JOSSELYN VALVERDY :
LES VENINS DE LA LUMIÈRE
"Et si un homme auprès de nous vient à manquer à son visage de son vivant, qu'on lui tienne de force la face dans le vent ! "
Saint-John Perse
Le Sphinx, collage par Josselyn Valverdy, circa 1986.
ÊTRE LA
Un petit rêve d'herbe
Grandissait à la lumière assise des orages
Être là
Nicher dans le coeur des pierres
Être là
Paisible
dans le sourire terrible de la terre
Et écouter dans le ruisseau de l'oreille
A l'extrémité de l'oeil immobile :
marche souple de vent heureux
Genèse de toujours
LÉGENDE
À flamme de terre elle sourit
Voici que s'élance la danse d'une pluie d'étoiles
mouillées d'or et de lumière
Et ensemble dans un pas de terre fraîche
Elle marqua l'empreinte d'un rêve...
Au souffle violent d'une marche obsidienne
PÉNÉTRATION
Chaque mot est un poème
Dans la pénétration rapide des courants
Le noir et le blanc immaculent la couleur
Percée de lumière
Froid et dur répondent à la douceur
D'une folle tendresse
De ma main à ton coeur
Le recueillement ardu de la lumière
Ocre et rouge
Est l'esprit de l'automne
L'ombre sera fendue
À source endurante de lumière
Creusée
La roche se perce
À flots immobiles de mer
Ne rien attendre est :
Bosse de bossu
JUSTICE
Et la beauté
Sera toujours en avancée du monde
Et la beauté
Tissera l'eau de la lumière comme épée de l'épure aux fronts des marées
Et la beauté
Aile ouverte portera fruits d'abondances à la souplesse d'or d'hommes mûrs
Et la justice dépliera la beauté
Et la beauté dévérrouillera la justice
Sur ce seuil de mer incendiée de parole
LOA
Épure
De rapidité fixe
De fulgurantes profondeurs abritaient des silences de plomb
Et il faut tenir la charge caravanière,
La pression aiguë des élixirs
Et il faudra dire au-delà du dire
Le mot premier des fondements
Et bâtir à langue d'oiseaux
Et bâtir le bâtissement d'incroyables soleils
Et bâtir la justice à l'école du regard
Et bâtir l'émerveillement à dos docile de coccinelle :
Ainsi que pureté de flammes fraîches
Ainsi que caïman rebouteux de vastes blessures de sel
Ainsi que marche fabuleuse dans la dérouillée de l'existence
Kaïlcédrat !
Voici ma voix
Voici totem de longue marche de brousse
Voici le poitrail de notre âme ouverte au confluent attentif des midis
Car prisonnier que nous sommes des désastres amis
Nous saurons élever récade au venin pulsatique de profondes sèves blanches
LA CALEBASSE DE LA MÉMOIRE
Et du naître à être
Fleuve debout
Et du naître magistral
Dans l'accroupissement de tempêtes lâches
Et dans le cercle algébrique de crâne
D'un chiffre sans calcul
S'épure à masse dense
La mer à boire dans une timbale de pierre
IBIS
Chaque poème
Est haleine de route
Dans l'écriture des écorces et des pierres
Ruissellement de signes
Dans l'arc soutenu de poutres vigiles
Où l'oiseau d'un regard
A donné piste vraie
CYCLOTRON
Pillage ou ravage
L'inertie est à comble de rouille
Il faudra bien braquer sa délivrance
Où un homme sortira d'un homme dans l'envol
Surréel de plantes galactiques
Une question s'évade de lumière
Tandis que monte et descend le carrosse des sèves sur la litière d'étoiles rouges
Blues les fleuves en cloques lisses de mers
Blues la sueur dans le pas échassier d'ellipse bleue
Tournant immobile sur l'essieu de hautes paroles
Cyclotron aux assises des mondes
Cyclotron d'un regard dans l'irritation somnolente de climatiseurs en paix
Où un cri nous dira l'arc tendu d'un incroyable OUI
Comme ces pirogues de langues au matin de l'éveil
Bien sûr et de toujours une graine persiste en avancée de soleil
Pleure jazz
La terre sera soldée au ménage modèle
Marcher à plein jour
Dans le fatras des pierres
Là où le masque s'accroche
En éboulis de silence
LE TOURNESOL
En moi l'arbre
En moi le colibri
En moi la demeure du mot dans la course des pollens
En moi l'oxygène au fourmillement vigile de l'aurore
En moi le basilic de l'étoile sous la danse des lunes
En moi le caurrosol au chariot de mes sources fraîches
En moi l'ossature d'un dire nouveau
En moi l'herbe
En moi l'épervier
En moi la parole sous la cendre dans cette grande soif de dieu
L'ABSTRACTION LYRIQUE
Je dis qu'aujourd'hui est l'arc tendu de demain
Je dis la pierre est égale à l'homme
Je dis communion à la flamme des fougères
Je dis arbres à pain dans le levain insensé
De nos regards d'oiseaux
Je dis le coyote comme frère de chemin
Je dis hourra à la crevaison sonore des univers
Je dis hissement de lumière au lierre argenté de nos espoirs
Je dis futur de maintenant à toute table d'homme en conciliation
De juste prière
MÉDITATION
Et me voici dans ma chambre
Et voici que s'ajoute la prière à mon sel
Et voici que grandit une pierre dans un rêve d'étoiles
Et voici que s'annonce le hibou au pagne blanc de mes nuits
Et voici dans toute droiture le Tamarinier en élévation de sources fraîches
Et voici l'eau de la lumière à la truelle de nos mains
Et au fond de l'orage un printemps d'hommes mûrs
STELLAIRE
Stellaire le trottoir de l'existence
Stellaire l'hibiscus du regard dans les trouées de vieux murs d'azur
Stellaire cette graine d'étoile au coffre végétal de ma bouche
Stellaire le fax de dieu dans l'énoncé vigile de l'océan de mes yeux
Stellaire le bleu
Stellaire le rouge
Stellaire l'or aux genoux des marées, quand sonne le bronze au cuivre des silences
Stellaire le nom déchiffré de l'homme après l'homme
Mesure ou démesure, il faut parfaire le pas
CONTRE-CHANT
Ô pression dans le chant réfractaire de la matière
Pression de fleuves d'or dans la marche majestueuse de ses arbres
Pression des ouvertures par le corps fabuleux d'une terre enceinte de lumière
Et pression d'être là dans le carrefour plasmatique d'incroyables contractions sonores
Où le corps déficelé retrouve chemin d'offrande aux coeurs secrets des pierreries
Ô énergie !
Ô conscience à pilon d'univers
Fleuve d'eau à cataracte de marche lente
Levé mât à l'inconnu des rivages,
Ainsi que ces cuivres de bronze au socle de la langue
Car il est temps de dépuceler le temps à l'ivresse dionysiaque de notre chant
Il est temps d'entrer par les villes du corps cousu d'or et de prairies
Il est temps de retrouver aux pieds étonnés des minéraux
L'arc musical du dire et de l'être
Temps du temps
Il est temps d'ouvrir les fleuves aux pirogues de vastes saisons de plénitude sur la terre
Droit le regard
Droite la sève dans l'arbre du mot
Droite la lumière dans la conjugaison grammaticale d'une sincérité sans césure
Où le combat s'engage à chaud à brèche d'ombre et de lumière
EN CHEMIN
En non-pensée
Les arbres motorisés montraient chemin au grand lac des signes
Mais d'ici là
Il faut être patient à l'orfèvrerie de ses bronzes
Patient à l'attelage de ses devoirs
Patient à l'étude de son sel
Patient à toutes routes d'escargots
Car au calendrier de mes lagunes secrètes
L'hippocampe de mon nom montrera sillage de haute mer
LE TONAL
Tourbillon de soleil
Dans le long cheminement des chenilles
Où crie un volcan à forage de gueule ce semblant d'univers
Qu'importe puisque la terre est ronde
Puisque le rêve chevauché étrangle le réel
Puisque la douleur voit la refonte du monde
Alors quoi Seigneur !
Un débordement
Où un pendu descend au bal des fleurs
Point de calcul
Puisque la terre est rouge à mon sang
Puisque la marée est marche d'éclipse à l'oeil vigile
D'incroyables arbres à pain
Alors aisance
Où un rien annonce de prodigues arrivées
Aux synapses éblouies de grandes routes démâtées
NUAGE
Il pleut dans ma tête la dictée des mots et des silences et des lacs dans la croissance des arbres
Il pleut des nuages qui remontent vers le ciel
Il pleut dans la pluie de mes rêves réalité insondable de pierres
Il pleut à mot ouvert dans le ferment assis de pollens voyageurs
Il pleut l'homme fertile
Il pleut femme debout
Dans la pesanteur et la grâce d'un arc de silence
À GRAVIR
À gravir arbre d'homme
À gravir toutes minutes dans l'alphabet plasmatique
D'insensé d'oiseaux-mouches
À gravir échafaud à fronde de courage
Où le pied escorte droit route fabuleuse de sève
À gravir l'algèbre de la grâce dans l'insoumission
Patiente des orages
Sera dit sans mot dire ce rêve d'étoile
CET OBSCUR BESOIN DE POÉSIE
À vrai dire le temps d'être est né
Il est temps d'ouvrir l'attelage de nos devoirs à la culture de l'esprit
Il est temps d'éveiller prière au cobra secret de la matière
Sur toute surface de sel et de dense lumière
Ô chemin ! au faîte de l'aurore
Viennent le noir et le rouge de nos couleurs confondues
Au pinacle de blancs chevaux d'étoiles
Et éditons lettres d'herbes au chenal carminé d'une langue
À trot docile de coccinelle
BLACK SHAKTI
Tu es belle comme l'igname à l'équateur de mes yeux
Femme qui grandit à la fougère de ma langue sous les tentes fécondes de Gondar
Femme graine à socle de soleil que tourne le jour au cou
de mes mots ainsi que l'héliotrope au vaudou de sa transe
Ô femme que soit l'élan de ta grâce à l'arc docile de mon verbe
Que soit ta lumière à la lampe de mes nuits
Quand marche à l'étoile le grand souffle de Dieu
Femme terre d'eau
Femme feu de vent
Femme debout au coeur des tempêtes
Donne-moi
Le lien mystique des conciliations sur toute surface de mer
Donne-moi le feu de la prière vivante au regard horizon d'une très sainte alliance
Donne-moi
Le don sans ombre de l'amour afin que clame ton nom au gong insensé d'océans en pluie
Et fière comme l'uranium incandescent de millions de soleil
Tu forgeras minerai au bronze viril de ma bouche
Foyer patient à la course nuptiale des astres
AXE OU DÉSASTRE EN VUE SOLAIRE
à Aimé Césaire
En volcan de fleurs lisses
En rage lave cave de millions d'arbres droits
En ferveur cyclotronique de furieuses batailles d'hommes
Toi Aimé Césaire le dérouleur du verbe à face crachée de lumière
Toi le fleuve synaptique à gueule de lion dans l'ombilic à proue de Vortex
Toi le cobalt nègre à course de marée
Dans le grand nénuphar du jour
Os nu à l'unique flamme de tes mots
Tu sus à l'oracle du Fâ fendre l'arc de ton dire au miracle sans césure du devoir
Ô Vigile !
Tu sus garder front de mer à la poussière déboussolée de grand marronnage d'étoiles
Et au maquis de ta langue lagunaire
Dans l'axe ou le désastre avorté des procédures et des typhons
Homme debout dans l'ombre accroupie de ta lumière
Tu sus garder et guider fraternellement la tribu courbée de ton peuple
Dans l'avancée axiale des vents en spirale d'à venir
Et dans tout ce désastre croulant au cul des mangroves
L'or frais de l'espoir à la truelle de nos mains
L'alchimiste démiurgique comme parèdre
Péléen d'une femme debout au mitan de sa robe
Le cil de l'aigle plongeant debout aux fosses d'aisance - ondulatoire et juste de justice
Comme le refus tenace d'Hatsttepsout à l'arc-en-ciel pivotant de ton large bassin tectonique
Et bien Aimé ! la grâce de toujours
La perle d'algues sur ton front
Le tatouage rouge de l'abysse
L'heure n'est-elle pas perlière au phare clignotant de l'amour ?
Frère
Frère sapotille à la fleur inclinée du jour
Toi le regardant du verbe - de l'homoncule
Et de la courge
Ô initié du yagé
Je te salue par-delà la course des âges
Daïmon heureux des ouvertures
LIMPIDE
Le nuage est la flamme de l'eau
Tous les reflets sont présences indivisibles
Chaque arbre est une pirogue aux saisons de nos coeurs
Chaque source est une parole qui scande l'infini
Midi ou minuit
Naître est encore mourir
C'est le retour de la lumière
La transparence
L'insurrection accomplie d'un petit pas de fougères
À l'incendie zodiacal d'un incroyable silence
La transparence est tout le savoir
Un tournesol tourne dans le jour de sa lumière
Une horloge sonne à reculons le temps d'être né
Être né c'est être flamme
D'un envers ou d'un endroit
D'un caillou
D'une feuille
D'une même unité
DE LA TRIGONOMÉTRIE DE L'AMOUR À L'ALGÈBRE DE LA GRÂCE
Il y a comme un réverbère de lumière à la ruelle sans détour de tes yeux
Voici que tu es l'ange
Et tes longs cils d'oiseaux
Comme la flamme nue de l'existence
Je sais tu sais
Je me souviens de toi parmi les sables et les voiles
Pesant la teneur secrète des choses
De l'équilibre des sources au trapèze des fleuves
De la mosaïque de ton sourire au tournant sinueux de mes mots
De l'alphabet s'insinuant dans l'écriture des pollens
De l'unité de la pluie dans l'averse de tes silences
De la trigonométrie de l'amour au triangle sans angle de ton coeur
Mais rien que le vide femme
Rien que le vide
Et l'épaule immense de ton rire
Et le métal damassé de ma volonté
Dans toutes les soieries ténues de ton visage
SOLDE DE TOUT COMPTE
Soudain comme un basculement des pôles
Apparurent des fantômes aimables
Ils me tendirent du pain
Des babioles sans nom
Des crapauds sonores à doses de venins
Qu'on se le dise le cercle est bien vicieux
Partant du vide ils cerclèrent leurs fronts de paroles plates
Firent chuter le soleil à la source du regard
Firent pousser des foetus de paille aux urinoirs de la nuit
Firent anges ceux qui étaient démons
Et firent coucher leurs filles lascives aux égouts dormants du paradis
Mais cela se passait autrefois
Comme la rixe des bêtes dans leurs berceaux de pierres
Comme la canaille aux chiottes de la peur
Comme la bêtise hydrocéphale dans le tramway sans roues de la gazinière
Comme la chenille d'homme sous le bronzage de ses plaies encroûtées au refus de l'azur
Mais cela se passait autrefois
Dans l'autrefois d'aujourd'hui
Dans la sainte inquisition des consciences bien rangées
Sous le noël de la peur
Sous le noël accroupi d'une incroyable honte
Sous le noël avorté à l'Auschwitz des étoiles
Ô noël des marais au contrefort de la mort
Noël de singes d'hommes !
Il reste pour toujours
Sur la marche immense de mes paupières
Le capital innommé de la beauté
VENINS DE LA LUMIÈRE
Muscle silencieux des savanes
La mer a toussé le liquide séminal
Ô terre fertile des annonciations
Terre rouge au balisier de mon sexe
Terre d'oiseaux au cou nuptial des vents
Terre arramâchée à l'orchidée de mon sang comme le fleuve puissant du souvenir
Et au midi de la flamme
Le lait bleu de la lumière
Le Loa
La croix du sud au losange de mon front comme un troupeau de millions de gazelles à l'estuaire de mes sources
Femme tu sais
Je jouis d'être né arc tendu
Je jouis d'être né à la femme jardin
À la femme ibis du savoir
Je jouis femme tambour aux cuisses ouvertes de tes pluies
Huilant doucement la locomotive princière de l'extase
Où de la source à tes reins l'arc-en-ciel demeure nu à l'eau souple de tes mains
PRIÈRE
Comme l'oiseau du paradis
L'entendement poussera à la paume enfouie des soleils
Et de la pierre à la balance des eaux
L'insurrection de l'arc-en-ciel et du silex dira le matin de la chose incréée au fleuve docile de mes mains
Eau de la prière
Eau du ciel et de la terre
Eau Batouque à la salive de mes mots
Voici que le temps d'être est né
Voici que coule le souffle des pluies au trottoir nu de l'existence
Voici le henné à la calebasse silencieuse de mon dire
Dans le printemps invaincu
D'une procession incroyable de flamboyants sur la mer
Voici l'initiation
Voici ma mort
Et dans une goutte de silence
La naissance de ce jour
CORPS I
Veillant au grain
Le corps se mit en rotative lucide
Et les feuilles s'épanouirent
Par les arbres qui s'élevèrent sans bruit
Descendant du midi à la source un triangle de lumière
Un matin
Un travail nouveau
À l'argile de ma bouche
À l'argile de mes mots
À l'argile de mon corps dans le long mouvement giratoire des vents
À l'alchimie d'un non-savoir
À course démarrée
Tout un infini d'oiseaux comme la verdeur perlière
À la langue des mers
Et ici dans l'axe du corail
Dans la poitrine intime des orages
L'algue marine au gué de mon sourire
CORPS II
Le vouloir est un encombrement du désastre
Dans le cristal opératoire du corps
Dans le cristal télépathique
Dans le cristal hydraulique de grande avancée de mer
Alors je dis fluidité
Fluidité de l'arbre à l'arc-en-ciel du regard
Fluidité du chaos et des sources où perce de l'autre côté du temps la menthe fraîche de l'éveil
MAGICK
Comme une confidence spermatique de lumière
Il y eut ton visage d'oiseaux au corsage immense des fleuves
La dialectique des sources au boulevard de mes mots
La volonté axiale des vents
La théogonie du granit et du soufre
La solitude du cuivre à la cheville géologique de mers menant à l'élan tout un peuple d'hirondelles
Et depuis toujours mes yeux d'uranium au forage insondé de la paix
Mes yeux fauves de yagé aux prunelles insondables des pluies
Mes yeux d'Agathe et de Lapis-Lazuli courant sous les chaussées étroites des sèves
Mes yeux de recommencements tenaces
Mes yeux de serpent de corail
Mes yeux de basalte nègre debout à la coursive
Sémaphore de hauts récifs de mers
Mes yeux de mains ouvertes à l'arc-en-ciel incréé de la forme
Mes yeux d'apocalypse et de silice aux chars fumants des eaux reconquises
Mes yeux de fax et de pollens sur toutes terrasses de fronts en rosace octogonale d'étoiles
Mes yeux de fougères et de téléphonies
Mes yeux de feux et de missiles nucléaires
Mes yeux de scalps et de lances ouvertes aux fruits clairs des orages
Mes yeux décadenassés plongeant debout à la remontée inusitée de nouvelle Atlantide
Mes yeux
Mes quatre yeux sous l'alcool patrouillant de mes silences
Et sur mon front la liane la tiare
L'ashé cubique de l'Amour
LA FÉE A DIT OUI
Un paquebot de fleuves
Un dragon à ta bouche comme la péniche de la lumière
Une tendresse à la rose trémière de nos fronts
Où se meublent doucement les cases de cuivres et de silences
À la carte blanche de nos lèvres
Voici que je viens debout dans le mitan de ma robe
Les reins ceints de corail et d'hippocampe ( pulsant à la mer
Une caravelle de slave de douceur
Et d'étranges phosphènes )
Voici à la place forte de ta langue le roseau docile du coeur
Le train bleu des nuages
La mazurka le tam-tam la synchronicité impérieuse de la flamme et du mot
La papaye de l'amour
Le chiendent fabuleux du combat
Rien n'est encore perdu femme tenace - arrosoir tournesol dans le courant de ta transe
Femme-chant femme-graine la fée a dit oui à l'aqueduc du savoir
La fée a passé l'échiquier l'Achéron
Le pistil magique de l'Amour
L'EMPIERRÉ DE L'AMOUR
Il parut en ma demeure
Tout rocailleux de sable et de mots
Lui le paysan du verbe à socle de charrue dans le large sillon de sa gueule
Chevillé à la terre
Fixé en pieds de chaudron de millions de tendresses
Tu es le chiendent en robe de sagesse
Viride à la langue dans l'anarchie vigile de sa flamme
Je te salue - Toi l'Ami
L'argotique de fleuve-femme
Toi le maquisard au bûcher pastoral de ses mots
Je t'ai rencontré dans un morceau de matin
Bleu comme le causse de nos coeurs
Et je te sais marin à proue insolente à jamais amarré d'une jubilatoire liberté
TRANSSUBSTANTIATION D'UNE CHARMEUSE DE SERPENTS
à Jenny Alpha
Tu es belle créole
femme-cannelle au-dedans du vertige
femme pluie
femme fougère
femme tectonique dans la course de ses cuivres
où jaillit au diamant le rocher de tes fleuves
Et au matin chenu et viril de mon front
la larme aiguisée du combat
le pulsar de ton sourire
la machette du voyage à travers la marche somptueuse de tes arbres-voyageurs...
Et une fontaine enclose à ton regard comme une large ombrelle d'extase matérielle
Ton oeil
est un phare à la chevelure échassier de cyclones spirales
Ton oeil
lucide comme la trouée vrillée de poutres maîtresses
au soir intime de tes houles
ton oeil sémaphore
ton oeil serpent plongeant d'écumes à la gueule pilote des mers
Et dans le trou noir de ton regard
la conque radiophonique et supraconductrice de la marche des volcans
redressant le mythe perdu de l'amour
Ô poussière d'île à fleuves d'étoiles
richesse d'abondances au madras retourné d'incroyables arbres à pain
Intime
Je t'aime charmeuse-aspic de la flamme
fleuve fût de mon sang
Je t'aime rêveuse Lucie Erzulie
femme première à l'arçon de pierres phalliques
où la suite est à boire à l'hamac double du coeur
Maât
ton épaule comme grenier plasmatique de sagesse
UN NUAGE M'A DIT
Et partout le seigneur comme pointe d'humour
dans la pluie
dans l'arbre
dans le creux de ton épaule comme une fontaine de sagesse
et il y a ton visage
si simple dans la transparence inusitée de pierres-foudres
ton regard de sycomore
ton regard qui pleut
pareil à ces méditants sur les terrasses fertiles de tes lèvres empourprées de pierres et de silices
Mon amour est un accordéon à l'intime silence de ta flamme
mon amour est force totale à l'atome gracile de ta grâce
mon amour de sillon et de pas de saisons
mon amour terrien comme ressac infini de l'enfance
saura dire les mots frais
les mots feuilles
les mots premiers
que nous attendions au début de l'âge d'homme
Je t'aime unité par la foi paradoxale du noir et du blanc
où un jour se lève étonnamment victorieux
OSSANYN
Formant l'intime feuillage des choses
L'ascenseur de tes yeux à l'eau lucide de ma bouche
Et la mort proclamatrice sous le porche immense des mers
Comme la droite courbure révélatrice des fleuves
Comme l'anaconda au fût puissant du regard
Comme le coït extatique des sources à l'estuaire des palmes et des arcs de triomphe
Comme le cannabis lové de la kundalinî aux vulves plasmatiques d'étoiles stellaires
Et tu viendras inattendue parmi les sèves matricielles
Comme la pierre lévitante à la fougère de l'Amour
Tu reviendras comme le pollen inconnu du savoir
Comme l'eau rythmique à la bouche du Ka
Comme la force psychique du python et de la flamme
Comme la déesse des conques puisant de son corps
L'immense corail de ses oeuvres
Métal supramental aux corps tournants de soleils cuivre et or
À la table ouverte de nos fronts confondus
LA FEUILLE, LA FLAMME ET LA FEMME
Un arbre est la beauté totale
Un nuage une parole qui pleut
Et il y a tout un océan au triangle félin de ton visage qui semble boire à reculant à la source avancée de tes yeux
Un torrent de fougères
Un estuaire...
Dans la sagesse primordiale de nos corps mêlés par le pont intime des mers
Voici le temps du baiser au mica de nos fronts
Voici la mine ouverte de grands souffles giratoires à l'insurrection vibrante de la matière
Voici le végétal
le minéral
L'argile rouge de l'amour
La paix décrucifiée au lavoir recueilli de nos fronts
La géographie spacieuse et rotatoire d'un souffle nouveau au faîte de l'architecture puissante des mers
Ô silence !
Aigle blanc
Vienne à mon regard le stellaire tambour
L'appel le rappel
L'émerveillement du souffle et de la grâce
Le soleil originel et supraconscient de nos corps remodelés
Par l'électron nucléaire
Par le flux et le reflux shooté de la lumière dans le ressac insensé de grands tournants galactiques
Femme le temps est là musical à sa source
Comme la radiophonie d'arbres-maîtres au pulsar intime du coeur
Comme le oui et le non dans l'incandescence inextricable du feu et de la flamme
Comme le paon
Comme l'anaconda
Comme le toit crevé du rêve
Où se meut à pas de loup le fiat lux de ton Nom
LE VIRAGE À MIDI DE LA PIERRE ET DE LA LUMIÈRE
Et toute la terre comme une averse de matérialité divine
Et ton visage à l'angle du jour
Et ton sourire de lazulite
Et ton épaule de rivières parmi les palmeraies de biotite et de silice
Et tes poignets si fins dans la gentillesse intime des sables
Et ta chevelure de comète d'extase
Et tes longs bras de fontaine fraternelle
Et ton rire et ton front au faîte des pierres comme le recommencement tenace au forage du toujours
Et au zénith du levant ton espace et ton nom
Le quadrille ascétique de la flamme
Le caillou de la paix
Et ta nudité si studieuse
Aux stations des pollens
précipitera à la terre un nouvel
état d'âges d'hommes
Et tout sera changé
transfiguré par le corps
de la terre
Cellule dans la cellule
Vents ressacs
Cavale d'ordre et de chaos où surgit soudain inattendu l'échassier de la lumière
ZONE FERTILE
De la foudre à tes pieds l'arc-en-ciel de la lumière
La source
Le baiser de la terre où grandit la nullité magique de ce non-savoir
Le pollen du coeur à ton front
La liane axiale du devoir et de la flamme pleuvant dans l'oeuvre du seigneur le secret de l'éther
Et feuille après feuille dans le déluge de l'eau
L'effeuillage intime du dire
La rencontre émerveillée de ton être et du silence où repose dans le sarcophage de la langue
La pièce fondatrice de l'Amour
"Les Venins de la Lumière" ont été publiés par les éditions Hriliu en 1998 e.v.
© Josselyn Valverdy.
M'écrire pour me dire tout le bien que vous pensez de moi