UN BREF HISTORIQUE DE L’O.T.O.

 

 

 

 

I. DE 1895 À NOS JOURS.

 

 

Fais ce que vouldras sera le tout de la Loi.

 

 

            L’O.T.O. fut fondé vers 1895 par Karl Kellner (1850-1905), industriel autrichien. Kellner, maçon de haut grade, pensait avoir découvert le secret de la maçonnerie lors de voyages au Moyen-Orient, imitant en cela les pérégrinations initiatiques de précurseurs célèbres : P. B. Randolph, Christian Rosenkreutz ou les Templiers. L’O.T.O. fut tout d’abord organisé en arrière-loge maçonnique, c’est-à-dire en groupe plus ou moins formel constitué de maçons de haut grade, avec toutefois une particularité notable : il semble être, dès le départ, mixte. Autour de Kellner gravitaient le théosophe Franz Hartmann, John Yarker (dépositaire entre autres ordres de Memphis & Misraïm), et Theodor Reuss (Frater Merlin Peregrinus) qui succèdera à Kellner en 1905. C’est à cette époque que Reuss dévoile la nature sexuelle du secret de l’O.T.O., point sur lequel régnait auparavant la plus grande discrétion. Il accordera des chartes nationales de l’O.T.O. à Rudolf Steiner en 1906 pour l’Autriche, à Papus pour la France en 1908 (lequel mandatera à son tour Reuss pour l’Église Gnostique Catholique), à Spencer Lewis pour les U.S.A., et à Crowley en 1912 pour les îles britanniques (1). Un an plus tard, Crowley rédigera le rituel central de l’E.G.C., aujourd’hui liée à l’O.T.O. : la Messe Gnostique ou Liber XV et, à la demande du Frater Superior Reuss, il révisera les rituels de l’Ordre, les enrichissant de la révélation de 1904 : la loi de Thelema. En 1923, Reuss délègue la totalité de ses pouvoirs à Crowley qui devient O.H.O. (“Outer Head of the Order”), soit Chef Extérieur de l’Ordre, au niveau international.

 

            Les rapports entre Crowley et Spencer Lewis n’étant pas excellents, les occupations et orientations du fondateur de l’A.M.O.R.C. n’étant pas compatibles avec un développement harmonieux de l’Ordre, Charles Stansfeld Jones, alias Frater Achad, fut mandaté pour l’Amérique du Nord et y créera le Camp Agapé. Ce camp se développera et la Loge Agapé, dirigée par W. T. Smith, alias Frater Ramaka, puis par Jack Parsons, assurera la continuité de l’Ordre. Des personnalités comme Phyllis Seckler, alias Soror Meral, représentante de l’A... A... et éditrice de la revue “In The Continuum” (c/o 418 Lodge / P.O. Box 415 / Oroville, CA 95965 / USA) ou Grady McMurtry (1918-1985), futur O.H.O., furent initiées dans cette loge, aujourd’hui Grande Loge et située à New York (O.T.O. / JAF Box 7666 / New York, NY 10016 / USA).

 

            Karl Germer, alias Frater Saturnus (1885-1962), disciple dévoué de Crowley, défendra la Loi de Thelema au sein de l’O.T.O. allemand jusqu’à l’arrivée au pouvoir des nazis. Emprisonné pour ses activités maçonniques et crowleyennes par ces derniers, il émigrera aux Etats-Unis où il consacrera énergie et argent au soutien du Maître Therion (nomen de Crowley au grade de Magus de l’A... A...) ainsi qu’à la publication de ses écrits.

 

            A la mort de Crowley en 1947 lui succédera Frater Saturnus qu’il avait désigné pour successeur. Ce dernier, décédant en 1962, laissera la place vacante et il faudra attendre 1969 pour que Grady McMurtry, Frater Hymaneus Alpha, reprenne les rennes de l’Ordre, comme Crowley le lui avait demandé “en cas d’urgence”. C’est à cette époque que l’O.T.O. recommence à se développer à l’échelon mondial. La régularité de l’autorité de McMurtry sera contestée par plusieurs groupes prétendant pour diverses raisons à l’hégémonie du nom. Un procès en 1985 entre l’O.T.O. (dirigé par McMurtry) et le groupe de Marcello Motta (OTO ou SOTO) établira légalement l’autorité du Caliphe Hymaneus Alpha. À la mort de Grady McMurtry, un nouveau Caliphe est élu O.H.O. qui prendra le nom de Hymaneus Bêta.

 

(1)   L’on notera la présence, parmi les membres de la branche anglaise sous l’autorité de Crowley, du Dr Felkins, ami de Rudolf Steiner et chef du surgeon de la Golden Dawn nommé Stella Matutina.

 

            Bibliographie : “The Equinox”, Vol. III, n° 10 (93 PUBLISHING / JAF Box 7865 / New York, NY 10116-4634 / USA ou WEISER / P.O. Box 612 / York Beach, ME 03910 / USA ).

 

 


 

 

II. L’O.T.O. en France.

 

 

            Il ne semble pas que Papus ait jugé nécessaire l’établissement effectif de l’Ordre en France. Il faut reconnaître qu’il lui aurait été difficile de faire vivre chaque grade de chaque rite dont les noms embellissaient sa signature. Ceux-ci servaient plutôt (ou au moins) à monnayer de nouvelles acquisitions : sa charte de l’O.T.O. n’était-elle pas incluse dans une transaction concernant également l’Église Gnostique Catholique et le Rite Ancien et Primitif de Memphis & Misraïm ? Il ne faudrait pas croire que nous critiquons Papus : ces habitudes sont celles de l’occultisme (certes bien représentées par ce titulaire d’un doctorat en kabbale…) et n’ont que peu à voir avec la réalisation du Grand Œuvre. Quoi qu’il en soit, nous ne connaissons pas de groupes ayant travaillé le rituel de l’O.T.O. et qui seraient issus de cette filiation.

 

De nos jours

 

            En 1982, l’Ordre est dirigé par le Caliphe Hymaneus Alpha. Lola de Wolfe, alors secrétaire générale, entreprend un voyage en Europe qui permettra l’établissement de plusieurs camps en Allemagne, Grande-Bretagne, Norvège et Yougoslavie. En France, Lola initia au degré préliminaire Minerval un membre habitant chez sa mère à Nantes… Celle-ci, n’ayant pas été prévenue, délogera l’intruse. La revue THELEMA (payable à Christian Bouchet) voit le jour à l’automne de cette année.

 

            Deux ans plus tard, le Frater Eos de la région parisienne fait un voyage à Aix-la-Chapelle pour y recevoir l’initiation. Il fonde alors le “Camp des Étoiles”, traduit le “Livre de la Loi” et entame la publication de la revue TAHUTI.

 

            Il semble que l’établissement du “Camp des Etoiles” ait quelque peu nui à la survie d’un groupe répondant aux noms de “Ordre Rénové de la Golden Dawn” ou “Equinoxe” ou encore “O.T.O.”, dirigé par l’auteur anonyme (1) du "Testament Théurgique d’Aleister Crowley", lequel s’est depuis recyclé dans la direction d’une autre obédience…                                       

 

Je fus secrétaire de ce camp jusqu’à la démission de son fondateur (2) en 1989. A la demande de ce dernier, je lui succède alors et réorganise l’association (l’O.T.O. est une association loi 1901) en compagnie notamment de Philippe Pissier, alors animateur, entre autres personnes, du Réseau (informel) 666.        

 

En 1990, le Camp devient Oasis et initie une vingtaine de personnes, dont le responsable du camp Gilles de Rais, rebaptisé Eliphas Lévi, de Nantes.                                     

 

En 1991, Rémi Boyer m’invite à donner une conférence sur Maria de Naglowska et P. B. Randolph pour son Cercle d’Alexandrie, ou son Groupe de Thèbes. Christian Bouchet y représente "l’O.T.O." et "l’A...A..." (ou plutôt "Astrum Argentinum"). A cette époque, Christian Bouchet fait circuler deux brochures de même titre ("Catalogue Général") où il dresse la liste de ses produits photocopiés (tous payables à l’ordre d’ARS, structure associative). Le catalogue consacré à l’ésotérisme propose notamment : les livres de Maria de Naglowska (il s’agit de copies de mes propres rééditions), les "Cahiers de la Macumba" (copie d’une édition effectuée par Philippe en octobre 85), les 25 numéros de THELEMA contenant désormais une certaine proportion d’"emprunts", sans qu’aucune source soit citée, aux documents de l’Ordre ou aux traductions de Philippe et moi-même, sans parler de l’intégrale des numéros de TAHUTI en principe rééditée par l’Oasis… Le second catalogue, sans aucun rapport avec notre propos, est un capharnaüm plus ou moins national-révolutionnaire (3).

 

Christian Bouchet et l’animateur de la réunion (thélémite convaincu de la nécessité de tenir "secret" le Livre de la Loi) seront exclus de l’O.T.O. par le Caliphe Hymaneus Bêta.

 

En 1992, le journaliste Bruno Fouchereau assiste à une réunion du Groupe de Thèbes. S’intéressant à ses aspects "parallèles" (4), il débute une enquête qui sera reprise par Serge Faubert, lequel publiera sa propre version des faits dans "L’Événement du Jeudi" du 4 novembre 1993, version qui devait nuire au rêve du Groupe de Thèbes : instaurer une nouvelle Fédération Universelle des Cercles et Sociétés…

 

Le numéro d’octobre/novembre de la revue "Vouloir" (dirigée par Robert Steuckers) comporte un interview de Philippe (5) relatif à sa traduction alors récente de "Magick" (auquel il est fait allusion de manière tendancieuse dans le n° 33/34 de THELEMA), ainsi que deux commis par Christian Bouchet : l’un portant sur Crowley, l’autre concernant ses activités d’agitateur, activités qu’aucune raison spéciale n’incite à associer à la pensée ou à la praxis thélémites.

 

Parallèlement à cette succession de faits dont la nature bien trop humaine commence peut-être à lasser le lecteur, notre force de travail s’orienta vers la mise en place d’un programme d’édition dont le caractère professionnel n’échappera à personne : en juillet 92 est publiée, aux éditions Blockhaus, la traduction des première et seconde parties de "Magick" ; en novembre 1994 est publié aux Editions Ramuel le "Liber Chanokh" (in "Le Livre du Rassemblement des Forces"), ces mêmes éditions qui accoucheront sous peu du "Yih King & Tao Teh King" (6), ainsi que de diverses autres traductions des travaux du même fameux et maintenant (mieux) connu Maître Therion.

 

Ces publications sont effectuées par des traducteurs et des éditeurs affiliés ou non à l’O.T.O., en synergie avec ce dernier, ainsi qu’en peut témoigner la préface du Caliphe Hymaneus Bêta au "Livre de Thoth" (Editions Urania Verlags).                     

 

En 1995, un nouveau Camp voit le jour à Paris, le Camp "Au Cœur d’IAO-OAI" (7), qui, outre ses nombreux projets éditoriaux, gère le travail de secrétariat relatif aux initiations (180 rue Cardinet / 75017 PARIS).                                    

 

L’un des buts de l’O.T.O. est de préserver et transmettre l’héritage de la Grande Bête 666, lequel commence à être disponible en langue française, en toute fidélité et qualité.

 

Ce résumé de l’O.T.O., bien que très succinct, armera le lecteur (souhaitons-le) de quelques repères dans ce labyrinthe d’éditions tant homonymes qu’anonymes, souvent irrespectueuses de la pensée de l’auteur, qui ont de tout temps contribué à associer obscurité et initiation.

 

 

L’amour est la loi, l’amour sous la volonté.

 

 

LÉON, mai 1995.

 

 

 


 

 

 

            © Matthieu Léon.

 

            Cette texte est paru dans la seconde livraison de la revue "Equinoxe", mai 1995 e.v. ISSN 1261-503 X.

 

 

 


 

 

 

SECONDE PARTIE DE L’ARTICLE :

NOTES DE PHILIPPE PISSIER, MAI 2004

 

 

 

 

(1) Un certain Bernard M., plus connu sous le nom de Bernard F.

 

(2) Frater Eos, à savoir Robert Cousty dont nous ne connaissions évidemment pas, à l’époque, les penchants politiques.

 

(3) C’est l’année où, sidérés, nous découvrons qui est Christian Bouchet.

 

(4) Par aspects "parallèles", il faut entendre connections avec l’extrême-droite européenne et un certain effort belliquo-sectaire made in U.S.A.

 

(5) Bah oui, les gars, j’allais voir ce qui se passait chez l'ennemi…

 

(6) Totalement oublié pourquoi un si beau projet ne vit point le jour.

 

(7) Le Camp en question ne géra rien du tout. Composé d'arrivistes et de déséquilibrés, dont un incestueux notoire, il s’effondra de lui-même dans la honte et le silence.

 

 

 


 

Accueil Sommaire Liens

M'écrire pour me dire tout le bien que vous pensez de moi