Il y a quelques mois, j’ai eu pour vision d’installer chez lui mon pied-à-terre parisien, mais cette fois comme esclave hot... Que cela se réalise ou non... Tony ne se manifeste pas et j’ai rêvé quelque chose. Tony et moi étions assis, et Tony me racontait que Mark était de nouveau libre, qu’il était avec une femme écrivain du nom de Guddy Golowan ou quelque chose d’approchant... Je devais prendre contact.

J’ai pris un peu d’acide aux Indes pendant l’éclipse. Je suis entrée en contact avec des personnages d’un autre plan. J’ai fait le vœu de garder en moi toutes les portes ouvertes. Je me sentais liée à l’O.T.O.!

J’ai un peu hésité quand Tatiana m’a proposé de danser dans une party. D’où viennent pareilles hésitations ?

C’était super et cela m’a naturellement ouvert d’autres perspectives. À Lausanne, j’ai interrogé le Tarot : 19, le Soleil. Beni m’a invitée à travailler avec lui l’année prochaine.

Et je suis assise ici avec toute cette merde venant de ma famille. J’ai pris un peu d’ecstasy, je le sens autant que mes chakras le permettent. Ce matin, avec l’idée de tout laisser derrière moi... de tout laisser tomber, tout ce qui perturbe l’exercice de ma volonté. Abandonne la maison, laisse tomber cette famille de frustrés qui porte en elle tous les stigmates du catholicisme et du communisme conjugués. Prends ce risque calculé d’une sexualité sans préservatif qui publiquement voile encore la putain sacrée.

Il y a quelque chose de prévu à Paris le 14 décembre. Au 156, j’ajouterai "La Danse du Serpent" et "Holy Whore".

Rencontre avec Harald à Francfort. Beaucoup de discussions le soir, au cours du repas, le matin aussi durant trois heures. Je suis réservée, je suis fragile. Je me réveille avec mon troisième chakra fermé. Le soir, j’appelle Jonas et Hacke et je fus choquée d’entendre : "Non, je ne suis pas à Berlin, non, je n’ai pas le temps, je suis complet." Pourquoi ? J’attends beaucoup trop d’eux. Je les identifie trop à mes ambitions musicales, au désir de ma musique.

Harald m’a donné 200 DM plus un chèque que je ne peux pas encore toucher. Ce fut difficile de lui expliquer mon point de vue. Lui faire comprendre que je dois d’abord penser à survivre avec cet argent plutôt que d’acheter de la coke. Non, j’ai besoin de temps pour mes projets et pour mon fils, et ce temps je vais me le donner. La fin justifie les moyens.

Hier, j’ai ressenti cet aspect sacré de la frustration. Veux-tu l’amitié d’Alex, sa reconnaissance, travailler avec lui ? Alors réalise quelque chose et assure-toi un cadre où tu peux l’accomplir.

Sécurité. L’aide sociale française est ma seule sécurité, encore 12 mois... Que représente tout ce temps ? Je me le donne. 96 doit être l’année de la musique. Continuer à travailler. Go on, go on in my strength, and don’t turn your back for any!

Encore que tout fonctionne. "Reconnais que je traverse toutes les ombres..." Lilith. Patrice et Jean-Louis se mobilisent pour moi. Je suis celle qui les mobilise. Plus encore. Est-ce que le SM est un milieu malade ? Il est clair pour moi que la folie de destruction de ma mère a à voir avec tout ça. Je me suis comportée ainsi depuis ma plus jeune enfance. Je me couchais sur des pièces en acier, m’étranglais avec une corde, fantasmais sur les bottes, les bottes de SS que je voyais de la fenêtre. Souvenirs d’une autre vie.

Thelema. Respecte-toi telle que tu es. Aime-toi. Enseigne-toi toi-même.

Je dois réfléchir à ce que je dois faire. Rendez-vous pour libérer l’appartement. Walter et les dessins. Matthieu que je veux visiter. Quoi d’autre ? Des gens en Allemagne à rencontrer. Tom Crowe.

Le voyage. Trop long. Deux fois plus long que par le train. Me renseigner pour de la colle à latex et métal, c’est très important. Je dois savoir pour Lilith Infinite.

Lilith Infinite.

Je suis chez Johannes et soudainement je tombe passionnément amoureuse. J’ai maintenant besoin de ce sentiment plus que toute autre chose. Je voulais écrire sur l’inconnu, décrire ce que c’est d’être assise près d’un homme, n’importe où et commencer à imaginer ce que ce serait de l’aborder sexuellement ou bien de lui caresser le dos sans un mot...

Je repense aujourd’hui à cet homme de Stuttgart qui il y a deux ans m’a conduite un bout de chemin. Il était très attirant mais je n’ai pas osé. J’étais trop troublée pour rester avec lui. J’aimerais éprouver de nouveau une telle attirance. C’était un sentiment unique et je regrette encore de n’avoir pas osé, de ne pas avoir osé son contact, sa proximité, ce rapport direct qui naît de la beauté, de l’harmonie et de la douceur. Mais, comme ma mère, je suis brutale. Ma mère est la part de brutalité en moi. Analyse. Comprends. Différencie ce qui est de toi de ce qui vient en toi.

Je le verrai demain. Demain, je verrai Adonaï mon bien-aimé et c’est comme une naissance. J’abandonne la Pologne, ma famille, mon passé. Je deviendrai adulte ou indépendante ou je ne sais quoi. La vie continue.

C’est beau chez Johannes. Il fait de si belles choses, si intéressantes. J’aimerais faire de même. Do it. Prends-en le risque. Ose. Pour la première fois, je vais faire imprimer un catalogue de cartes postales et de dessins. Ce sera comme la famille de mon choix. Oui. Cela va de soi et c’est bien. J’ai eu une grand-mère qui disait toujours : Ça n’ira jamais, ça n’ira jamais. Ma mère disait : Tu n’en vaux pas la peine, le succès est un crime. Ma tante, elle, disait que cet art était inconvenant, indécent, dégoûtant, et que j’étais malade.

Allez tous vous faire foutre!

Il y a une demi-année, quand j’ai commencé ce texte, je voulais cacher mes instincts érotiques. Maintenant, je m’en moque. Pensez ce que vous voulez. Je suis mille fois plus saine que vous tous, et vous fréquenter est pour moi destructif. Je dois vraiment devenir indépendante.

Le train Berlin-Poznan. Mon Dieu! je dois à tout prix me protéger de la Pologne. Tout est déjà là dans ce train : les ivrognes, les monstres, leurs visages marqués. J’étouffe déjà. Je ne veux pas étouffer. Je veux respirer, me développer, partir en Amérique.

Depuis hier soir, je suis avec Johannes, c’était merveilleux. Je ne me souviens plus depuis combien de temps je n’avais été pénétrée sans préservatif. Seulement trois fois, si lentement, c’est comme ça que le sexe me plaît le plus, finalement, décontractée et ainsi plus extatique encore.

J’expédie mon dessin du serpent à Walter, pour qu’il en tire quelques copies. Super. Chez Gisèle, une idée pour les Carrés d’Hélène, à Paris, où je dois exposer en décembre avec Walter qui suit des cours de sérigraphie. Je suis impatiente de voir ces sérigraphies se transformer en argent.

Poznan ? Je me suis imposée quelques priorités. Ma grand-mère m’a dit au téléphone que Nina était bien intentionnée à mon égard. Je n’ai malgré cela pas confiance en elle. Elle ne me comprend pas et au bout du compte elle essaie toujours de me détruire. Ce n’est peut-être qu’une supposition de ma part, une sorte de superstition. Peut-être a-t-elle changé ? Peut-être s’est-elle pardonnée ? Aucune idée. Je n’attends de toute façon rien d’elle... et peut-être suis-je capable de lui pardonner de m’avoir complètement laissée tomber.

Je suis de nouveau mère. Je vais voir Adonaï dans quelques heures. Nous allons voyager ensemble. Pour l’instant, je ne suis pas vraiment intéressée par la Pologne. C’est positif. Avec un peu d’esprit critique, je pourrais évaluer la situation de façon plus réaliste, n’étant plus si jeune ni si enthousiaste. Je devrais peut-être aussi parler du projet Lilith Infinite avec Blazej ainsi qu’avec Wojtek à propos de douanes, d’art et de contrats.

Poznan, nom de Dieu. Voir ce qui va s’y passer. Big time ?

Trois jours à Poznan. J’ai rendez-vous avec Jan Schade mercredi. Musique. 96 est consacrée à la musique. Rendez-vous avec Matthieu. Musique. Chanter enfin.

Poznan. Je rencontre Jarek dans le train. Je lui parle de Hambourg. Je l’ai observé et je lui ai parlé. Je me suis sentie un moment intimidée. Je lui ai raconté que j’écrivais. Je lui ai montré onze poèmes de 156, Liber Al, le début de "Deins Forever", les deux photos du costume de Lilith et le costume de chauve-souris. Il m’a suppliée de lui écrire. Il venait de réaliser son premier film, et son premier livre venait d’être édité.

De la gare, je suis directement allée chez Adonaï. Mon Dieu, que mon fils est beau! J’ai déjà rêvé que nous deux mourrions dans un accident de voiture en 1996 en Bavière. Je le prends avec moi. Tout me semble si simple maintenant. Je comprends pourquoi ces deux derniers mois m’ont paru si difficiles. Que sais-je ? Je veux l’avoir avec moi. Je veux l’inclure dans ma musique. Je veux l’apprécier. Oui, maintenant, je sais : Paris et les réminiscences d’un combat pour survivre.

Nina est là. Ma grand-mère aussi. Let her kill her heart. Je ne parle pas avec Nina. Je l’évite. Ai-je besoin de cette confrontation ? Je suis assise dans la cuisine. Je ne veux pas être avec elle. Une confrontation n’est pas nécessaire. Il y a à peine une semaine, elle me menaçait encore au téléphone de m’enlever mon fils.

J’entends sa voix et malgré la douceur de son timbre je devine sa violence. Je peux vivre sans elle.

Aujourd’hui, j’ai écrit à Carl Abrahamsson.

Leaving Polen and so much to do.

Il me reste un peu de temps pour déménager mon atelier. Je suis furieuse. Je me suis donnée trois jours pour le faire. Merde! c’est évident. Il vaut mieux être loin.

L’environnement psychologique est assez dur. Il gèle. Je trie mon matériel. Aujourd’hui, c’est aussi les élections. Comme je suis venue en taxi, deux personnes ont demandé qu’on leur livre de la vodka. A entendre comment les gens de ma famille parlent de religion, il faudra bien une génération entière pour espérer un changement. Les jeunes semblent être ok. Je ressens aujourd’hui les mêmes émotions que ma grand-mère a dû connaître pendant la guerre. Il n’y a que des confiseries dans le frigidaire.

Je remarque pour la millième fois consécutive ce que ma famille est devenue. Sont-ils tout simplement stupides ou fous ? Je ne sais pas. Nina n’est pas seulement infantile, elle est aussi pathétique. Elle a besoin de soins mais je ne sais si elle a besoin d’un traitement psychologique ou psychiatrique. Telle fut sa décision : "Comme Maman le souhaite". C’est tout simplement malsain.

Je vais voir Adonaï. C’est un si bel enfant. Mon désir est d’être mère et artiste. Vérifie la St Tropez connection. Just do it.

Dorénavant, ce seront l’art et Adonaï qui feront force de décision. De plus, je désire être amoureuse, Johannes a réveillé beaucoup de sentiments en moi.

Je suis épuisée. Je devrais me reposer, mais c’est impossible. Je suis responsable de mon travail. Il fait si froid. Que faire de mon piano ? Quoi de bon, ma tante ? Je suis furieuse, si furieuse, aigrie par cette terreur que Nina exerce sur ma vie.

Je ne lui cause pas, j’essaie de parler avec ma tante. Ils sont tous idiots ou fous. Casse-toi. Pars en Amérique.

L’enfant maltraité et la colère. Aujourd’hui, elle me contraint à parler de mes droits. Maintenant, elle tente de me prendre par l’argent et la sécurité. Je me suis réveillée malade. Je suis légèrement enrhumée et je suis restée au lit jusqu’à midi. Pars, pars au plus vite. Encore deux jours. Je fais un parfait SSS avec un bâton en fibre de verre cousu mais retirable. Vraiment parfait, hier, c’était une esquisse pour un SSS avec des fesses découpées pour les photos que Jean-Louis doit prendre en vue de l’exposition. Je dois aujourd’hui téléphoner à l’agence pour résilier le contrat de l’appartement. Do it now.

La discussion avec Nina fut de courte durée. Agressive : "Chcesz w morde ?". Elle m’a frappée avec sa pantoufle pendant que grand-mère était absente. Elle me hait encore plus que moi je la déteste. Peu importe. Je repense seulement avec amertume à mon enfance à Paris, à l’air constamment enfumé, aux sautes d’humeur, à la faim. Plus jamais ça.

La journée fut difficile. Le matin, déjà, je me suis réveillée enrhumée. La seule chose positive est que je peux laisser mon piano chez ma grand-mère, ainsi que le matériel de l’atelier. Le mieux pour moi est de ne plus vivre en Pologne. Mais pourquoi si brusquement ? Pourquoi cela doit-il se passer de cette façon ? Je dois penser positif. Au moins, je ne perdrai pas mon temps ici. En résumé, je dois construire avec des gens solides et de confiance, pas sur des cinglés. Nina me chasse définitivement d’ici.

Je suis épuisée. Mes épaules me font souffrir. J’ai aussi mal à la tête. Sortir mes affaires de cette maison. C’est bête et malhonnête à la fois. Mais Adonaï est beau et il apprend à obéir. Je me demande si c’est vraiment le bon moment. Je ne partirai peut-être que jeudi. Un jour de plus ou de moins... justement, c’est peut-être important. Surtout que je vais tomber malade, malade de froid et d’angoisse.

Le lendemain, le réveil est meilleur. Je suis guérie. J’ai dormi avec le cristal de Babalon. Ma fièvre est tombée. Ma haine m’a quittée. Mes épaules ne me font plus mal.

Hier, nous avons cousu la robe de Matthieu. En lin. Superbe. Hier, ma grand-mère m’a raconté que toutes ces angoisses lui ont donnée des coliques, et comme j’avais pris ses médicaments il lui en restait si peu qu’elle ne voulait pas en prendre. J’ai rectifié. Je n’avais rien pris. Elle soupçonne que quelqu’un a couché avec moi et l’a volée. C’était trop fort, un peu comme une dose de cocaïne. Super : je passe maintenant pour une droguée et une voleuse. Je dois mettre des kilomètres entre eux et moi. C’est mon dernier jour. Je fais les valises. Si ça ne va pas, je reporterai mon départ et partirai le surlendemain pour Berlin. Si possible, non.

Très tôt le matin, j’ai appelé Carl Abrahamsson. Je suis loin d’être prête. Les caresses de Johannes me manquent, me manque aussi la présence de mon bébé. Je nous souhaite un monde meilleur.

Je pense aux naissances traumatisantes des membres de ma famille. La naissance de Nina pendant la guerre. Ma grand-mère seule. Toutes deux couvertes de neige. Mon arrière-grand-mère qui l’enferma dans la maison et l’insultait à n’en plus finir. La naissance de mon grand-père dans un train en pleine révolution russe. L’accouchement d’Adonaï, sept heures passées dans l’eau. Je veux me séparer de tout cela. Je veux vivre dans un monde salubre. Je n’ai rien contre la souffrance, seulement quelque chose contre la bêtise. Quoi donc aujourd’hui ? J’aimerais partir demain mais je dois encore tout empaqueter aujourd’hui. Etre encore ici demain ?

Je mets le réveil à sonner à sept heures. Je partirai demain, un peu plus tard. J’ai tout de même emballé ce qui m’appartient. C’est peut-être un peu trop mais c’est toujours mieux que de regretter plus tard des choses abandonnées. J’ai déjà perdu tant de choses magnifiques et c’est dommage. J’ai jeté ou donné beaucoup de robes. Je réalise aujourd’hui ma force et que mon manque de stabilité n’est qu’un moindre mal.

Je désire un superbe environnement pour moi et mon fils. L’Angleterre ? Tony ? La branche anglaise de l’O.T.O. ?

Je n’ai pas joué avec Jan mais le plus important de mon matériel musical est maintenant en sécurité, à moins d’une guerre. C’est ok. Rien de bien important n’a disparu. La Pologne ne m’attire pas. Que je déménage est parfait - et Mark qui réapparaît.

Je ne reviendrai jamais plus dans cette maison qui fut ma maison... C’est maintenant le départ de Lilith et d’AdonaÏ mon fils, de mon art et de l’O.T.O. Je veux un cadre de vie, dois-je... Je sens de nouveau la sauvagerie de mon chakra du cœur. Mark, où es-tu ? Que vis-tu ? Je me masturbe, mais surtout pour me détendre, et il est là. Doux. Ou Tony est là. Je pourrais écrire une nouvelle histoire, une histoire où je fixerais avec beaucoup de précision tout ce que je vois quand je me masturbe.

Mark, Mark, je ressens à nouveau de la passion pour toi : je veux te rejoindre, maintenant, après ces trois années où j’ai tellement appris sur mon éducation, mon origine, ma famille, mes racines. Je te veux dans ma vie toutes ces années à venir. Je suis venue en Pologne. Je t’ai quitté. Je ne veux plus vivre loin de toi. Je t’ai oublié. J’ai oublié mon chagrin mais tu reviens. Tout est déjà là, si fort. Cela me surprend encore. Je ne veux plus être surprise. Je veux te connaître tel que tu es et comprendre ce qu’il y a entre nous.

Hors de Pologne. Soulagement. Chez Johannes qui revient demain. Je suis fatiguée, je n’ai pas assez dormi, mais... j’ai été si stupide durant ces trois jours. Tout était trop épuisant physiquement, un froid de canard. Les gens étaient tellement abrutis. Comme toujours. C’est une bénédiction que je m’en sois aperçu aussitôt, et que j’ai laissé croître en moi mon désir d’indépendance. En fait, tous mes plans se réalisent rapidement.

Je laisse dans le train le mauvais journal qu’une femme m’a donné. La surveillance continuelle des enfants les rend distants et je me rends compte combien m’ont nui toutes les absurdes bonnes intentions de ma grand-mère... Nina déjà.

J’ai envie prochainement d’arrêter "Prêtresse de Babalon", et peut-être le reprendre dans quelques mois. Il décrit les forces irrésistibles mais incompréhensibles qui ont été programmées en moi et que j’essaie de décoder et d’analyser.

Faut-il un épilogue à "Prêtresse de Babalon" ? Je l’entrevois comme justification et introspection. Je découvre que derrière mon attrait et ma fascination pour la prostitution se cachent mes relations familiales mal définies. Il est évident qu’au cours de ce travail sur l’inconscient on tombe sur des surprises.

Ainsi ai-je besoin de plus d’affection, de plus d’amour, de plus de reconnaissance, de plus de valeur. J’ai besoin de sentir ma valeur en tant que femme et en tant que personne humaine au travers de l’argent.

Je dois nécessairement me distancer de cette morale chrétienne et polonaise dans laquelle j’ai été élevée. J’ai besoin de gagner ma propre sexualité et ma liberté. Fantastique. Bon travail.

Une fois considéré cet aspect psychologique, je constate que cette phase m’intéresse beaucoup moins. Ces derniers temps, j’ai relu ce livre qui, il y a deux ans, me fascinait : "Courtisane", de Dolores French, et je n’aimerais plus en faire l’expérience. Je sais maintenant à quoi je suis prête et à quoi je ne le suis pas. J’ai appris à m’imposer des limites et à dire non. Cela ne veut pas non plus dire que je n’ai rien à voir avec ce sujet. Il est juste passé au second plan.

Dorénavant, je veux être mère et artiste. Une chose encore : cette erreur de l’éducation qui est la suivante : attendre d’un homme qu’il t’entretienne et écarte toute peine de ton chemin. L’idéal de Doc grand-mère, ce qui est la raison pour laquelle ma mère a abandonné jusqu’à ses propres opinions.

Fuck ye all!

 

***

 

Ce matin, je me suis réveillée chez Johannes, confuse. Que se passe-t-il ? J’ai interrogé les cartes pour savoir si je devais prendre contact avec Mark. Réponse : L’Amoureux, et la cruauté silencieuse du rapprochement. J’avais un peu de fièvre et, bien qu’étant ici depuis trois jours, je n’avais pas encore vu Johannes. J’avais besoin de compagnie et d’affection.

J’avais voyagé le jeudi et j’avais pensé attendre Johannes. Nous étions lundi. Je voulais partir à Hambourg et non plus à Paris. Les obligations, libérer l’appartement. Des rendez-vous ? Lesquels ? Avec l’O.T.O. Ça, je pouvais le reporter, je pouvais même le manquer, mais pas me rater, moi.

Je n’ai plus de désir de Paris. Je veux aller chez Mark, mais est-ce bien le moment ? Je me sentais fortement troublée et... ce genre de fébrilité qui précède une période féconde. Veux-tu aller à Hambourg ? Plus que toute autre chose.

J’étais sur le point d’appeler Fritz Brinkmann et Axel Gruner. J’interrogeai une dernière fois les cartes. L’envie de Paris. Deux de Bâtons pour Hambourg. Je posai aussi comme question : "Dois-je préparer ma vie de façon à avoir un avenir avec Mark ?" Le Prince d’Epées. "M’arranger autrement ?" La Lune.

Je partirai à Hambourg le 4 janvier pour 4 semaines. Let it be!

Cette confusion est-elle bien nécessaire ? N’est-il pas possible de se connaître assez bien soi-même pour avoir le courage de se vivre sans s’inquiéter ? Peut-être dois-je me déplacer sur des niveaux plus simples ? Rester mobile et flexible. Une simple lettre que j’écris, une question simple à me poser : comment est-ce que je veux vivre ? Qui je veux être ? Dans deux heures, nous prenons le bus pour Paris.

Comment je veux vivre ?

Qui je veux être ?

De quoi je veux vivre ?

Avec qui je veux vivre ?

Où je veux vivre ?

Ou les trois questions trouvées dans le livre d’Andrzej :

Quels sont les buts principaux de ma vie ?

Quels sont mes projets pour les trois prochaines années ?

Si je devais mourir dans 6 mois, que ferais-je ?

J’écris à ce sujet dans le bus. La Pologne m’a brisée, rendue plus forte aussi. J’étais faible et enrhumée. J’avais fait des paquets pendant trois jours dans le froid, et en plus j’avais habité chez deux folles.

J’ai des réminiscences de mon enfance, entre l’âge de 10 et 20 ans. J’aimerais être un individu et pas un résultat de l’horreur communiste, de la folie et du laisser-aller. Oui, je dois écrire sur ma mère puisque jusqu’à présent j’ai fait part de mes réflexions au lecteur, ce qui inclut aussi une certaine censure. Je vais tout écrire, tout ce dont je me souviens et qui a une influence sur ma conduite présente.

Je dois savoir ce que Mark fait, comment il vit, s’il a besoin de moi. J’avais des pensées vraies... Je voyais en fin de compte comment ma mère a détruit ma relation avec les "Neubauten" pour me garder auprès d’elle. Oui, à elle la faute. Je retire ma responsabilité. C’est un peu comme ça. Elle m’a influencée. Je n’ai vraiment pris mes distances que lors de mon voyage en Pologne. Lorsqu’elle m’a écrit et téléphoné, j’ai trouvé bien qu’elle veuille s’occuper de mon fils. Je la savais un peu folle mais totalement inoffensive. J’étais heureuse d’être avec elle, de lui parler, de lui poser des questions qui m’étaient importantes. A la minute même où je me suis assise avec elle dans le bus pour Paris, elle a changé. Là, elle me tenait entre ses griffes, ce qui revenait à dire : Tais-toi, cicho, tu n’existes plus.

Les deux derniers mois de grossesse, je ne m’en souviens plus exactement. Mais de ce jour à l’hôpital où, soudainement, elle exigea que je la vouvoie. Sophie, avec qui je partageais la chambre, me dit : "Ton erreur est de la considérer comme un peu folle mais en bonne santé alors qu’elle a besoin d’un véritable traitement."

J’écrirai là-dessus afin de pouvoir lui pardonner. Je dois comprendre afin de me libérer. Je ne dois pas le garder en moi et le refondre sur le monde ensuite. Je dois m’en débarrasser.

Le désir de trancher le cordon ombilical est intense. Est-ce que je dois sortir de Pologne ce qui m’appartient ? C’est idiot d’avoir mes affaires là-bas puisque c’est fini. De plus, grand-mère n’est plus très claire. Elle est trop chaotique. Je ne travaillerai plus jamais là-bas. Je vais d’abord voyager puis je chercherai un endroit où Adonaï pourra aller à l’école. J’ai encore du temps.

Ce besoin d’écrire, de me libérer... Est-ce trop ? J’ai besoin autour de moi de gens qui me motivent, qui me soutiennent, qui me donnent de la force, qui me comprennent, qui m’aident à me comprendre. Je veux un chez-moi où je puisse reprendre des forces, me reposer quand cela est nécessaire. Ce dont la graine a besoin pour germer. Peut-être dois-je déménager chez Philippe Pissier et travailler là. J’ai besoin de temps pour me concentrer sur 156, dessiner, faire des bandes dessinées ou poursuivre des projets comme Lilith von Sirius, ou K.D.I., ou Call of the Wicked, jusqu’à ce qu’ils prennent une forme utilisable, pour finir les traductions anglaises et polonaises. Pour tout cela, j’ai besoin de calme.

Les documents de l’O.T.O. L’achèvement de ma personnalité.

J’ai tenté, en méditation, de mettre mon moi supérieur en communication avec celui de ma mère. Il en est ressorti une incroyable énergie destructrice. Rien. Le vide. Je ne sais pas où ma mère a atterrie. Elle reste pour moi une sorte d’avertissement, la conscience du danger de la mystique.

Bientôt, nous pourrons partir. Bientôt est déjà tard. Je vais mieux qu’avant, quand j’avais un peu de fièvre et que j’étais tellement confuse. Je vois que ce que j’entreprends avance, que je suis pleine de talents qui ne demandent qu’à éclore, mais... j’essaie de me remonter, de me convaincre que ce que je veux, je dois l’oser. J’ose et j’oserai encore. Ce secret me soutiendra.

Ok, rien de plus. J’ai envie de partir. Vraisemblablement, j’avais besoin de tranquillité. Adonaï avait besoin de moi. Le bus. Tout est en ordre. Peu d’argent ? Il en tombera. C’est Noël. Alors quoi ? Je me suis tout bêtement enrhumée. J’ai préparé la liste pour Lilith Infinite. Il était temps. A Paris, je me suis sentie comme je ne m’étais pas sentie depuis longtemps, horriblement bien. L’Allemagne, Mufti, Mark, Jaeki, Klaus et les autres. Encore plus!

Justement aujourd’hui tombe une décision : Sabine Baumont-Pissier est nommée présidente de LILITH INFINITE. Waouh! Super. Ada semble courageusement tout supporter. Je suis bien sûr très active mais je me garde du temps pour lui. Maintenant, il doit vraiment manger. Moi aussi. Demain, nous ferons les achats. Demain, je viderai mes poches et j’achèterai de super dessous en dentelles... Let’s do it...

Montpellier. L’agitation en France me déplaît. J’ai envie d’un autre pays. La solitude sexuelle dans laquelle je me trouve me déplaît aussi. Je suis en morceaux. Ada pisse dans sa culotte et refuse de se coucher. Le lait bout et déborde. Shit. Mark est de nouveau là.

Je sais qu’il est là. J’ai une exposition et une performance dans quelques jours. Is it what I want ? Qu’est-ce que je veux exactement ? Une bonne vie avec mon fils, un partenaire, mon travail, un peu de ville, un peu de campagne.

Existe-t-il encore quelque chose une fois sortie des désirs, des "j’aimerais bien", des joies passées ?

Je vais documenter mon travail. Je voyagerai à Hambourg. Nulle part ailleurs. Tony est sympa mais il fait partie des "vieilles douceurs". Pourquoi m’est-il si proche ? Peut-être est-il impossible pour moi de séparer les deux ? L’idéal serait alors Tony et Mark. Pas de rupture.

Thelema et la jalousie. Idéalement, je suis pour une liberté d’action totale, et pour la tolérance. Je voudrais me le prouver. Cette preuve sera celle de ma générosité. Je me dis que ce que je fais ne regarde que moi. Ce qui m’intéresse est de savoir comment tu te comportes avec moi, et de la façon dont tu te comportes dépend ma générosité.

Paris. Je suis perturbée et je ne sais pas ce qui se passe. Je suis fauchée. Je ne veux pas avoir toujours Adonaï avec moi. Je veux quitter Paris. J’ai besoin de Mark.

Marin me confirme dans cet avis. Je dois le revoir. Je suis impatiente mais je ne sais pas si, je bous intérieurement, c’est pour lui.

C’en est fini avec la Pologne et c’est bien. Je veux un entourage positif. Je veux autour de moi des personnes intelligentes. Je veux aller à Hambourg ou bien partir en Angleterre. Londres ? L’O.T.O. ? Je sais que quelque chose m’attend là-bas, même si je ne sais pas quoi. Alors, DO IT!!!

La névrose de Mark. Je veux exactement en connaître la dynamique. Serait-il possible que l’aspect traumatisant de ce qui s’est passé soit responsable de mes instincts autodestructeurs, ou bien est-ce que je perds tout simplement l’appétit et deviens dépressive lorsque Mark veut sortir de ma vie ? Je veux le garder. Je veux en prendre conscience pour moi-même afin de ne pas me comporter envers ses sentiments comme un vampire. Etre individualistes et indépendants ne peut tout de même pas nous empêcher d’être ensemble ?

Ainsi, ce "succube courtois" ( mon seul véritable partenaire, en fait ) peut changer de peau et apparaître sous les traits de Tony, de Bruno, de Mufti, Hacke ou Mark. Ces trous dans le temps où j’ai besoin de lui sont de nouveau là. Je ne sais pas quoi en penser. Est-ce que l’amour, ce sentiment vivace, est le flot de ma vie et de mon évolution ou est-ce un instinct suicidaire qui me fait le désirer, bien que ce soit sans illusion aucune, et que ma quête semble être celle de la douleur plutôt que celle du bonheur ?

Les deux sont vrais. Ou bien le moment pour moi de souffrir revient perpétuellement. Quelle est la solution ?

Une question se pose. Qu’en est-il aujourd’hui ? Hier encore, je sentais que cela influençait tout mon comportement. Je me sentais en convalescence spirituelle et cette "Deins pour toujours story" est à vomir. Ça doit sortir. Maintenant, ejHgcB, comme art d’écrire, mais décrire ce qui m’arrive ne me procure pas beaucoup de plaisir. D’où vient cette violence en moi ? Une programmation communiste en catastrophe de mes gènes. C’est un combustible de mort.

 

***

 

Paris - janvier 96.

Je passe encore quelques semaines rue Picpus. C’est une période dure, névrosée, productive. J’ai fait et écrit beaucoup de choses subtiles. Je me suis débarrassée de tellement d’illusions. Je ne voulais pas employer le mot "perdu".

J’ai trois mois de loyer en retard. Cela me rend nerveuse. Ce serait bon de pouvoir vendre ce qui entre guillemets est né en 95 et de pouvoir en vivre.

Demain, Charles tourne une vidéo... Je n’ai pas la moindre idée de ce que ça doit être. J’ai peur de la scène, une peur nue de monter sur scène. L’appartement est pour le moment agréable à vivre. Ombres. Lumières. Anges. Daniel a fait réparer le Mac. J’ai carte libre et j’écris beaucoup mieux avec plusieurs doigts. Je reçois des images scannées. Tout s’assemble. Je me défonce comme une folle. Je suis fatiguée. C’est aussi normal. Ces derniers jours, j’ai consacré tellement de temps à Adonaï, sans arrêt en train de faire ou de courir. J’ai donné mes deux premiers massages avec le cristal et je n’ai pas dormi pendant deux nuits.

Je suis plus que fatiguée. Je suis crevée. Cette nuit, tout a commencé à quatre heures du matin. Je ne peux pas toujours avoir Adonaï avec moi. Je travaille au lieu de dormir. Je suis épuisée et je ne suis pas gentille avec lui.

Je remarque que Mars prédominait à sa naissance il y a deux ans à 0 degré du Verseau. Maintenant, cette planète est revenue à la même place. Je maîtrise ma colère contre ma mère et ne lui octroie plus qu’intérêt général. Mieux vaut que je m’organise puisque je serai libre encore jusqu’à mercredi midi. Autant planifier intelligemment. Que faire ? Je me lève avec peine vers 16 heures et mon appartement ressemble à l’antre d’un magicien.

Dans trois semaines, il y aura un nouveau vernissage chez Hélène, là où ce fut si réussi en décembre. Cette fois, j’aurai plus de temps pour préparer les invitations et soigner l’accrochage de l’exposition. J’ai un peu le trac. Est-ce que c’est cela qui me retient au lit aujourd’hui ? Mon estomac est bizarre. Oui, j’aurai aussi mes règles dans quelques jours. Que tout se réalise, lentement mais sûrement, est un vieux, très vieux rêve, un rêve que Jad Wio et les Neubauten ont réalisé. C’est merveilleux et normal en même temps.

Sur ce, je devrais demander de l’argent à Fabio et à Daniel Dorra. Do it.

Je suis très active mais épuisée. Il s’est beaucoup passé ces jours-ci. Cela fait plaisir. Be strong ô scarlet woman, then canst thou bear more joy.

Phil et Sabine sont chez moi. Dimanche, il y aura une Thelema tea party. Super. Charles viendra tourner dans 24 heures. Hier, j’ai spontanément appelé Klaus. Aujourd’hui, je suis allée chez Hélène fignoler l’accrochage de l’exposition. J’ai reçu un appel de Walter Stahl.

Uranus, O degré du Verseau. Je rêve. Je suis allée au bureau. Mark tient une femme dans ses bras. Elle me salue par mon nom. J’ai dansé sur une reprise de "Don’t you go home with your hard-on". Klaus est là aussi. Mark et moi, nous évitions de nous regarder. Par contre, Klaus, lui, m’observait pendant que je dansais, troublée.

Je me réveille et je te veux, je te veux, je veux ta peau. C’est incroyable. Je te suis toujours fidèle. Notre relation amoureuse et terrestre dure maintenant depuis quatre années. Nous avons aussi une autre relation.

L’après-midi fut merdique. J’ai rencontré Bruno, si gentil. Mon rêve ne me sort pas de la tête. Je vois combien madly faithful je suis. Mark est tout simplement le meilleur et c’est si bête de souffrir pour ce mec égoïste. Ce sentiment, je le connais déjà depuis mon enfance.

Je m’efforce de penser à Klaus, à Lionel Miens, à l’homme de Stuttgart qui m’a prise en stop il y a deux ans. Désir.

Je ne voudrais pas être seule ici. Je souhaite que Lionel soit là. Je pourrais lui téléphoner et nous pourrions manger ensemble demain midi. Voir Mark en rêve, presque sentir sa peau sombre. Impossible de l’oublier. Il y a quatre ans, j’ai vécu avec lui des semaines inoubliables. Je me sens misérable. Je veux le retrouver de tout mon cœur. Impossible de faire autrement. Do it.

Comme prévu aujourd’hui, Charles a tourné sa vidéo. Je pensais à Lionel bien que les cartes me conseillaient de le laisser tranquille. Comme je le désire... Et ensuite ? Quelle voie suivre ? Apprendre à partager ou bien ne plus me laisser dominer par le désir. J’étais sauvage mais je ne le sus qu’après le rêve de Mark. Frustration. Je veux du sexe dans ma vie. Je veux coucher avec les gens. J’ai envie d’orgasmes sauvages en moi, là où je les devine maintenant mais virtuellement seule.

La guitare flamenco m’a tiré des larmes, des larmes que j’avais oubliées. D’où viennent-elles ? Sûrement de plus loin que ma rencontre avec Mark. Elles viennent des années que maintenant je comprends, des rêves qui vont se matérialiser, de moi. Aujourd’hui, dans le miroir, j’ai vu la Lilith que j’avais dessinée il y a quelque temps.

Lionel est venu à l’exposition. Il m’inspirera, mais d’abord mieux vaut coucher avec lui pour beaucoup d’argent.

Oui, ces six dernières semaines. Adonaï est chez Nina. Je suis très occupée par la traduction française de 156. Des heures passées sur le Mac de Charles, sur Quark X Press, sur l’imprimante. Tatiana est revenue de Suisse et Berne est confirmé. The temple of love.

Je lis "Univers Interactif". Je tape un souvenir, étale des photos sur le sol, couche avec quelques mecs, me masturbe astralement avec Père qui m’a écrit dernièrement. Accroche des pinces à ma poitrine, mets mon corset, mets en place mon écarteur buccal.

Uranus et le Soleil sont en conjonction avec mon point secret, le point désormais. Je pense maintenant à Klaus, à tous mes fantasmes allemands, à tous ces mecs venus à mon spectacle. Je vais écrire sur mes fantasmes, sur cette réalité virtuelle qui m’embrase le clitoris.

Entre-temps, j’ai joint Lionel au téléphone. Il est chaud et commence à montrer son désir ouvertement. Malgré tout, quelque chose me retient. Je ne sais pas quoi. Il a de hautes responsabilités dans la firme International Computers France. Combien gagne-t-il ?

Je ne veux plus de clients qui ne me respectent pas et que je ne désire pas. Je n’ai pas besoin de types ennuyeux mais d’une way of life érotique avec quelques wonderful men à déguster. C’est ça mon truc.

Je travaille 156 depuis des jours, porte chemise blanche et tailleur, une coupe de cheveux élégante. Je vais chez Hélène avec Tatiana et envoie les photos du costume de Lilith à Rodney. Je me suis trouvée. Pas plus artiste que putain n’ont de valeur sans Thelema. Thelema ne vaut rien sans cette voix en moi, sans ce regard dans le miroir.

Lilith habite mon miroir. C’est un miroir magique. Hier, j’ai eu du sexe très physiquement avec mon incube Mufti-Alex-Klaus-Mark et la meute. J’ai fermé les jalousies et me donnai l’ordre de me baiser avec mon bâton de feu ( celui de la balançoire de Mark! ). Je portais une ceinture de chasteté, une chaîne à mes tétons, un collier de chien au cou. Tout cela virtuellement mais physiquement aussi. Ils sont meilleurs amants que les hommes.

Oui, c’était excitant. Maintenant, je suis écroulée depuis des jours, complètement crevée. Je saigne aujourd’hui ( anniversaire d’Adonaï ) et évacue de mon ventre plusieurs morceaux d’utérus... inlay... vraiment impressionnant. Charles m’a soignée, m’a massée, a préparé des tisanes. Maintenant, ça va à peu près mais j’ai souffert comme une bête. Le mal aux reins et l’utérus tendu, gonflé. Je pensais que des heures assise dans un fauteuil inconfortable m’avaient bousillé le dos ou alors le choc en retour de la séance avec les incubes ou encore la tension provoquée par mon tout premier livre ( et quel livre! ).

Je suis maintenant allongée sur mon lit d’hôpital. Les gouttes de la perfusion qui s’écoulent dans mes veines sont le seul bruissement dans la nuit. Il est peut-être dix heures du matin. Je prends du Propolis et utilise des huiles. Je souffre moins. Mon utérus est gravement endommagé et me fait un peu mal. Il suffit que je me couche sur le dos pour que ça aille mieux. A l’hôpital! Quelle honte! Eh bien, même les sorcières en arrivent là. Le matin, vers sept heures, je sentais l’œil d’un interne me fixer. Il palpait doucement mon ventre. Idiot. Je me suis endormie à minuit et on m’a déjà réveillée trois fois. Merde. Je déteste ça.

À l’appartement, j’ai reçu un fax de Rodney et une longue lettre de Carl. Sympa. Charles m’a visitée cet après-midi. J’étais contente. Avec lui, je peux râler contre cette bande d’idiots indélicats. Pas de déjeuner. Peut-être veulent-ils m’opérer ? Je préférerai attendre.

Peut-être m’opéreront-ils demain. Aujourd’hui, j’ai refusé. J’ai envie de me lever, de partir à Hambourg. Je me revois me prostituer à l’Elysée Hôtel. Je me revois chez Klaus, entre Klaus et Mark. Klaus est un partenaire idéal pour ces jeux érotiques. J’imagine Mark et la rapide transformation de son ménage, la fureur de sa femme, sa passion pour moi. Est-ce que ce sont des rêves ou des souvenirs du futur ? J’ai assez confiance en moi.

J’ai écrit une longue lettre à Carl. À la télévision, il y avait un reportage sur une clinique suédoise. De belles gens. Premiers fantasmes sur Carl.

J’aimerais apparaître demain chez Hélène, bien que cela ne soit pas très important. Je risque de devenir stérile. Je sais. Paul aura un très bon père. Let it be. Tout me dit : quitte Paris. Nina et Dada ont le culot demain de partir en Suisse.

Et ma nationalité. Pars chez Jean-Paul. No other way and you know it.

Et puis ce dimanche le plus douloureux avait exactement Mars en conjonction avec le Mars de ma naissance, Jupiter en conjonction avec l’ascendant le 20 février approximativement. Le Soleil zéro degré des Poissons. La Suisse est ta fortune, Sweetie.

Now I try to go back to sleep...

 

 

[Diana Orlow, alias Lilith von Sirius, 1995-96 e.v., traduit de l’allemand par Llys Dana, 1999.]

© The Estate of Diana Orlow.

 


Notes de Philippe Pissier :

BABALON : c’est en quelque sorte la Grande Déesse dans le système métaphysique et magique d’Aleister Crowley (1875-1947), proche de la Kali hindoue ou de la Barbélo des Gnostiques.

O.T.O. (pour Ordo Templi Orientis) : Ordre paramaçonnique délivrant justement les enseignements de Crowley. Lilith en était membre (elle avait été initiée en Allemagne, à Hambourg) et ce fut l’une des raisons de notre rencontre. En principe, l’O.T.O. est "une école de liberté et d’amour". Dans les faits, on y rencontre autant de cons qu’ailleurs. J’ai le droit de le dire : j’en suis membre depuis une dizaine d’années. Et pour être plus franc encore, Lilith fut l’un des seuls et rares êtres que j’y ai rencontrés à y avoir sa place!

 

 


CURRICULUM VITAE

 

Née le 06.06.1971 (Poznan, Pologne).

Travail de compositeur, musicienne, chanteuse, danseuse, costumière, écrivain.

Ecriture de poésie, de chansons, de romans, de scénarios pour film et théâtre, de disques.

Création, chorégraphie et interprétation de spectacles de danse ainsi que de costumes de scène.

 

EXPERIENCES 95

Interprétation dansée de quatre cartes de tarot pour la pièce de théâtre "Conte de fée" de Myriam Brown, les 22 et 23 décembre à Paris.

Exposition de vêtements, d’accessoires, de photos et de poèmes, danse au serpent et danse chauve-souris, lors du vernissage de l’exposition Aux Carrés d’Hélène, le 14 décembre à Paris.

Danse de chauve-souris lors de l’événement techno de pleine lune au lac de Pokhara au Népal, en septembre.

Roman "Tienne à jamais", écrit en allemand courant 95, puis traduit en français, anglais et polonais.

Recueil de poésie "Liber 156", écrit entre 92 et 95, traduit en allemand, français, anglais et polonais.

Figuration sur le tournage du film "Happy weekend", en août à Berlin.

Participation au reportage sur le photographe André Chabot, pour l’émission de télévision allemande "Peep", dans le rôle d’un succube hantant le cimetière du Père-Lachaise, en juillet à Paris.

Danse au serpent lors de la soirée "Freiheit, Gleichheit, Geilheit" organisée par Ludwig von Tetzlaff, en juillet à Berlin.

Spectacle de danse lors de la soirée "Exotica" organisée par le bar "Lili la Tigresse", en mars à Paris.

 

ET AUSSI...

Trilogie pour la troupe catalane LA FURA DEL BAUS comprenant la projection vidéo d’un poème, une danse au serpent et une danse de chauve-souris, en septembre 94 à Berlin.

Participation à la compilation littéraire du magazine "Czas kultury", comprenant des poèmes de différents jeunes auteurs de la ville de Poznan (Pologne), en octobre 93.

Création et réalisation du costume de chauve-souris, puis interprétation dansée, pour la discothèque "Spacenik" à Münster en Allemagne, en janvier 93.

Co-écriture, traduction de l’allemand vers le français, et interprétation de la chanson "Blume" pour le groupe allemand "Einstürzende Neubauten", publiée sur l’album "Tabula Rasa", en mars 91 [ et sur l’album "Malédiction", 1992 ].

Création et réalisation d’une série de costumes de théâtre pour "Le Décaméron" de Boccace, monté par Bepi Giuseppe, en août 90.

Travail avec le groupe de théâtre du Lycée Fénelon et la Maison du Geste et de l’Image, sous la direction de Jacques Hadjaje, sur un montage de "Légère en août" et "Portrait de famille", deux pièces de Denise Bonal, et interprétation d’un rôle lors de la représentation finale donnée au Centre Georges Pompidou, en juin 90.

Création et réalisation d’un défilé de mode en collaboration avec Hung, en juin 89.

[Traductions en français et polonais du "Livre de la Loi" d’A. Crowley.]

[Décès le 30 mars 1997, Hambourg.]


[Parution posthume de poèmes dans les revues LE MIRACLE TATOUE, ALEXANDRE, LAST NIGHT, etc. Parution début 1998 du recueil de poèmes (traduits par Philippe Pissier) "HUMAN WOMAN WITH HUMAN FEELINGS" à l’enseigne de ON A FAIM (BP 47, F-76802 St Etienne du Rouvray Cedex). Parution en septembre 1999 de "Contrat d’Esclavage", extrait de "Liber 156", à l’enseigne des Cahiers de Nuit (33 rue de la Haie Vigné, F-14000 CAEN). Parution fin 1999 de "Courtisane de luxe et autres textes" à l’enseigne de ON A FAIM.]


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