DIANA ORLOW :

 

 

[DIVERS TEXTES]

 

 

 

 

Baby

toi l'insomniaque bourreau de travail qui cherche le succès

je t'aime depuis que tu as appelé je n'ai fait que me répéter

tout ça est la faute de cette salope de Lecavallier

plus

plus

toujours plus

 

tu peux parler à Blixa de la Sarah Bernhard Stunde

 

T'écrire m'apporte une fraîche fièvre venue des cieux

qui est amour : verse éternellement de ta main droite,

n'en as-tu pas une gauche également ?

je ne suis pas une gentille conne

je suis une pute démente au sujet de laquelle tu t'interroges

c'est ce que je veux, au moins je te fais réfléchir

du mouvement dans tes cellules

c'est l'amour

des ondes et de la chimie, certes

tu n'as qu'à goûter un peu de ma dope aphrodisiaque

 

Aime donc la mort, et désire-la ardemment

 

J'aime ta couleur et ton odeur

ton aura est verdâtre et bleu clair et elle sent comme le printemps

ta fréquence est tendre

peu importe les programmes de pensée qui sont dedans

l'ordinateur est bon, jette donc un oeil à mon application

elle pourrait changer certaines choses dans ta vie

puisque tu ne t'intéresses qu'au futur

 

Ich will Deine scharfe Nervensaege sein

 

...voilà tout pour aujourd'hui!

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1998).

 

 

 

 

le temps s'est arrêté

depuis ces semaines de 92

j'étais si inconsciente de combien j'étais heureuse avec toi

deux ans maintenant que je suis seule, toujours te désirant

dans l'attente de toi

je me sens si proche

et je suis si loin

j'exhumerai ton coeur

de dessous la neige

 

et je me sens chaude

car je vis chaque jour à tes côtés

chaque jour dans ma tête

chaque nuit dans mon lit

et quelque chose me dit que tu éprouves la même chose

je t'ai toujours beaucoup aimée

pourtant voudrais-tu essayer de comprendre je t'en prie

j'ai d'importantes choses à faire

avec ma fille, avec mon épouse

je ne puis tout quitter à cause de toi

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1998).

 

 

 

 

Je viens juste de revenir à Paris après un bref voyage en Suisse

je vais bien

je pars au Népal le 4 octobre, c'est génial, je suis heureuse

mais, et nous alors ?

Je travaille actuellement (ainsi qu'à mon habitude) comme une dingue

et j'aimerais que tu saches à quoi j'oeuvre

bon, avouons : des photos des fringues

des photos des shows

la publication de mes derniers textes dans deux magazines

le travail d'écriture sur un roman fou

une vidéo pour la TV allemande

car il semblerait que tu aies changé quelque chose dans cette vie mienne

 

Mon énergie se concentre d'une manière neuve

c'est nouveau, c'est déconcertant

ça me rend folle mais j'aime ça

et tout le monde me désire

depuis que j'ai libéré cette bête

tout le monde semble être avide de la bête

et tous les efforts que je fais pour être une personne moralement correcte

semblent être suicide

et mensonge contre moi-même

et crime contre le monde

 

Je regarde mes mains et le sang m'effraie

mais je les laisserai faire à leur guise

elles pourraient se retourner contre moi si je faisais autrement

peut-être vais-je abandonner

peut-être vais-je accepter de tuer le légume suicidaire

c'est une nouvelle vie, comme tu as dit

une nouvelle dimension

je vais tâcher de vivre plus heureuse ainsi

 

 

Diana Orlow, 1995 (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1998).

 

 

 

 

Courtisane de luxe

 

 

 

Je suis une enfant de la ville

j'ai comme un genre un peu fragile

tu me demandes ce que j'fais là

 

Je suis une enfant de la rue

j'ai comme un air un peu perdue

je cours d'un pas agile

 

je suis une enfant de cette ville

et je me sais ultrafragile

tu me demandes ce que j'fais là

 

je cours d'un leste pas

j'apporte des sensations célestes à toi

fais semblant d'être sage

comme cette image que tu as de moi

 

sur ton nuage tu me vois

tu imagines ce qu'il faut pas

et je me sens comme toi, comme toi

 

comme toujours un pétard

me met en retard

lorsque je pars

et j'arrive l'air hagard

pour te faire un massage

fais semblant d'être sage

comme cette image que tu as de moi

et toi mon chef qui m'emploies

si tu savais ce que je fais

je cours dans les palaces

j'ai des liaisons salaces

s'il saura il m'exilera

 

money flows in the air

take it, take it while it's there

come on take it while it's there

 

Et toi mon homme qui dis m'aimer

si tu savais ce que je suis

une courtisane de luxe

une courtisane de luxe

 

comme toujours mon massage

t'amène à un orage

que tu ne te connaissais pas

 

ma tenue de massage

est extrêmement volage

elle fait des ravages

un porte-jarretelles tout en dentelles

et tu ne t'y attendais pas

je ferai ce que tu voudras

 

une experte en perversités

 

 

Diana Orlow, 1995 (texte rédigé directement en français).

 

 

 

 

BABALON

 

 

Me voici dans la vie, me voici

Je suis femme humaine et seule

j'ai un cerveau humain dont je dois m'accommoder

et dont je ne veux pas

Le monde terrestre est dense

pour une conscience comme la mienne

et ainsi cette vie que je vis

ce n'est pas ma vie

je ne tiendrai pas longtemps

or la prochaine grande mission

et l'étape suivante dans la vie

consiste à octroyer liberté de mouvements

à cette sauvage bête Babalon dans cet excentrique coeur mien

bienvenue, blanches nuits

les jours noirs sont à jamais disparus si je joue à jamais le jeu

il y a une formidable voix

il y a un formidable choix

efforce-toi pour toujours plus, toujours plus

plus de gaieté, plus de joie

plus de plaisir, plus de search and destroy

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1997).

 

 

Je t'ai jeté un sort

 

 

Je t'ai jeté un sort mon amour

la putain que tu as choisie

elle mourra dans tes bras

ouais n'attends nulle extase mon élu

ailleurs qu'en ma perverse étreinte

 

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1997).

 

 

 

LILITH

 

 

 

Aime-moi fidèlement

vois ma foi en toi

en ce saint coeur mien

en la totalité de mon esprit sans fin

pour toi suis-je à jamais présente

éternellement brillante pas pour exister

je te chercherai et accomplirai le cours de notre destin

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1997).

 

 

 

Le rêve

 

 

Mon Dieu, comme je t'aime!

je te sens soudain en moi et pleure à l'improviste

je t'aime plus que moi-même, ah!

je ne te connais plus

chaque cellule de mon corps se languit de ton contact

tu es tout tu es réalité

je t'aime j'appartiens à ce que tu es

car je suis ce que tu es plus que je suis ce que je suis

je duplique ta vie dans la mienne

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1997).

 

 

 

Ouverture

 

 

Moi, j'ai vécu une vie dans les cieux

aux côtés

d'un mâle aussi intrépide que moi

j'ai connu pour un temps éternel

un mâle aussi impérissable que moi

j'ai perdu un jour dans ma vie

moi qui assistai à la création de la vie

de la vie humaine

de la vie humaine tridimentionnelle

Moi, reine intergalactique d'antilumière

serais prisonnière du temps et de la matière

pourquoi ?

comment pourrais-je

m'incarner en quelque épouse humaine ?

Jamais!

l'incarnation est une maladie

c'est toujours une panacée

c'est toujours une erreur

Moi, une Lilith infinie

condamnée au destin, à l'incarnation et à la forme

je suis parfaite, étant pas

et ne puis accepter d'être aveuglée et limitée, définie

Moi, une étincelle de la lumière divine,

je dégénérerais au milieu des bassesses de l'humanité,

mon infinie conscience serait voilée?

par égard pour quoi?

Je ne puis comprendre la volonté de l'univers.

Où es-tu?

Je te chercherai et accomplirai le cours de notre destin.

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1997).

 

 

 

 

Arrache ce spectre mensonger des siècles

 

 

J'ai

réalisé quelque chose cette nuit

pourquoi devrais-je

me cacher et me mentir à moi-même

feignant d'être prudente

je ne puis me cacher

plus longtemps et faire comme si j'étais humaine moyenne

car mon esprit

ne va pas rester plus longtemps dans ces limites de trucage

et s'inquiéter de ce que pourraient penser les hommes vils

serait un insensé gaspillage de mon temps!

J'ai

le choix entre me rendre égale à moi-même ou le suicide

Je

ne savais pas jusqu'à maintenant ce que je suis

cette nature de reine et de putain je l'ignorais je la vois maintenant

ainsi

ai-je eu l'amour, ai-je eu la richesse

j'ai été forte et altière

et maintenant je rate quelque chose dedans ma propre âme

je vais mourir au bon sens afin de survivre

et laisser derrière moi toutes ces limites de honte

j'ai atteint tout ce qu'un humain peut atteindre

j'ai eu la richesse et l'amour et l'aventure

maintenant je perçois clairement que cette vie est ma mort

et ma vie passe par la mort

je sais qu'il est temps pour moi de quitter ce monde d'illusion

ce n'est même pas destructeur

c'est foi en moi-même

j'ai eu tout ce qu'un humain peut désirer

pourtant ne puis-je, non, ne puis-je me sentir satisfaite

maintenant que j'ai accompli tout ce que je pouvais imaginer

je suis comblée

et l'unique amertume en ce cas est le pendant des choses faites

j'ai eu l'amour, j'ai eu la richesse

j'ai eu puissance sur les hommes de la terre

 

 

Diana Orlow (traduction de l'anglais Philippe Pissier 1997).

 

 

 

Une nuit qui dure

 

 

Encore un baiser, un dernier encore!

Je t'en prie, ne dormons pas!

Notre nuit s'achève si lentement

- ce qu'elle nous paraîtra brève par la suite!

 

Nos existences diffèrent à un tel point

que jamais nous n'aurions dû nous rencontrer!

Fais que je ne pense, que je ne parle pas

- pas de questions.

 

Jamais je ne t'oublierai

jamais je ne t'oublierai

 

Heureuse quand même aujourd'hui

j'aurais été aimée une nuit

 

 

Diana Orlow (traduction de l'allemand Paolo Scopelliti, 1998).

 

 

 

 

Loups

 

 

Imagine qu'on soit des loups

Imagine qu'on soit des loups

Imagine qu'on soit des loups

Nous pourrions dès lors courir

nous pourrions hurler

nous pourrions combattre

nous pourrions tuer

 

Nos corps

nos pattes

notre pelage

Ni villes

ni mensonges

ni gens autour de nous

Nous resterions dès lors ensemble

nous ne serions plus séparés

nous prendrions tout notre temps

pour nous battre, pour nous aimer

Nos queues

nos sexes

nos cris

Feuillage Terre Nuit Bruit

Tu m'aurais donné un louveteau

nous aurions dévoré ton cerveau pour cela

Amour Chaleur Nourriture Sang

Nos oreilles

nos dents

nos langues

Pas de questions

pas de doutes

pas de pensées :

que des loups, des loups en la forêt!

Nous serions morts

nous serions vifs

nous serions là

il y aurait de l'éclat

Nous serions morts

nous serions vifs

il y aurait de l'éclat

courons-y

Nous pourrions courir

alors que brûle la forêt

nous aurions peur

Déshabille-toi,

mets-toi nu!

A poil!

Ligote-moi

mords-moi

émerveille-moi

soumets-moi

Sentiment de peur

sentiment d'amour

ça sent mauvais

Hah hah hah hah hah hah hah hah

La chaleur de nos corps

et de nos souffles

nos courses

de loups, de loups dans la nuit!

On est deux loups, on s'aime au physique

plus de peur

ni de fidélité

J'aurais baisé avec des ours, j'aurais baisé avec des lions

Des loups, des loups, des loups dans la nuit

 

 

Diana Orlow (traduction de l'allemand Paolo Scopelliti, 1998).

 

 

 

 

 

 

© Adonaï Orlow.

 

 

 

 

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