PAROLES DE JEAN CARTERET

 

 

 

 

            La tête de la Lune Noire, Lilith, est une rareté agissante et la queue de la Lune Noire, Priape, une surabondance subie. La Lune Noire, ce sera la cime, l’inaccessible. La Lune Noire est une force nulle, mais une vertu agissante : le sceau de l’état, l’as de trèfle, et la plus petite quantité devient la capitale de la qualité. Alors que la Lune Blanche a la vitesse la plus grande, la Lune Noire a une marche lente : la pavane pour une infante défunte. La Lune Noire, c’est le maître, non le chef. On dit aussi la maîtresse du chef...

 

            La Lune Noire est la quintessence du pire, le venin du meilleur, le silence. L’aliénation que provoque la Lune Noire agit par élimination de soi : on est chassé de sa peau, on devient l’autre. La Lune Noire est le refus. Elle aime, elle préfère la raréfaction. Mais elle contient aussi la répétition, elle est “état d’esprit“. Elle fascine, vertige d’aliénation.

 

            La queue de la Lune Noire, Priape, c’est l’abîme vu d’en haut. C’est aussi la surabondance subie : l’avalanche. C’est par elle que le silence de la Lune Noire se dénoue et répand les valeurs du verbe. Profusion de paroles, gaspillage latent du verbe. Les conjonctions de la queue de la Lune Noire avec les planètes sont importantes. Si Priape est en avant de la planète, celle-ci est vécue comme un gouffre, un vertige ; s’il est après la planète, derrière elle, la planète subit l’avalanche... Analogies : Sisyphe, Fidel Castro (il peut parler pendant cinq heures de suite), l’esclave du silence, l’eunuque gardien du sérail.

 

            Autres analogies de la Lune Noire : la licorne court le long des fleuves invisibles car ce qui ne bouge pas dans le réel est terriblement dynamique dans le domaine métaphysique. Le chapeau de l’Astrologue, dont la forme est celle du cône, d’ombre de la terre. La robe des magistrats, qui est en principe droite (opposition : le pantalon, essentiellement le vêtement du cavalier). Le clitoris, la clitoridienne, la femme américaine, la femme sadique, la matière active, les valeurs féminines inverties...

 

            Le monde est lumière qui a besoin de devenir chaleur : cela se fait par l’immaculée conception : Eve (le monde  vivant) permet à Lilith (le monde abstrait) de se dénouer en acceptant la naissance par une fécondation qui ne vient pas de l’homme existant (Adam). Ainsi la conquête de la naissance par le monde se fait par Marie...

 

            Le Soleil est le passage du sujet à l’objet, du subjectif à l’objectif par la raison parce qu’il a une mesure. La Lune est le passage de l’objet au sujet par l’imagination dont l’objet devient flou et le sujet s’inhibe. Le Soleil Noir va du sujet à l’objet par l’imagination, la démesure, la Lune Noire va de l’objet au sujet par la raison, elle fait l’équation et enlève toute espèce d’humilité, d’humanité... et peut faire des partouzes parce qu’il n’y a plus rien d’humain.

 

            Le déterminé par rapport au choix est la Lune par rapport au Soleil. Et ce-qui-nous-concerne est le Soleil Noir qui symbolise la masse et la plénitude, alors que ce-que-nous-concernons est une situation lointaine et apparemment statique par rapport à nous qui est représentée par la Lune Noire, symbole de la cime inaccessible, de l’intégrité.

 

            Les problèmes de la Lune Noire et du Soleil Noir qui sont initialement sur le même plan que le Soleil et la Lune prennent maintenant apparemment le pas. Parce que le Soleil et la Lune sont les luminaires de l’être, c’est-à-dire de la coïncidence. Le Soleil Noir et la Lune Noire sont les luminaires de la distance... La distance, c’est une analogie, une distance de l’être. Ce qui compte aujourd’hui évidemment, c’est qu’en moins de deux on peut voyager et partir à Tokyo, Washington, Pékin... Donc les luminaires de la distance sont les moyens de communication aussi bien sur le plan concret que sur le plan psychique de l’être.

 

 


 

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