JOSSELYN VALVERDY :

 

 

LES VENINS DE LA LUMIÈRE

 

 

"Et si un homme auprès de nous vient à manquer à son visage de son vivant, qu'on lui tienne de force la face dans le vent ! "

 

Saint-John Perse

 


 

Le Sphinx, collage par Josselyn Valverdy, circa 1986.

 


 

 

ÊTRE LA

 

 

Un petit rêve d'herbe

Grandissait à la lumière assise des orages

Être là

Nicher dans le coeur des pierres

Être là

Paisible

dans le sourire terrible de la terre

Et écouter dans le ruisseau de l'oreille

A l'extrémité de l'oeil immobile :

marche souple de vent heureux

Genèse de toujours

 

 


 

 

LÉGENDE

 

 

À flamme de terre elle sourit

Voici que s'élance la danse d'une pluie d'étoiles

mouillées d'or et de lumière

Et ensemble dans un pas de terre fraîche

Elle marqua l'empreinte d'un rêve...

Au souffle violent d'une marche obsidienne

 

 


 

 

PÉNÉTRATION

 

 

Chaque mot est un poème

Dans la pénétration rapide des courants

Le noir et le blanc immaculent la couleur

Percée de lumière

Froid et dur répondent à la douceur

D'une folle tendresse

De ma main à ton coeur

Le recueillement ardu de la lumière

 


 

 

Ocre et rouge

Est l'esprit de l'automne

L'ombre sera fendue

À source endurante de lumière

 

 


 

 

Creusée

La roche se perce

À flots immobiles de mer

Ne rien attendre est :

Bosse de bossu

 

 


 

 

JUSTICE

 

 

Et la beauté

Sera toujours en avancée du monde

Et la beauté

Tissera l'eau de la lumière comme épée de l'épure aux fronts des marées

Et la beauté

Aile ouverte portera fruits d'abondances à la souplesse d'or d'hommes mûrs

Et la justice dépliera la beauté

Et la beauté dévérrouillera la justice

Sur ce seuil de mer incendiée de parole

 

 


 

 

LOA

 

 

Épure

De rapidité fixe

De fulgurantes profondeurs abritaient des silences de plomb

Et il faut tenir la charge caravanière,

La pression aiguë des élixirs

Et il faudra dire au-delà du dire

Le mot premier des fondements

Et bâtir à langue d'oiseaux

Et bâtir le bâtissement d'incroyables soleils

Et bâtir la justice à l'école du regard

Et bâtir l'émerveillement à dos docile de coccinelle :

Ainsi que pureté de flammes fraîches

Ainsi que caïman rebouteux de vastes blessures de sel

Ainsi que marche fabuleuse dans la dérouillée de l'existence

Kaïlcédrat !

Voici ma voix

Voici totem de longue marche de brousse

Voici le poitrail de notre âme ouverte au confluent attentif des midis

Car prisonnier que nous sommes des désastres amis

Nous saurons élever récade au venin pulsatique de profondes sèves blanches

 

 


 

 

LA CALEBASSE DE LA MÉMOIRE

 

 

 

Et du naître à être

Fleuve debout

Et du naître magistral

Dans l'accroupissement de tempêtes lâches

Et dans le cercle algébrique de crâne

D'un chiffre sans calcul

S'épure à masse dense

La mer à boire dans une timbale de pierre

 

 


 

 

IBIS

 

 

Chaque poème

Est haleine de route

Dans l'écriture des écorces et des pierres

Ruissellement de signes

Dans l'arc soutenu de poutres vigiles

Où l'oiseau d'un regard

A donné piste vraie

 

 


 

 

CYCLOTRON

 

 

 

Pillage ou ravage

L'inertie est à comble de rouille

Il faudra bien braquer sa délivrance

Où un homme sortira d'un homme dans l'envol

Surréel de plantes galactiques

Une question s'évade de lumière

Tandis que monte et descend le carrosse des sèves sur la litière d'étoiles rouges

Blues les fleuves en cloques lisses de mers

Blues la sueur dans le pas échassier d'ellipse bleue

Tournant immobile sur l'essieu de hautes paroles

Cyclotron aux assises des mondes

Cyclotron d'un regard dans l'irritation somnolente de climatiseurs en paix

Où un cri nous dira l'arc tendu d'un incroyable OUI

Comme ces pirogues de langues au matin de l'éveil

Bien sûr et de toujours une graine persiste en avancée de soleil

Pleure jazz

La terre sera soldée au ménage modèle

 

 


 

 

 

Marcher à plein jour

Dans le fatras des pierres

Là où le masque s'accroche

En éboulis de silence

 

 


 

 

LE TOURNESOL

 

 

En moi l'arbre

En moi le colibri

En moi la demeure du mot dans la course des pollens

En moi l'oxygène au fourmillement vigile de l'aurore

En moi le basilic de l'étoile sous la danse des lunes

En moi le caurrosol au chariot de mes sources fraîches

 

En moi l'ossature d'un dire nouveau

En moi l'herbe

En moi l'épervier

 

En moi la parole sous la cendre dans cette grande soif de dieu

 

 


 

 

L'ABSTRACTION LYRIQUE

 

 

 

Je dis qu'aujourd'hui est l'arc tendu de demain

Je dis la pierre est égale à l'homme

Je dis communion à la flamme des fougères

Je dis arbres à pain dans le levain insensé

De nos regards d'oiseaux

Je dis le coyote comme frère de chemin

Je dis hourra à la crevaison sonore des univers

Je dis hissement de lumière au lierre argenté de nos espoirs

Je dis futur de maintenant à toute table d'homme en conciliation

De juste prière

 

 


 

 

MÉDITATION

 

 

Et me voici dans ma chambre

Et voici que s'ajoute la prière à mon sel

Et voici que grandit une pierre dans un rêve d'étoiles

Et voici que s'annonce le hibou au pagne blanc de mes nuits

Et voici dans toute droiture le Tamarinier en élévation de sources fraîches

Et voici l'eau de la lumière à la truelle de nos mains

Et au fond de l'orage un printemps d'hommes mûrs

 

 


 

 

STELLAIRE

 

 

Stellaire le trottoir de l'existence

Stellaire l'hibiscus du regard dans les trouées de vieux murs d'azur

Stellaire cette graine d'étoile au coffre végétal de ma bouche

Stellaire le fax de dieu dans l'énoncé vigile de l'océan de mes yeux

Stellaire le bleu

Stellaire le rouge

Stellaire l'or aux genoux des marées, quand sonne le bronze au cuivre des silences

Stellaire le nom déchiffré de l'homme après l'homme

Mesure ou démesure, il faut parfaire le pas

 


 

 

CONTRE-CHANT

 

 

Ô pression dans le chant réfractaire de la matière

Pression de fleuves d'or dans la marche majestueuse de ses arbres

Pression des ouvertures par le corps fabuleux d'une terre enceinte de lumière

 

Et pression d'être là dans le carrefour plasmatique d'incroyables contractions sonores

Où le corps déficelé retrouve chemin d'offrande aux coeurs secrets des pierreries

 

Ô énergie !

Ô conscience à pilon d'univers

Fleuve d'eau à cataracte de marche lente

Levé mât à l'inconnu des rivages,

Ainsi que ces cuivres de bronze au socle de la langue

Car il est temps de dépuceler le temps à l'ivresse dionysiaque de notre chant

 

Il est temps d'entrer par les villes du corps cousu d'or et de prairies

Il est temps de retrouver aux pieds étonnés des minéraux

L'arc musical du dire et de l'être

Temps du temps

Il est temps d'ouvrir les fleuves aux pirogues de vastes saisons de plénitude sur la terre

 

 


 

 

 

Droit le regard

Droite la sève dans l'arbre du mot

Droite la lumière dans la conjugaison grammaticale d'une sincérité sans césure

Où le combat s'engage à chaud à brèche d'ombre et de lumière

 

 


 

 

EN CHEMIN

 

 

En non-pensée

Les arbres motorisés montraient chemin au grand lac des signes

 

Mais d'ici là

Il faut être patient à l'orfèvrerie de ses bronzes

 

Patient à l'attelage de ses devoirs

Patient à l'étude de son sel

Patient à toutes routes d'escargots

Car au calendrier de mes lagunes secrètes

 

L'hippocampe de mon nom montrera sillage de haute mer

 

 


 

 

LE TONAL

 

 

Tourbillon de soleil

Dans le long cheminement des chenilles

Où crie un volcan à forage de gueule ce semblant d'univers

Qu'importe puisque la terre est ronde

Puisque le rêve chevauché étrangle le réel

Puisque la douleur voit la refonte du monde

Alors quoi Seigneur !

Un débordement

Où un pendu descend au bal des fleurs

 

 


 

 

Point de calcul

Puisque la terre est rouge à mon sang

Puisque la marée est marche d'éclipse à l'oeil vigile

D'incroyables arbres à pain

Alors aisance

Où un rien annonce de prodigues arrivées

Aux synapses éblouies de grandes routes démâtées

 

 


 

 

NUAGE

 

 

Il pleut dans ma tête la dictée des mots et des silences et des lacs dans la croissance des arbres

 

Il pleut des nuages qui remontent vers le ciel

Il pleut dans la pluie de mes rêves réalité insondable de pierres

 

Il pleut à mot ouvert dans le ferment assis de pollens voyageurs

 

Il pleut l'homme fertile

Il pleut femme debout

 

Dans la pesanteur et la grâce d'un arc de silence

 

 


 

 

À GRAVIR

 

 

À gravir arbre d'homme

À gravir toutes minutes dans l'alphabet plasmatique

D'insensé d'oiseaux-mouches

 

À gravir échafaud à fronde de courage

Où le pied escorte droit route fabuleuse de sève

 

À gravir l'algèbre de la grâce dans l'insoumission

Patiente des orages

 

Sera dit sans mot dire ce rêve d'étoile

 

 


 

 

CET OBSCUR BESOIN DE POÉSIE

 

 

À vrai dire le temps d'être est né

Il est temps d'ouvrir l'attelage de nos devoirs à la culture de l'esprit

Il est temps d'éveiller prière au cobra secret de la matière

Sur toute surface de sel et de dense lumière

Ô chemin ! au faîte de l'aurore

Viennent le noir et le rouge de nos couleurs confondues

Au pinacle de blancs chevaux d'étoiles

Et éditons lettres d'herbes au chenal carminé d'une langue

À trot docile de coccinelle

 

 


 

 

BLACK SHAKTI

 

 

Tu es belle comme l'igname à l'équateur de mes yeux

Femme qui grandit à la fougère de ma langue sous les tentes fécondes de Gondar

 

Femme graine à socle de soleil que tourne le jour au cou

de mes mots ainsi que l'héliotrope au vaudou de sa transe

 

Ô femme que soit l'élan de ta grâce à l'arc docile de mon verbe

Que soit ta lumière à la lampe de mes nuits

Quand marche à l'étoile le grand souffle de Dieu

 

Femme terre d'eau

Femme feu de vent

Femme debout au coeur des tempêtes

 

Donne-moi

Le lien mystique des conciliations sur toute surface de mer

Donne-moi le feu de la prière vivante au regard horizon d'une très sainte alliance

Donne-moi

Le don sans ombre de l'amour afin que clame ton nom au gong insensé d'océans en pluie

 

Et fière comme l'uranium incandescent de millions de soleil

Tu forgeras minerai au bronze viril de ma bouche

Foyer patient à la course nuptiale des astres

 

 


 

 

AXE OU DÉSASTRE EN VUE SOLAIRE

 

 

à Aimé Césaire

 

En volcan de fleurs lisses

En rage lave cave de millions d'arbres droits

En ferveur cyclotronique de furieuses batailles d'hommes

 

Toi Aimé Césaire le dérouleur du verbe à face crachée de lumière

Toi le fleuve synaptique à gueule de lion dans l'ombilic à proue de Vortex

Toi le cobalt nègre à course de marée

Dans le grand nénuphar du jour

 

Os nu à l'unique flamme de tes mots

Tu sus à l'oracle du Fâ fendre l'arc de ton dire au miracle sans césure du devoir

 

Ô Vigile !

Tu sus garder front de mer à la poussière déboussolée de grand marronnage d'étoiles

 

Et au maquis de ta langue lagunaire

Dans l'axe ou le désastre avorté des procédures et des typhons

Homme debout dans l'ombre accroupie de ta lumière

Tu sus garder et guider fraternellement la tribu courbée de ton peuple

Dans l'avancée axiale des vents en spirale d'à venir

 

Et dans tout ce désastre croulant au cul des mangroves

L'or frais de l'espoir à la truelle de nos mains

 

L'alchimiste démiurgique comme parèdre

Péléen d'une femme debout au mitan de sa robe

 

Le cil de l'aigle plongeant debout aux fosses d'aisance - ondulatoire et juste de justice

 

Comme le refus tenace d'Hatsttepsout à l'arc-en-ciel pivotant de ton large bassin tectonique

 

Et bien Aimé ! la grâce de toujours

La perle d'algues sur ton front

Le tatouage rouge de l'abysse

 

L'heure n'est-elle pas perlière au phare clignotant de l'amour ?

Frère

Frère sapotille à la fleur inclinée du jour

Toi le regardant du verbe - de l'homoncule

Et de la courge

Ô initié du yagé

Je te salue par-delà la course des âges

Daïmon heureux des ouvertures

 

 


 

 

LIMPIDE

 

 

Le nuage est la flamme de l'eau

Tous les reflets sont présences indivisibles

Chaque arbre est une pirogue aux saisons de nos coeurs

Chaque source est une parole qui scande l'infini

 

Midi ou minuit

Naître est encore mourir

C'est le retour de la lumière

La transparence

L'insurrection accomplie d'un petit pas de fougères

À l'incendie zodiacal d'un incroyable silence

 

 


 

 

 

La transparence est tout le savoir

Un tournesol tourne dans le jour de sa lumière

Une horloge sonne à reculons le temps d'être né

Être né c'est être flamme

D'un envers ou d'un endroit

D'un caillou

D'une feuille

D'une même unité

 

 


 

 

 

DE LA TRIGONOMÉTRIE DE L'AMOUR À L'ALGÈBRE DE LA GRÂCE

 

 

 

Il y a comme un réverbère de lumière à la ruelle sans détour de tes yeux

Voici que tu es l'ange

Et tes longs cils d'oiseaux

Comme la flamme nue de l'existence

Je sais tu sais

Je me souviens de toi parmi les sables et les voiles

Pesant la teneur secrète des choses

De l'équilibre des sources au trapèze des fleuves

De la mosaïque de ton sourire au tournant sinueux de mes mots

De l'alphabet s'insinuant dans l'écriture des pollens

De l'unité de la pluie dans l'averse de tes silences

De la trigonométrie de l'amour au triangle sans angle de ton coeur

Mais rien que le vide femme

Rien que le vide

Et l'épaule immense de ton rire

Et le métal damassé de ma volonté

Dans toutes les soieries ténues de ton visage

 

 


 

 

SOLDE DE TOUT COMPTE

 

 

Soudain comme un basculement des pôles

Apparurent des fantômes aimables

Ils me tendirent du pain

Des babioles sans nom

Des crapauds sonores à doses de venins

Qu'on se le dise le cercle est bien vicieux

 

Partant du vide ils cerclèrent leurs fronts de paroles plates

Firent chuter le soleil à la source du regard

Firent pousser des foetus de paille aux urinoirs de la nuit

Firent anges ceux qui étaient démons

Et firent coucher leurs filles lascives aux égouts dormants du paradis

 

Mais cela se passait autrefois

Comme la rixe des bêtes dans leurs berceaux de pierres

Comme la canaille aux chiottes de la peur

Comme la bêtise hydrocéphale dans le tramway sans roues de la gazinière

Comme la chenille d'homme sous le bronzage de ses plaies encroûtées au refus de l'azur

 

Mais cela se passait autrefois

Dans l'autrefois d'aujourd'hui

Dans la sainte inquisition des consciences bien rangées

Sous le noël de la peur

Sous le noël accroupi d'une incroyable honte

Sous le noël avorté à l'Auschwitz des étoiles

Ô noël des marais au contrefort de la mort

Noël de singes d'hommes !

Il reste pour toujours

Sur la marche immense de mes paupières

Le capital innommé de la beauté

 

 


 

 

VENINS DE LA LUMIÈRE

 

 

Muscle silencieux des savanes

La mer a toussé le liquide séminal

Ô terre fertile des annonciations

Terre rouge au balisier de mon sexe

Terre d'oiseaux au cou nuptial des vents

Terre arramâchée à l'orchidée de mon sang comme le fleuve puissant du souvenir

 

Et au midi de la flamme

Le lait bleu de la lumière

Le Loa

La croix du sud au losange de mon front comme un troupeau de millions de gazelles à l'estuaire de mes sources

 

Femme tu sais

Je jouis d'être né arc tendu

Je jouis d'être né à la femme jardin

À la femme ibis du savoir

Je jouis femme tambour aux cuisses ouvertes de tes pluies

Huilant doucement la locomotive princière de l'extase

Où de la source à tes reins l'arc-en-ciel demeure nu à l'eau souple de tes mains

 

 


 

 

PRIÈRE

 

 

Comme l'oiseau du paradis

L'entendement poussera à la paume enfouie des soleils

Et de la pierre à la balance des eaux

L'insurrection de l'arc-en-ciel et du silex dira le matin de la chose incréée au fleuve docile de mes mains

Eau de la prière

Eau du ciel et de la terre

Eau Batouque à la salive de mes mots

 

Voici que le temps d'être est né

Voici que coule le souffle des pluies au trottoir nu de l'existence

Voici le henné à la calebasse silencieuse de mon dire

Dans le printemps invaincu

D'une procession incroyable de flamboyants sur la mer

Voici l'initiation

Voici ma mort

 

Et dans une goutte de silence

La naissance de ce jour

 

 


 

 

CORPS I

 

 

Veillant au grain

Le corps se mit en rotative lucide

Et les feuilles s'épanouirent

Par les arbres qui s'élevèrent sans bruit

 

Descendant du midi à la source un triangle de lumière

Un matin

Un travail nouveau

À l'argile de ma bouche

À l'argile de mes mots

À l'argile de mon corps dans le long mouvement giratoire des vents

 

À l'alchimie d'un non-savoir

À course démarrée

Tout un infini d'oiseaux comme la verdeur perlière

À la langue des mers

Et ici dans l'axe du corail

Dans la poitrine intime des orages

L'algue marine au gué de mon sourire

 

 


 

 

CORPS II

 

 

Le vouloir est un encombrement du désastre

Dans le cristal opératoire du corps

Dans le cristal télépathique

Dans le cristal hydraulique de grande avancée de mer

Alors je dis fluidité

Fluidité de l'arbre à l'arc-en-ciel du regard

Fluidité du chaos et des sources où perce de l'autre côté du temps la menthe fraîche de l'éveil

 

 


 

 

MAGICK

 

 

Comme une confidence spermatique de lumière

Il y eut ton visage d'oiseaux au corsage immense des fleuves

La dialectique des sources au boulevard de mes mots

La volonté axiale des vents

 

La théogonie du granit et du soufre

La solitude du cuivre à la cheville géologique de mers menant à l'élan tout un peuple d'hirondelles

 

Et depuis toujours mes yeux d'uranium au forage insondé de la paix

Mes yeux fauves de yagé aux prunelles insondables des pluies

Mes yeux d'Agathe et de Lapis-Lazuli courant sous les chaussées étroites des sèves

Mes yeux de recommencements tenaces

Mes yeux de serpent de corail

Mes yeux de basalte nègre debout à la coursive

Sémaphore de hauts récifs de mers

Mes yeux de mains ouvertes à l'arc-en-ciel incréé de la forme

Mes yeux d'apocalypse et de silice aux chars fumants des eaux reconquises

Mes yeux de fax et de pollens sur toutes terrasses de fronts en rosace octogonale d'étoiles

 

Mes yeux de fougères et de téléphonies

Mes yeux de feux et de missiles nucléaires

Mes yeux de scalps et de lances ouvertes aux fruits clairs des orages

Mes yeux décadenassés plongeant debout à la remontée inusitée de nouvelle Atlantide

Mes yeux

Mes quatre yeux sous l'alcool patrouillant de mes silences

Et sur mon front la liane la tiare

L'ashé cubique de l'Amour

 

 


 

 

LA FÉE A DIT OUI

 

 

Un paquebot de fleuves

Un dragon à ta bouche comme la péniche de la lumière

Une tendresse à la rose trémière de nos fronts

Où se meublent doucement les cases de cuivres et de silences

À la carte blanche de nos lèvres

Voici que je viens debout dans le mitan de ma robe

Les reins ceints de corail et d'hippocampe ( pulsant à la mer

Une caravelle de slave de douceur

Et d'étranges phosphènes )

Voici à la place forte de ta langue le roseau docile du coeur

Le train bleu des nuages

La mazurka le tam-tam la synchronicité impérieuse de la flamme et du mot

La papaye de l'amour

Le chiendent fabuleux du combat

Rien n'est encore perdu femme tenace - arrosoir tournesol dans le courant de ta transe

Femme-chant femme-graine la fée a dit oui à l'aqueduc du savoir

La fée a passé l'échiquier l'Achéron

Le pistil magique de l'Amour

 

 


 

 

L'EMPIERRÉ DE L'AMOUR

 

 

Il parut en ma demeure

Tout rocailleux de sable et de mots

Lui le paysan du verbe à socle de charrue dans le large sillon de sa gueule

 

Chevillé à la terre

Fixé en pieds de chaudron de millions de tendresses

Tu es le chiendent en robe de sagesse

Viride à la langue dans l'anarchie vigile de sa flamme

 

Je te salue - Toi l'Ami

L'argotique de fleuve-femme

Toi le maquisard au bûcher pastoral de ses mots

 

Je t'ai rencontré dans un morceau de matin

Bleu comme le causse de nos coeurs

Et je te sais marin à proue insolente à jamais amarré d'une jubilatoire liberté

 

 


 

 

TRANSSUBSTANTIATION D'UNE CHARMEUSE DE SERPENTS

 

à Jenny Alpha

 

Tu es belle créole

femme-cannelle au-dedans du vertige

femme pluie

femme fougère

femme tectonique dans la course de ses cuivres

où jaillit au diamant le rocher de tes fleuves

 

Et au matin chenu et viril de mon front

la larme aiguisée du combat

le pulsar de ton sourire

la machette du voyage à travers la marche somptueuse de tes arbres-voyageurs...

 

Et une fontaine enclose à ton regard comme une large ombrelle d'extase matérielle

 

Ton oeil

est un phare à la chevelure échassier de cyclones spirales

Ton oeil

lucide comme la trouée vrillée de poutres maîtresses

au soir intime de tes houles

ton oeil sémaphore

ton oeil serpent plongeant d'écumes à la gueule pilote des mers

 

Et dans le trou noir de ton regard

la conque radiophonique et supraconductrice de la marche des volcans

redressant le mythe perdu de l'amour

Ô poussière d'île à fleuves d'étoiles

richesse d'abondances au madras retourné d'incroyables arbres à pain

 

Intime

Je t'aime charmeuse-aspic de la flamme

fleuve fût de mon sang

 

Je t'aime rêveuse Lucie Erzulie

femme première à l'arçon de pierres phalliques

où la suite est à boire à l'hamac double du coeur

Maât

ton épaule comme grenier plasmatique de sagesse

 

 


 

 

UN NUAGE M'A DIT

 

 

Et partout le seigneur comme pointe d'humour

dans la pluie

dans l'arbre

dans le creux de ton épaule comme une fontaine de sagesse

et il y a ton visage

si simple dans la transparence inusitée de pierres-foudres

ton regard de sycomore

ton regard qui pleut

pareil à ces méditants sur les terrasses fertiles de tes lèvres empourprées de pierres et de silices

 

Mon amour est un accordéon à l'intime silence de ta flamme

mon amour est force totale à l'atome gracile de ta grâce

mon amour de sillon et de pas de saisons

mon amour terrien comme ressac infini de l'enfance

saura dire les mots frais

les mots feuilles

les mots premiers

que nous attendions au début de l'âge d'homme

 

Je t'aime unité par la foi paradoxale du noir et du blanc

où un jour se lève étonnamment victorieux

 

 


 

 

OSSANYN

 

 

Formant l'intime feuillage des choses

L'ascenseur de tes yeux à l'eau lucide de ma bouche

Et la mort proclamatrice sous le porche immense des mers

Comme la droite courbure révélatrice des fleuves

Comme l'anaconda au fût puissant du regard

Comme le coït extatique des sources à l'estuaire des palmes et des arcs de triomphe

Comme le cannabis lové de la kundalinî aux vulves plasmatiques d'étoiles stellaires

Et tu viendras inattendue parmi les sèves matricielles

Comme la pierre lévitante à la fougère de l'Amour

Tu reviendras comme le pollen inconnu du savoir

Comme l'eau rythmique à la bouche du Ka

Comme la force psychique du python et de la flamme

Comme la déesse des conques puisant de son corps

L'immense corail de ses oeuvres

Métal supramental aux corps tournants de soleils cuivre et or

À la table ouverte de nos fronts confondus

 

 


 

 

LA FEUILLE, LA FLAMME ET LA FEMME

 

 

Un arbre est la beauté totale

Un nuage une parole qui pleut

Et il y a tout un océan au triangle félin de ton visage qui semble boire à reculant à la source avancée de tes yeux

Un torrent de fougères

Un estuaire...

Dans la sagesse primordiale de nos corps mêlés par le pont intime des mers

Voici le temps du baiser au mica de nos fronts

Voici la mine ouverte de grands souffles giratoires à l'insurrection vibrante de la matière

Voici le végétal

le minéral

L'argile rouge de l'amour

La paix décrucifiée au lavoir recueilli de nos fronts

La géographie spacieuse et rotatoire d'un souffle nouveau au faîte de l'architecture puissante des mers

 

Ô silence !

Aigle blanc

Vienne à mon regard le stellaire tambour

L'appel le rappel

L'émerveillement du souffle et de la grâce

Le soleil originel et supraconscient de nos corps remodelés

Par l'électron nucléaire

Par le flux et le reflux shooté de la lumière dans le ressac insensé de grands tournants galactiques

 

Femme le temps est là musical à sa source

Comme la radiophonie d'arbres-maîtres au pulsar intime du coeur

Comme le oui et le non dans l'incandescence inextricable du feu et de la flamme

Comme le paon

Comme l'anaconda

Comme le toit crevé du rêve

Où se meut à pas de loup le fiat lux de ton Nom

 

 


 

 

LE VIRAGE À MIDI DE LA PIERRE ET DE LA LUMIÈRE

 

 

Et toute la terre comme une averse de matérialité divine

Et ton visage à l'angle du jour

Et ton sourire de lazulite

Et ton épaule de rivières parmi les palmeraies de biotite et de silice

Et tes poignets si fins dans la gentillesse intime des sables

Et ta chevelure de comète d'extase

Et tes longs bras de fontaine fraternelle

Et ton rire et ton front au faîte des pierres comme le recommencement tenace au forage du toujours

Et au zénith du levant ton espace et ton nom

Le quadrille ascétique de la flamme

Le caillou de la paix

Et ta nudité si studieuse

Aux stations des pollens

précipitera à la terre un nouvel

état d'âges d'hommes

Et tout sera changé

transfiguré par le corps

de la terre

Cellule dans la cellule

Vents ressacs

Cavale d'ordre et de chaos où surgit soudain inattendu l'échassier de la lumière

 

 


 

 

ZONE FERTILE

 

 

De la foudre à tes pieds l'arc-en-ciel de la lumière

La source

Le baiser de la terre où grandit la nullité magique de ce non-savoir

Le pollen du coeur à ton front

La liane axiale du devoir et de la flamme pleuvant dans l'oeuvre du seigneur le secret de l'éther

Et feuille après feuille dans le déluge de l'eau

L'effeuillage intime du dire

La rencontre émerveillée de ton être et du silence où repose dans le sarcophage de la langue

La pièce fondatrice de l'Amour

 

 


 

"Les Venins de la Lumière" ont été publiés par les éditions Hriliu en 1998 e.v.

© Josselyn Valverdy.

 


 

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