MESSES NOIRES

 

par Cicéron

 

Editions Circé

 

[sans lieu ni date d'impression, un in-12° de 96 pp.]

 

 

***

 

1

 

A mon retour de Béziers, cet automne, je trouvai chez moi la carte d'une jeune femme venue en mon absence, et qui s'était informée de la date à laquelle je devais rentrer à Paris.

 

Le nom que portait cette carte n'éveillant en moi aucun souvenir, je pensai :

 

- Quelqu'importun.

 

Et, sans plus accorder d'attention, je jetai la carte au panier.

 

A quelques jours de là, un matin que je travaillais, une visiteuse se fit annoncer : L. D…

 

Je dis qu'on la fît entrer et je vis devant moi une jeune femme au corps mobile et nerveux. Elle me regarda avec hésitation et je crus distinguer dans cette hésitation la surprise de me trouver à peine plus âgé qu'elle.

 

- Je vous demande pardon, monsieur, me dit-elle. Je désirai vous voir…

 

La voyant si émue je devinai qu'elle avait une confession à me faire. Je l'encourageai d'un geste à s'asseoir.

 

- J'ai lu vos livres, cher monsieur, et ma visite s'expliquera quand vous saurez que je suis une de vos ferventes admiratrices. Ce que l'on cherche dans un livre, n'est-ce pas ? c'est soi-même et l'auteur qu'on préfère est celui qui vous parle le plus de vous, dans l'œuvre duquel vous trouvez, avec votre caractère, vos sentiments, vos tristesses. On se dit à chaque page : 'Comme c'est ça!'

 

- Or, monsieur, j'ai éprouvé ce que vous faites éprouver à toutes vos héroïnes. Cela me rapproche de vous, et vous voudrez bien y trouver, je pense, des raisons suffisantes à la confiance et à la sympathie que vous m'inspirez.

 

De là, elle tint à s'étendre longuement, bien que je fisse des efforts pour l'arrêter, sur ce qui lui avait plu dans mes livres.

 

Elle croyait évidemment m'être agréable, ignorant que seul peut être agréable à un auteur la femme introuvable, qui lui dit aimer dans son œuvre exactement les pages qu'il aime lui-même.

 

Quand elle fut au bout de ses compliments, elle me demanda :

 

- Vous avez bien entendu parler, dans les journaux, il y a quelques mois, de ces réunions… interdites ?

 

- De ces messes noires qui…

 

- Oui, monsieur. Eh bien! dans le manuscrit que je vous apporte, il est question de cet office et de moi. Et je voudrais que vous le lisiez. Je l'ai écrit sans souci d'être littéraire. Je n'aurai pas su. Vous n'y trouverez pas de phrases adroites, mais seulement de la sincérité. Lisez-le. J'ai cédé, en l'écrivant, au besoin d'exhaler, de divulguer ce qui était en moi. Voici donc mon manuscrit. Je vous le confie pour le sort qu'il mérite. Je vous demande seulement, si vous jugez à propos de le publier, de changer les noms que, dans mon enthousiasme, j'ai confiés au papier.

 

Je promis à ma visiteuse de lire son récit. Je l'ai lu. Et je l'offre aujourd'hui au public.

 

 

***

 

 

L'héroïne de cet ouvrage est une de ces jeunes femmes qui, continuellement amoureuses ou toujours sur le point de l'être, toujours dans cet état de trouble qui précède, dans l'ordre physique, toute ivresse, se plaisent dans les rêves voluptueux, sans même se rendre compte de leur côté satanique.

 

Une sorte de fièvre, une sensibilité exagérée, un désir de tout habitent cette agréable personne, proie rêvée des mages, des prêtres véritables, gagnés par le culte voué au sexe.

 

Pour des raisons que le lecteur comprendra, nous la nommerons Aurélia.

 

Aurélia est incubiste.

 

Des écrivains dignes de foi, occultistes et historiographes de l'érotisme, reconnaissent 'l'existence' de Démons Incubes et Succubes qui viennent tenailler les sens masculin et féminin, durant leur sommeil.

 

Donc, Aurélia est incubiste. Elle vit en pleine veille, des étreintes, des extases, où le ciel et la terre sont enfin unis par l'amour, et pour elle, ce n'est plus un mystère.

 

On voudrait écrire que magie et superstition sont mortes dans les pays chrétiens et civilisés, depuis l'avènement de l'Encyclopédie.

 

Sorcellerie et magie existent pourtant ; elles se manifestent encore au sein de notre société civilisée. Il faut simplement dire que la magie change de forme. Dans toutes les 'manœuvres' de sorcellerie, dans tous les temps, on retrouve toujours la même haine, la même volonté de nuire. De nos jours, il ne s'agit plus de haine, il s'agit d'amour et généralement d'amour physique. Les mésaventures du mage I…, dont les très récentes messes noires ont défrayé la chronique, sont la preuve que le sexe est l'argument le plus efficace et que les messes qui lui sont consacrées auront toujours de fervents adeptes.

 

 

***

 

 

Messes noires, où les instincts, mis en liberté, prennent leur revanche sur toutes les contraintes religieuses et sociales. On y arrive par la voie des airs, à cheval sur les balais ; le diable, bien sûr, ne s'y montre point ; mais il est présent.

 

De nos jours, le culte du bouc a été aboli, et une splendide femme à laquelle rendent hommage les officiants vaut bien l'agneau mystique.

 

Son urine, précieuse eau lustrale, est pour beaucoup l'ambroisie qui fait naître l'ivresse.

 

La 'glande pinéale', symbole plus efficace, n'est plus le vestige d'un troisième œil, mais l'œil-sexe, figure de proue du plexus sacré que nous adorons à l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale.

 

Sabbat, messe noire, merveilleuse fusion de tout un culte voué au sexe!

 

Messe noire où sont sublimés les gestes sacrés enfin rendus à l'idole amoureuse.

 

 

***

 

 

Messe noire, persistance d'un vieux fond de mystique amoureuse qui remonte aux origines de l'homme et qui s'accroît de dogmes sublimés, provenant des cultes successifs et successivement abandonnés au profit d'une religion parasite : je parle de la religion chrétienne.

 

Le sexe, invocateur, idolâtre, apporte à cette religion même des forces nouvelles, une forme définie et magique.

 

Jusqu'alors, il était difficile de démêler le vrai du faux. L'auteur a réellement assisté à des messes noires et il nous offre la description la plus minutieuse et la plus envoûtante qu'il soit de l'une d'entre elles.

 

Pas une seule ligne ne cède à l'imagination. Tout est vrai : l'envoûtement d'Aurélia dans un jour de Vénus, le plus beau des maléfices, celui qui résume et amplifie tous les autres ; le baptême de la jeune initiée, le pacte, l'office mystique magnifié sur le sexe en délire de notre héroïne ; l'instant merveilleux et qui défie l'imagination du Confarreatio (communion hostie noire) ; le banquet orgiaque où les sexes enfin libérés encensent l'air que l'on y respire.

 

Tout est vrai dans 'La Messe Noire'.

 

Chacun de nous porte en lui le 'besoin magique' et aucun ne pourra douter de ce mélange égal de spiritualité démoniaque et de matérialité sensuelle.

 

Cela lui confère une sorte de langueur ; une langueur qui s'exhale de ses gestes, de ses paroles, de ses silences.

 

On éprouve non seulement de l'affection pour elle, mais aussi de l'intérêt, et même un certain attachement intellectuel, car peu de jeunes femmes lui ressemblent.

 

L'aventure vraie qu'elle nous conte est assez extraordinaire, si extraordinaire même que beaucoup resteront sceptiques. D'autant plus que nous avons décidé, l'auteur et moi, d'adopter un style romancé.

 

L'étiquette roman d'amour est une des formules les plus défavorisées de l'index littéraire. Si l'on essaie de lui restituer un sens, et ceci fait, on s'aperçoit qu'il existe fort peu de romans dont le sexe soit le sujet unique, l'exclusif personnage, l'alpha et l'oméga, dont la volupté soit la racine.

 

 

***

 

 

L'originalité de 'Messe noire' est de ne pas se détourner un instant du culte magnifique voué au sexe ; à ne pas nous entretenir d'autre chose que de culte passionné, à ne sacrifier à nulle complication extérieure qui nous distrairait de cet office dévorant. Nous assistons, nous participons à l'interminable litanie voluptueuse.

 

 

***

 

 

DU DÉSIR A L'AMOUR

 

 

Le sexe féminin, symbole de l'image de la vie éternelle, tel que les anciens Gnostiques l'ont déjà représenté. En effet, chez les Gnostiques, l'on appelait vie éternelle une image représentant un pubis à poils longs.

 

Voici, d'autre part, ce que disait le Zohar :

 

''10. - Or, elle fut conformée et préparée à la ressemblance d'un sexe plein de cristalline rosée.

"12. - Blonds comme des blés gavés de soleil, les poils pendant en équilibre…

"15. - En lui une ouverture d'où s'élance le souffle qui anime tout."

 

Et dans le Séphir Dzinioutha, nous lisons : 'La Barbe de Vérité'.

 

 

***

 

 

L'amour, le désir, se partagent le cœur d'Aurélia. Les cheveux flottant sur ses belles épaules, le corps nu et baigné de langueur ; elle jette dans un psyché, en se haussant sur la pointe des pieds, un regard sur son adorable bas-ventre.

 

Tout est calme, attendri, religieux. Elle remercie, elle ne sait quel Dieu, d'avoir créé l'amour et de lui avoir donné un sexe avide de le goûter.

 

Elle semble se poser cette question :

 

'Voyons, est-ce que je plairais à l'homme, si…?' Et la joliesse de ses formes répond : 'Oui, tu lui plairas'. Et elle est heureuse.

 

Aurélia pense beaucoup à l'autre sexe. A quoi d'autre pourrait-elle penser devant un miroir où se reflète un désirable 'corps à fossettes' ?

 

De là, l'aisance parfaite de ses moindres mouvements.

 

A travers les expressions trop faibles de ma plume, aidé par sa sensibilité, le lecteur pourra-t-il se représenter les charmes de cette fille de feu ?

 

Aurélia a seize ans, le corps tendre et musclé ; elle est grande et belle, les seins hardis, le ventre plein de désir ; elle a cette pâleur qui fait le charme de la beauté ibérique. Ses mouvements, quand elle se déplace, sont lents et ont une précision étrange. Elle a raison : une femme séduit plus par un geste bien fait que par une déplorable habitude à discourir.

 

Elle évolue dans la chambre ; harmonieuse et légère, la croupe fière, avec toute la grâce hautaine de ses petits seins solides et souples.

 

Ses seins… ses seins d'adolescente, aux bourgeons magnifiques ; fraises renversées, dont on n'a pas retiré la fleur. Les mamelons pleins comme des fruits mûrs. - Ils ont la saveur d'une friandise, et donnent des impatiences gourmandes à la bouche.

 

Dans l'instant, ils se dressent sous les amoureuses caresses de ses doigts : 'Ils ne sont pas seulement agréables à regarder, pense-t-elle ; ils sont aussi agréables à titiller.' Et elle apprécie la douce ivresse jusqu'à l'évanouissement…

 

Elle est à la lisière de la lucidité et de la jouissance. Elle sent un désir lui embraser le corps… Sa main, mutine, glisse jusqu'entre ses cuisses ; s'attarde sur la touffe : petite, saillante ; elle tressaille toute, comme si elle venait d'effleurer quelque fleur trop fragile. Son chat, très blond, se partage de chaque côté de la fente, en touffes ondulées ; le poil est tout ensemble soyeux comme le duvet du cygne et dru comme le pubis de la géante dont rêvait Ribaud [pour Rimbaud, mais le poème 'La Géante' est de Baudelaire. - PP]. Légèrement allongé, il a l'expression rêveuse et dominatrice d'un Gréco ; ardent et languide, on le sent d'une belle audace et d'un incurable amour pour la volupté.

 

Aurélia écarte ses cuisses rondes et longues, dévoilant le potelé de la raie des fesses, et un charmant clitoris délié par l'excitant du moment. La fente, bien étalée, est belle : le teint en est changeant. Tantôt ombré, et soudain épanoui par le caprice des doigts, elle semble enflammée.

 

Le ventre projeté en avant, le chat bien offert au miroir, elle admire.

 

Elle admire tout ce qu'elle ne sait pas encore dire, tout ce qu'elle ne peut pas encore exprimer.

 

Elle a déjà, comme la plupart des vierges de son âge, envisagé d'offrir son corps à l'homme ; elle désire être femme… connaître le vrai plaisir.

 

Il faut, pour que le lecteur me comprenne bien, saisir entre les cuisses d'Aurélia, l'impondérable et rendre l'imperceptible. On sent cet état d'âme amoureux, on ne l'écrit pas.

 

On constatera que, chez les amoureux, ce sont les génitales qui possèdent un pouvoir fluidique considérable.

 

D'un gracieux mouvement des fesses, elle se retourne ; les seins font entendre un léger froissement.

 

D'impérieux désirs la contraignent, sans doute, à se réfugier dans la couche virginale.

 

L'aube fraîche et pure nimbe la fraise des seins, effleure le ventre, le clitoris qui, très doux et néanmoins turgescent, exprime avec maturité déjà les timides élans d'une belle fougue amoureuse.

 

Les yeux largement ouverts, émue d'une émotion puissante, Aurélia ressent un vrai visage de jeune fille, pure de toute image imprécise.

 

L'amoureuse crée une ambiance magnétique en se masturbant. Elle obtient ainsi une sensibilité aiguë momentanée qui la met en rapport avec les éléments. Ceux-ci alors ne l'aident plus seulement matériellement, ils lui indiquent, par l'intermédiaire du psychisme, la voie à suivre pour atteindre le but désiré.

 

Jamais elle ne se sent aussi légère ; elle glisse instinctivement un oreiller entre ses cuisses ; son autre main s'écrase contre la pointe durcie d'un sein. Heureuse, elle est pénétrée d'une sensation d'absolue sécurité. Elle pense même avec plaisir que le tableau doit être merveilleux à contempler. Et elle danse, les hanches balancées, les lèvres du conin délicieusement énervées par les dentelles de l'oreiller.

 

Elle a un peu honte, mais elle a vraiment trop envie de faire durer cette bienheureuse légèreté.

 

'Oui, oui… Amour! brûle-moi! Jouir!…Je veux jouir!'

 

La fine toile est brûlante contre son ventre impatient.

 

Avec de longs gémissements et des balbutiements étouffés, elle s'étire, se caresse ; grisée, incapable d'autres mouvements qu'un lent balancement du bassin.

 

Un frémissement intense, presque douloureux, la parcourt. Le progrès du plaisir est lent, mais régulier. Son souffle est devenu plus précipité. Ses jambes enserrent l'oreiller, tandis que ses mains, mécaniquement, volettent sur tout son corps.

 

Le spasme tourbillonnant s'installe en elle, tarde jusqu'à la cruauté. Une liqueur murmurante comme l'eau d'une source, chante entre ses cuisses. Ses lèvres laissent échapper un murmure rauque. Maintenant, elle se tord, comme devenue folle. Elle succombe à l'orgasme avec de grands mouvements de bras, roule dans les draps et reste sur le ventre, accablée, épuisée. Ses lèvres, légèrement relevées, découvrent au cœur de leur ampleur mouvante, un bel anus couleur satinette rose, affamé lui aussi du désir de vivre. Aurélia a seize ans.

 

C'est une artiste, on ne peut en douter. Une amoureuse, nous l'avons très vite appris… Un ange démoniaque rêveur et tendre, nous ne pourrons que l'admettre, car, entre ses cuisses, l'homme allait devenir l'instrument sacré de l'amour, de la poésie et du rêve.

 

 

***

 

 

PREMIERE CRISTALLISATION

 

 

Aurélia sent glisser entre ses cuisses une liqueur tiède et moite. Elle se fond magiquement à l'obscurité. Prête à s'évanouir de joie, le ventre baigné d'une douce langueur, sa tête sur l'oreiller retrouvé s'incline un peu. Et comme ses paupières lourdes se referment, un dernier spasme agite encore son corps ; elle s'endort avec le calme et la sérénité d'un être qui n'ignore pas que sa vie entière niche sous son ventre.

 

Or, voici que sa chambre est moins ténébreuse et qu'un souffle inaccoutumé traverse la pièce.

 

'C'est une opinion très répandue, et confirmée par les témoignages directs ou indirects de personnes absolument dignes de foi, que les sylvains et les faunes, vulgairement appelés Incubes, ont souvent tourmenté les femmes, sollicité et obtenu d'elles le coït.'

 

 

***

 

 

Aurélia s'éveille au son d'une voix extrêmement douce, quelque chose comme une caresse de l'oreille, mais qui cependant lui murmure des paroles distinctes.

 

'Aurélia, Aurélia, ne crains rien ; je ne te veux aucun mal ; bien au contraire… Tu es belle, Aurélia, et je suis épris des beautés du merveilleux petit écrin que tu honorais, tout à l'heure, et mon plus grand désir est de jouir de ses embrasements.'

 

En même temps, elle sent des lèvres brûlantes qui lui butinent la bouche, mais si légèrement, si mollement, qu'elle se croit frôlée par un duvet de la plus extrême finesse :

 

Ne crains rien, poursuit la voix mélodieuse, je t'apporte l'amour!

 

Comment expliquer ce prodige ? Elle se sent attirée par la puissance d'une volonté étrangère et tendrement enlacée par un corps qui se pose sur elle.

 

Pleine d'une sorte de ravissement, une indéniable nonchalance de l'esprit la livre sans résistance à la volupté de l'instant. Jamais encore elle n'a éprouvé ce frémissement obscur, cette sensation de demi-sommeil un peu terrifiant. D'une voix dont elle ne peut réprimer le tremblement, elle murmure :

 

- Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous arrivé jusqu'à moi ?

 

- Je suis celui qui fera de toi une proie heureuse, éperdue et grisée de l'amour!

 

 

Bientôt après, il lui semble qu'une main hardie, qu'elle n'ose toucher, lui caresse le ventre, et elle se sent incapable de résister. Fiévreusement, des doigts écartent les lèvres de sa fente, puis, légers, s'emparent de son clitoris énervé de langueur.

 

Une volupté bien agréable se manifeste en elle et la transporte dans un ravissement de bonheur, qu'elle trahit par de petites exclamations voluptueuses.

 

Elle n'est plus effrayée. Elle a depuis longtemps décidé de se donner. Elle s'allonge, confiante, sur le lit, bien décidée à découvrir la personnalité de ce hardi visiteur. Il faut savoir que, comme beaucoup de ses semblables, elle a souvent imaginé, au cours de ses masturbations passionnées, des abandons imaginaires.

 

Aurélia se sent envahie d'une émotion nouvelle. Des lèvres expertes remontent le long de ses jambes, effleurent son bas-ventre, puis s'élancent jusqu'à sa poitrine ; cruelles, elles butinent un instant, rompent tout à coup la caresse pour revenir, plus vives, plonger entre ses cuisses.

 

Et elle désire que la pénétration soit plus profonde. Les yeux clos, elle savoure lentement le trouble poignant de sa première étreinte.

 

- Je veux te voir, balbutie-t-elle, qui es-tu ?

 

Et l'incube lui apparaît.

 

Les femmes sont en répulsion avec les entités de Jésirah ; elles ne s'élèvent point dans l'échelle intellectuelle. Mais grâce aux élémentas d'Asiah, elles se procurent les joies de la terre.

 

L'homme entre plus facilement en relation avec les entités de Jésirah. Selon les tempéraments mentaux, la puissance représentative des images visuelles varie. Les images peuvent n'être que de simples représentations subjectives comme dans l'exercice normal de la pensée. Dans la grande majorité des cas, elles prennent force, de sensation actuelle elles sont objectivées, hallucinantes, les sujets CROIENT VOIR.

 

 

***

 

 

Elle a pour l'apparition un regard où s'éveille la curiosité. Les fesses crispées dans les draps, les cuisses frémissantes, elle se grise des formes merveilleuses du mâle offert. Et, ce qu'elle découvre dans l'homme, ce sont uniquement les signes de sa vigueur souple et harmonieuse, non pas l'effroi, mais l'assurance d'une force douce et bonne : une poitrine musclée, des mains puissantes et adroites, l'épaisseur redoutable des cuisses et du dos. Et c'est surtout ce sexe en érection qui la fascine. Délicat et fort, il est plus beau encore qu'elle ne l'a imaginé. Elle a envie de le caresser de la main, et plus encore, pense-t-elle, le dos parcouru d'un frisson, de le presser contre le creux de son ventre, là où sa peau est plus réceptive et plus émotive qu'ailleurs.

 

Une légère odeur de menthe entre en elle. C'est l'odeur d'Asmodi, foyer central de lumière, de chaleur : le tout qui symbolise la puissance divine du sexe roi.

 

D'agréables frissons la parcourent au creux de l'aine :

 

'Aurélia, Aurélia, dit la voix enjôleuse, aimes-tu cette fleur plus que tout au monde ?'

 

- Cher ange de la nuit, depuis que je suis petite fille, non seulement je rêve de la connaître, non seulement je rêve d'adorer ses multiples beautés, mais je l'envie, ah! combien, parce qu'elle est pour moi l'amour suprême… elle est l'homme!'

 

- Je suis tous les hommes, et à mes yeux tu es la femme.

 

Elle trouve la force d'entr'ouvrir les paupières et rencontre de nouveau le regard d'Asmodi qui erre sur elle à loisir, la fouaille intimement, avec une lenteur impitoyable. Elle se sent alors nue et pudique, crispe ses cuisses l'une contre l'autre, masque son pubis d'une main tremblante.

 

Avec une force douce, il l'oblige à écarter plus encore les jambes.

 

Aurélia ferme alors les yeux. Soumise, elle relève les fesses, appuie sa fente contre le glaive, le saisit à pleines lèvres, en imprimant à son ventre des mouvements de vrilles, elle l'énerve tout en l'appelant à petits mots tendres.

 

(On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicitées au coït par le démon incube, et qui, si elles répugnent d'abord à sauter le pas, se laissent bientôt fléchir par ses prières, ses larmes, ses caresses ; c'est un amoureux fou : il faut lui céder).

 

Enivrante d'abord, l'attente devient insupportable ; elle mollit maintenant du désir d'être possédée.

 

- Je veux être l'élue de tes ardeurs, petit sceptre adoré… Que tu es douce à mon cœur. Je ne me lasserai pas de t'aimer… Envole-toi sur le beau tapis de mon ventre…

 

L'incantation se mue en un râle immense quand la verge s'enfonce en elle.

 

- Amour, Amour, tu me donnes les ailes de l'amour!… bégaye-t-elle.

 

L'impatience d'être pénétrée lui broie le cœur. Haletante, bredouillant des mots confus, ses bras se nouent sur les fesses de l'homme et l'attirent encore contre elle.

 

Elle repousse et attire en même temps, toute à la douceur de connaître la pine. Etourdie, elle se sent à la fois tout et rien. Elle flotte, voluptueusement bercée par les élans souples et caressants du sexe qui la pénètre.

 

Puis, ses fesses dansent de droite à gauche ; et le ventre en avant, le chat tendu, gonflé de plaisir, elle jouit, sombre dans un abîme de volupté qui se creuse un peu plus à chaque élan du glaive… Ses plaintes s'accentuent. Soudain, tout son corps tressaille, et elle fond… fond, doucement : une chaleur lui envahit la raie des fesses. Ses cuisses se crispent inconsciemment. Elle aperçoit tout près d'elle des yeux immenses où tout est reflété ; et elle se penche vers l'abîme de ce visage qui appelle l'abîme du sien. Elle étreint les hanches de son partenaire avec emportement, comme un bien promis et enfin gagné.

 

- Aime-moi bien fort, gémit-elle. Aime-moi partout. Donne-moi des frissons dans les fesses, dans les seins, dans la fente, partout où tu penses que ça me fera du bien!'

 

Des ronds de feu éclatent dans sa tête. Une langue vive caresse la sienne. Un son ivre sort de sa gorge, un cri long et modulé, tantôt en roucoulement de colombe, tantôt en hurlement de bonheur. Le spasme victorieux inonde son ventre. Elle se laisse tomber dans les draps et ce n'est plus pour elle qu'un tourbillon voluptueux. Il lui semble que ce tourbillon-là la saisit, l'enveloppe, la déchire, la répand en poussière à travers l'espace…

 

Elle reste longtemps ainsi, palpitante, haletante. Elle ne voit plus, n'entend plus rien. Enfin, peu à peu, le calme revient en elle. Elle reprend conscience. Elle regarde. Il est toujours là, penché sur elle, avec la même expression de joie. Ah! il mérite bien l'aveu qu'elle lui murmure encore d'une voix brisée :

 

- Je t'aime, je t'aime… et je te donne mon âme!

 

 

***

 

 

Elle s'éveille. Sa pensée est lucide, active, son corps dispos et alerte. Elle regarde autour d'elle, repose sa joue sur l'oreiller, ferme les yeux. Mais elle ne se rendort pas. Rêve ou réalité. Et pourtant, elle se souvient avec précision. Elle ne rêve pas, mais les lois du réel sont suspendues pour elle : le passé devient actuel, l'absent reste présent.

 

Elle agite la tête, repousse le souvenir qui l'engourdit. Mais l'apparition se renouvelle, s'évanouit, revient encore. Elle ouvre les yeux et se surprend encore en contemplation de son corps, la langue sèche, les yeux grands ouverts sur son sexe. C'était bien autre chose que de la mélancolie. Enfin, elle se lève.

 

Un beau soleil éclaire la chambre, et pendant quelques instants, le bonheur de vivre lui adoucit l'émotion du souvenir. Et rieuse, elle se caresse amoureusement les seins. Elle se sent en fait le corps brisé par une agréable fatigue, comme si le poids de ses membres augmentait sans cesse et qu'elle fût incapable de le supporter.

 

Elle se souvient du plaisir aigu, inconnu et révélateur qui l'avait visité. Alors, une langueur lui envahit l'entre-cuisses. Une foule d'images sensuelles s'emparent à nouveau d'elle… Avec une tendresse infinie, ses doigts lui rappellent les savantes caresses de l'incube. Comment lui en vouloir de cet innocent subterfuge ?

 

En dépit du naufrage délicieux, elle a retenu et cristallisé avec une exceptionnelle et hallucinante netteté le visage de l'incube, tel qu'il lui est apparu aux moments suprêmes : tout transfiguré.

 

Elle revoit les yeux ardents, les narines palpitantes et la bouche qui lui a insufflé elle ne sait quel feu cruel et doux à la fois, et qui l'a brisée de langueur et d'amour. Par-delà l'absence, il la tient encore prisonnière, l'immobilise entre ses bras, pose sur son ventre les mêmes lèvres affolantes, garde toujours sur elle la douce et changeante emprise de son corps mobile et puissant.

 

Elle sommeille, anxieuse de voir arriver l'heure où le soleil se lève, impatiente de vivre la rencontre que lui a promis son étrange amoureux.

 

Le cœur lui bat, son corps est dévoré d'une fièvre inconnue et elle compte les secondes ; pense qu'elles s'écoulent, paresseuses et lentes.

 

Et elle vit encore les moments intenses où dans les bras de l'homme, elle a goûté au filtre révélateur ; puis elle s'endort, pâmée, joyeusement ouverte à toutes les joies.

 

Ah! de tels instants ne devraient se terminer jamais. Dans le sommeil auquel maintenant elle succombe, elle murmure que cette nuit fut divine.

 

 

***

 

 

En passant devant la glace qui l'a, hier au soir encore, contemplée jeune fille, Aurélia s'y regarde avec complaisance.

 

Son chat transparaît sous le léger voile des dentelles d'une adorable culotte bleu tendre, et la raie, encadrée par l'abondante touffe brillante, exprime la soif de vivre.

 

'Mon chaton semble annoncer une éclosion et je la sens aussi au fond de mon cœur' pense-t-elle.

 

Elle s'enorgueillit de se savoir belle.

 

Les narines frémissantes, la bouche avivée par une légère morsure des dents appellent le baiser et, dans ses yeux largement fendus, viennent se refléter les caprices d'une âme mobile et qui se cherche.

 

'Je suis en beauté, ce matin. Ce serait vraiment dommage que ce merveilleux visiteur ne revînt pas…'

 

Mais, écartant la pensée qui la hante malgré elle, la chassant même d'un geste mutin des fesses, elle se décida à sortir, et à flâner comme l'incube le lui avait demandé.

 

Ce n'est pas là nier le libre arbitre, c'est uniquement reconnaître l'existence d'êtres supérieurs, capables de diriger nos actes et de faciliter la réalisation de nos désirs.

 

En réalité, 'ils' ne nous aident que suivant nos désirs et dans la limite permise par le magnétisme universel.

 

 

***

 

 

Dans la matinée, elle sortit de chez elle, ondulée et poncée, le corps prêt pour le plaisir. Elle marche d'un pas tranquille, convaincue qu'elle agit non en égarée, mais suivant un dessein réfléchi. Elle se sentait belle et agile, toute désarmée contre le sentiment de mysticisme où nous ramène sans cesse le grand amour.

 

 

***

 

 

C'est le printemps. L'air est doux. Les hommes sont beaux. C'est pour Aurélia les plus jolies minutes de l'année, le court petit instant où elle a la sensation que tout va changer, et que c'en est fini des heures d'attente, de cette odieuse monotonie, de ces mêmes plaisirs, de ce par quoi, enfin, aujourd'hui ressemble à hier.

 

Tout fleurit, la nature comme son cœur de femme.

 

'Que va-t-il m'arriver ?' pense-t-elle.

 

'Quelle rencontre vais-je faire ? Quelles sensations amoureuses vais-je vivre ? D'où jaillira l'imprévu, l'événement, le plaisir que j'attends et qui doit renouveler ma vie ?'

 

C'est l'heure où l'amour se transforme à chaque coin de rue, où les lèvres reflètent l'éternel sourire engageant de l'amoureuse et où, dans les yeux, luisent des promesses ; l'heure où les ventres aguichants avec leurs froissements de jupes sollicitent les appétits du mâle.

 

L'homme prend alors plaisir à découvrir les corps, à voir étinceler des yeux sur son bas-ventre qui bombe, enflammés par les palpitations amoureuses des braguettes effrontées.

 

Il se grise, contemplatif, admirant les raideurs mutines des seins ; et chacun des battements de son cœur se ralentit au passage des croupes solliciteuses. Et les femmes, langue prometteuse aux commissures des lèvres, communiquent une moiteur inéluctable au sexe d'Ulysse.

 

Et sa poésie donne cœur à ses désirs ; il sent au creux de ses cuisses la chaleur enivrante de ses testicules ; contre son ventre, les frôlements de sa verge en érection, et mêlée à la sienne, la langue amoureuse de la femelle idéale.

 

Ulysse n'a aucun but précis en se promenant, que le précieux désir de rencontrer le sexe ami.

 

Joyeux, ce matin-là, il lui semble que Paris ne lui offre que du paradisiaque, du voluptueux. Et il lui vient l'ambitieuse pensée qu'il sera un jour merveilleux.

 

Le soleil brille haut dans le ciel. Ulysse sacrifie au désir.

 

Une femme passe et le prend. Jamais il ne s'est représenté ses traits avant de la connaître. Il ignore quel geste, quel regard elle a dans l'étreinte, quelle forme de corps, de bas-ventre va saisir son impatience. Mais déjà l'univers de ses rêves tient en elle.

 

Il est évident que pour des œuvres spirituelles, il est nécessaire de se mettre en rapport avec les entités supérieures déjà évoluées, c'est-à-dire avec, d'après la Kabbale, le monde de Jésirah. Or, d'après le pentacle de Salomon, ce monde appartient à la polarité attractive : Ulysse, d'un tempérament sanguin et flegmatique, possède donc le haut degré de polarité positive nécessaire pour être en communication avec la mélancolie attractive d'Aurélia.

 

Tel est l'amour pour Ulysse. Tel est du moins celui qu'il conçoit, avec son mystère et ses indéfinissables causes. Ce dont il est certain, c'est que la femme qu'il possède ne sera pas une simple forme, un bel objet, une jolie bête. Il est alors heureux de savoir que même si elle ne l'aime pas, elle lui aura comme une gratitude de ce qu'il lui aura apporté de sincère.

 

Chaque événement, chaque joie et chaque exaspération des sens résonnent en lui, se traduisent dans sa tête par des chants mystérieux intérieurs, par l'amour aussi de ces sentimentalités auxquelles s'accroche l'idéal des voluptueux.

 

Ulysse a du reste une de ces âmes de tendresse où se masse toute la sensibilité cachée des intellectuels.

 

Ulysse est rêveur, très doux, délicat d'instinct. Il possède, du reste, au plus haut point, cette sincérité de tendresse qui émeut les femmes.

 

 

***

 

 

La rue est ensoleillée. Comme il monte au hasard, vers Montmartre, en flânant, il aperçoit Aurélia… Alors, il la regarde : elle a, pour lui, quelque chose d'original dans la démarche, et voici qu'avec sa taille cambrée, son pas souple, l'élégance de ses gestes, elle le force à ralentir le pas.

 

Il distingue, à des nuances indéfinissables, qu'elle est femme et encore sincère en amour. Il a l'intuition que c'est une jeune femme propre, il entend par-là qu'elle a une âme encore vierge. Cela tient-il à ses yeux admirables ? Il ne la connaît pas, mais la possède déjà. Elle l'intéresse. Il se dit : 'Je vais l'observer… ça m'amusera!' Il succombe avec bonheur au plaisir de découvrir, de pénétrer l'inconnu.

 

Elle est charmante et rare. Il revoit ses yeux, la coupe prometteuse des fesses qui remuent sous le fin tissu de la robe. Mais son âme n'est pas encore assez malléable pour pouvoir être façonnée instantanément à l'image d'une conversation.

 

Ulysse prend le temps de l'acclimater, de la mettre en accord avec l'instant.

 

Et il est amoureux, c'est vrai, ou sur le point de l'être. Il est dans cet état de trouble qui précède, dans l'ordre physique, toutes les phases de l'amour. C'est une sorte de fièvre, une sensibilité exaspérée, le désir de tout.

 

Pour Aurélia, c'est tout différent. Les oiseaux chantent dans l'air, mais les plus merveilleux sont ceux qu'elle sent sous les braguettes. Ce qui a pour effet d'alimenter la flamme ardente de son désir de faire l'amour. Elle aimerait les mettre tous ensemble dans la grande cage de son ventre, et leur donner à tous du plaisir. Elle sent le besoin de se mêler à la foule des hommes ; elle s'y précipite, heureuse, toute emplie de claires pensées. Elle ressent alors cette merveilleuse angoisse qui la saisit chaque fois qu'il y a beaucoup d'hommes autour d'elle. 'Amour, que n'ai-je une chatte assez grande pour les accueillir toutes qui m'assourdissent de plaisir', pense-t-elle.

 

Ce jour-là, l'Amour l'exauce : un homme lui regarde les fesses!

 

Le rôle du plexus - comme nous l'avons dit - ce sont des parties du corps humain qui attirent ou projettent le fluide.

 

D'après la théorie hindoue, qui est d'ailleurs aussi celle des magiciens, les plexus sont au nombre de sept : Plexus Solaire, plexus cardiaque, plexus prostatique, plexus pharyngique, plexus glande pinéale, plexus caverneux, plexus sacré.

 

Il est évident que le jeu normal de ces plexus est gêné par le port des vêtements.

 

Le plexus sacré - à l'extrémité de la colonne vertébrale - favorise l'extase et l'attraction.

 

Pour entretenir l'élasticité et la vigueur de ces différents plexus, l'amoureux(se) se livre à toute une gymnastique voluptueuse que nous livrons ici.

 

Le regard de l'homme est aimable et doux, si doux qu'il la traverse et qu'elle se sent le ventre léger, plus léger que l'air.

 

Elle n'est plus seule.

 

Elle feint de ne pas regarder Ulysse, mais l'entrevoit beau et jeune et ressemblant étrangement à son étrange visiteur de la nuit dernière. Elle lui imagine une fleur 'dolente' : il porte un pantalon noir ; et elle est attendrie, une telle mélancolie flotte tout autour!

 

A un moment, il se retourne : il a des petites fesses d'acier, mais pour elle, seule la braguette continue de rayonner. Ce n'est plus une braguette, mais sa braguette : un astre ? quel glaive la traverse ? Il ne peut être que terrible.

 

Ah! une intruse passe entre eux et enlève à Aurélia la vue de tout : c'est l'obscurité profonde, la nuit ; puis, de nouveau, la lumière, l'obscurité se dissipe et elle rencontre le regard du mâle.

 

Leurs yeux s'effleurent, se saisissent, se pénètrent. Alors, il n'y eut plus de doute, elle reconnut le mystérieux, le nocturne amant.

 

Bouleversée, heureuse, désespérée, elle entend un chant dans l'air.

 

- Puis-je me permettre, sans vous importuner, mademoiselle, de vous tenir compagnie quelques instants…

 

Le plexus caverneux intéresse l'ouïe et la voix.

 

Refuser, l'idée ne lui en vient même pas. Mais elle désire rester silencieuse, pour, en femme, savourer le plus longtemps possible le plaisir 'd'attiser', de voir monter en lui le désir qui fait briller ses yeux et vibrer sa voix.

 

Aurélia, par son psychisme, est capable de percevoir la moindre des pensées qui flotte dans l'éther et sait ainsi se composer l'attitude voulue.

 

- En me promenant ce matin, poursuit Ulysse, je n'avais aucune envie de causer avec qui que ce soit… mais dès que je vous ai vue, quelque chose en vous m'a tout de suite attiré.

 

Le plexus prostatique agit sur l'odorat et la sexualité.

 

'Quelque chose que je n'ai encore rencontré chez aucune jeune fille… Soyez gentille ; permettez-moi de vous tenir compagnie quelques instants!'

 

Subitement, comme si la curiosité venait de réveiller son 'quelque chose', Aurélia se sentit prise de l'irrésistible envie de le lui confier ; ce 'quelque chose' était déjà baigné d'une bien belle allégresse. Elle se sentit bonne.

 

- Je ne vois pas, cher monsieur, ce en quoi je puis être si différente des autres femmes… dit-elle faiblement et avec une petite expression d'effroi, bien faite pour encourager un mâle déjà plein de bonne volonté.

 

- Je ne sais quelle sorte de fraîcheur et d'harmonie se dégage de votre personne, de vos gestes. J'aime aussi vos yeux pétillants et malicieux, votre bouche un peu charnue, mutine, turgescente et qui semble appeler, avec une impatience enfantine, les baisers. Mais, ce que l'on apprécie d'abord, c'est surtout votre teint de jeune fille, qui éblouit, attendrit… le teint d'une peau vivante que l'on devine prête à entrer en pâmoison - une peau toute de séduction qui connaît l'amour.

 

Maintenant, tout en répondant aux propos un peu moins fades peut-être que tous ceux qu'elle avait eu à supporter de ses nombreux admirateurs, Aurélia est intimement satisfaite de se sentir désirée. Il y a maintenant une espèce de malice provocante dans son regard, un inconscient frémissement dans sa bouche arrondie et menue.

 

Elle n'eût pu faire autrement. Imprudente et amoureuse, baignée de désir, elle n'est point maîtresse des expressions de son visage que la nature a voué à semer le trouble dans les cœurs.

 

- Je n'ai fait l'amour qu'une seule fois, monsieur. Je crois que je m'y suis risquée, uniquement parce que mes parents me l'avaient défendu, tout en insinuant perfidement que leur défense était superflue, vu que la crainte du péché suffirait à m'interdire un… pareil bonheur. J'ai fait l'amour toute une nuit, et quoique j'ai ressenti un certain malaise, mon bonheur a été grand. Je voudrais bien recommencer.

 

En fixant les yeux sur Ulysse, dont la tête était déjà moins distante, elle le vit nimbé d'espérance.

 

Un tel laisser-aller de la part d'Aurélia peut étonner le lecteur. Pleine d'audace dans la conversation et le flirt, excellant à riposter aux flèches galantes qu'on lui décoche et possédant la science innée de se dérober et de s'offrir tour à tour, elle est, au fond, une timide. Elle demeure sans force devant les gestes résolus, les tentatives matérielles. Et Ulysse est beau. Il y a surtout en lui un mélange singulier de timidité nerveuse et d'énergique douceur, et ce mélange s'affirme dans ses grands yeux indolents, caressants, où, néanmoins, passent, de temps à autre, des flammes rapides, magnétiques.

 

- J'espère, monsieur, que ma sincérité, ma franchise, ne vous ont pas choqué.

 

- J'apprécie trop la sincérité et la spontanéité pour être offusqué, mademoiselle. J'ai moi-même obéi à mon premier mouvement. J'ai cédé à l'élan de mon cœur, oubliant l'hypocrisie sociale, les battages de la pudeur, les simagrées matoises, tout le mandarisme mondain. Aussi je suis très heureux de votre confiance.

 

Il la suit, manifestement inspiré par sa démarche de femelle, par le sensuel mouvement berceur de sa taille flexible. Se sachant harmonieuse, Aurélia avance mollement, tel un roseau sous le vent, déployant intelligemment les grâces félines de son corps.

 

- Une femme laide vous laisse muet, poursuit Ulysse, devant une jolie femme, on peut encore se contenir. Mais lorsqu'on se trouve en présence de celle dont on rêve sans trop y croire, tout change. On donne une chiquenaude aux convenances, on envoie promener la société, ses inventions, ses chinoiseries. On s'agenouille, on adore, on prie - avec les mains, les lèvres, le sexe - éperdument, absolument…

 

Une lueur d'intérêt brilla dans les yeux d'Aurélia.

 

- On a rarement les hommes que l'on veut, aujourd'hui, cher monsieur. Je vous ai rencontré, vous m'avez parlé, et la vie me semble avoir changé, minauda-t-elle, habile aux artifices, excellant aux roueries féminines et trouvant instinctivement et du premier coup les paroles et les gestes qui attirent, retiennent et troublent.

 

La coquetterie, chez elle, est une invention perpétuelle, provenant d'une inspiration inconsciente - je l'ai dit, dans le fond, Aurélia est pure, rêveuse et tendre. - C'est sans le vouloir, sans y penser, qu'elle prend des attitudes nonchalantes et abandonnées et que ses yeux promettent des ivresses infinies. Le moindre sourire est accompagné, chez elle, d'une palpitation avide des narines, et la plus simple phrase sort de ses lèvres avec les intonations caressantes que la voix prend lorsqu'elle balbutie l'amour.

 

- Nous n'allons pas errer comme cela. Le mieux et le plus sage, c'est de nous réfugier chez moi. - Prenons un taxi!… Voulez-vous ?

 

Et, sans attendre l'approbation d'Aurélia, il héla un taxi qui passe à vide.

 

- Où voulez-vous que nous allions ? objecta-t-elle. Car elle appartient à la catégorie de ces êtres délicats, mais réfléchis, chez lesquels n'intervient pas l'hésitation - la vraie.

 

- Est-ce que je sais ? Devant nous… au hasard des rues.

 

- Ce n'est pas prudent, cher monsieur.

 

- Je vous en supplie, ne soyez pas un refus vivant! Y a-t-il un moyen plus sûr d'être ensemble tout en nous dérobant aux regards intrus, que ce moyen ?

 

Ulysse est touchant avec sa voix câline, pleine de désirs contenus.

 

Souriante, Aurélia monte dans le taxi.

 

 

***

 

 

Une sorte de pulsation enfiévrée charrie, puis immobilise par intermédiaire les automobiles. Elles se remettent toutes en marche, dans une confusion essoufflée, dans un battement d'êtres d'acier qui leur est voluptueux. Des deux côtés de la chaussée, la foule noire, inapaisable, essaie de trouver l'amour.

 

 

***

 

 

Le taxi sort du Bois de Boulogne, passe le pont de Saint-Cloud et remonte les coteaux.

 

Le léger froid propre aux heures du crépuscule, le bruit survenant puis s'éteignant, d'autres véhicules les croisant et les lumières des vitrines qui balayent subitement l'intérieur du taxi de clartés aussitôt disparues, sont les seules sensations qui parviennent jusqu'à Aurélia.

 

Car, peu à peu, les paroles d'amour qui vibrent, sincères, à son oreille et ce corps vigoureux qu'elle sent impatient et frémissant à son côté, lui donnent une fièvre artificielle, une étrange ivresse.

 

Elle est consciente que son propre cœur bat frénétiquement, que ses joues sont rouges. Et soudain elle a conscience de la douce chaleur que la main d'Ulysse communiquait à son entre-cuisses.

 

Quelque chose de charnel l'entreprend, la gagne. Et la disparition nonchalante dans laquelle elle se trouve, les furtives caresses, puis le verbe d'amour exprimé, le pénétrant langage passionné de son compagnon, créent en elle un état exceptionnel, éveillent, vivifient, exaspèrent sa sensibilité.

 

Comme Ulysse se tait maintenant, c'est elle qui lui étreint le sexe. Dans un élan spontané, lui versant la flamme de ses pupilles azurées et traversées comme une pluie d'or, elle lui murmure :

 

- Je t'aime.

 

Elle ne regrette pas cet aveu, jailli du fond de son cœur. Car elle sent déjà les mains d'Ulysse s'enfiévrer comme si elles voulaient mouler son bas-ventre et en retenir à jamais l'empreinte. La voiture roule, rapide. Et elle se berce du ronflement doux et continu du moteur qui semble refouler l'espace dans le temps.

 

Aurélia esquisse un dernier mouvement d'abandon et écarte les cuisses.

 

- Caresse-moi!

 

Elle goûte pleinement la débordante impétuosité de l'homme. Des lèvres s'emparent de sa bouche, l'aspirent, s'y acharnent.

 

Et Aurélia éprouve un vertige nouveau.

 

Elle souffle un peu. Ulysse se redresse et plonge entre ses jambes et baise la culotte à pleine bouche, sous le ventre.

 

La glande pinéale - vestige d'un troisième œil - dirige le goût et tout ce qui a trait à la bouche.

 

- Oui, oui… Amour! Aime-moi!

 

La langue d'Ulysse butine le long de ses cuisses, marque un cruel temps d'arrêt au pli de l'aine, puis s'élance au cœur de la raie. Impudique, elle joue avec le clitoris frétillant de volupté exaspérée.

 

Comme pour fuir une tentation, elle monte jusqu'au nombril et s'y attarde, butineuse. Rompant l'enivrante ivresse, plus vive, plus aérienne encore, elle effleure à nouveau le conin noyé de liqueur parfumée, et se met à frétiller au cœur de la vulve brûlante de désir.

 

Des frissons parcourent le ventre d'Aurélia. Un long frémissement naît de son chat, qui s'irradie rapidement sur tout son corps. Elle glisse sur la banquette, bien offerte aux pénétrations de la langue, et, soudain, l'envahissement d'une douce anxiété lui apprend qu'elle va succomber à la jouissance.

 

- Non, non, je t'en supplie… Pas encore…

 

De brusques élans des fesses la poussent contre l'infatigable bouche. Elle s'ouvre toute entière avec l'ingénuité si agréable d'une femme en proie à la jouissance.

 

Elle crie, durant les minutes ardentes, l'ivresse qu'Ulysse lui donne à coups de lèvres, ou alors le trouble l'empêche de sentir autre chose qu'une délicieuse détresse, une ondée qui annonce une félicité obscure, indécise, inconnue. Elle soupire à voix basse la plainte heureuse de l'orgasme.

 

Une vague de douceur la brise, l'anéantit, et elle s'abandonne aux baisers, heureuse ; momentanément reposée. Elle se croit à l'entrée d'une route infinie et ensoleillée.

 

A ses pieds, Ulysse la regarde, ravi et la caressant encore.

 

- Tu es à moi, n'est-ce pas!

 

Aurélia ne répond pas ; mais elle se serre contre lui avec abandon. Ulysse comprend qu'elle capitule sans révolte.

 

Elle accueille favorablement le moment présent et rien en elle ne peut lui être hostile.

 

Ensuite, elle dit :

 

- Où allons-nous ?

 

Il sonde longtemps le paysage, à travers la vitre, et réplique :

 

- Nous sommes derrière Montmartre ; nous allons chez moi.

 

 

***

 

 

Après quoi, passant immédiatement à un autre ordre d'idées :

 

- Vous m'avez affreusement chiffonnée!

 

Il abaisse la vitre de devant, parle au chauffeur, lui donne son adresse, puis se blottit de nouveau contre elle, rayonnant.

 

Il lui balbutie de nouveau à l'oreille, parmi un frôlement de baisers, combien il est ébloui et quelle ivresse elle peut lui donner.

 

- Laisse-moi te guider! Je caresserai chaque veine de ton corps ; je promènerai mes lèvres sur toute ta peau, afin de pouvoir me lier avec ta chair toute entière.

 

Aurélia, de plus en plus, se sent gagnée par la contagion de ce désir amoureux. Ulysse éveille maintenant en son esprit une idée de force mâle si voluptueuse, toute nouvelle pour elle. Ses membres souples, sa bouche veloutée, vive et douce à la fois, dominent ses impressions. Des promesses sensuelles se rêvent en elle, la troublent indiciblement.

 

- Aime-moi encore avec la bouche, souffle-t-elle.

 

Elle désire éprouver encore le vrai plaisir âpre d'intensité insoupçonnée, fait tour à tour de douceur et de violence, d'être la proie soumise d'une bouche experte.

 

Lorsqu'elle se sent de nouveau pénétrée par la langue fouilleuse et magnétique, qui suscite des frissons le long de son corps, elle tend le ventre, glisse ses doigts, étale son clitoris aux caresses, dans un égarement qui l'étonne elle-même.

 

Et cette fois, elle crie violemment son ivresse, se libérant de toute réserve, oubliant toute retenue.

 

Et, pour la première fois, elle n'est plus passive : elle enlace de ses cuisses frémissantes le visage d'Ulysse, le serre fortement contre son ventre, comme pour lutter avec lui. Les succions la brûlent, les lèvres enflammées pétrissent ses chairs. Elle n'est plus seulement un sexe suppliant, mais une femme qui mate la bouche et la manie à son gré, à sa joie et son bonheur, sans même qu'elle en ait conscience, elle se penche et ses mains s'enhardissent et libèrent le sexe douloureusement bandé de son bienfaiteur…

 

Et voilà que, soudain, dans cet étroit véhicule, des dons, jusque-là stériles, s'épanouissent impérieusement.

 

Haletante, angoissée, elle goûte avidement au miel nouveau, à la liqueur âpre et forte de la verge, elle s'initie naturellement au plaisir du soixante-neuf, qui fait que deux corps étrangers l'un à l'autre s'appareillent et se complètent jusqu'aux limites du parfait. Sa bouche répond maintenant à celle de son compagnon, va irrésistiblement à la source du plaisir, et ses lèvres se baignent voluptueusement du sperme libéré.

 

Longtemps, ils restent dans l'éden où la mort ne se distingue pas de la vie et où se fondent toutes les forces charnelles.

 

Nous voyons que les plexus jouent le rôle de conducteur de fluide, ce fluide arrivant à un certain degré d'abondance, il se produit comme une pression qui entraîne un mouvement ; ce mouvement constitue l'aura fluidique de tous les auteurs occultes.

 

 

***

 

 

Ulysse habite un pavillon isolé et spacieux, rue X… Les pièces sont chaudes et voluptueuses ; des lampes d'albâtre l'éclairent à demi. Les fauteuils, les sophas sont moelleux au regard : tout y est de duvet et de soie.

 

Aurélia reste en admiration devant le goût parfait avec lequel les vieux tapis de Chine et les étoffes Persanes marient leurs tonalités érotiques sur les murs.

 

Des estampes libertines les ornent et trahissent les préoccupations du propriétaire. Collectionneur passionné, Ulysse a harmonieusement choisi ce qu'il y a de plus 'typique' dans la production 'artistique' des civilisations orientales.

 

Les faïences de la Perse aux saxes argentes ou smaragdins voisinent avec les grès aux corps blancs auroraux de la Corée et les 'partouses' versicolores de Rhodes, tandis que les miniatures Persanes, les intimes kakemonos japonais, les coquines ivoires de l'Inde, s'encadrent magnifiquement dans les vieilles étoffes brodées de Tokio qui figurent de somptueuses et fraîches parties carrées.

 

Mais ce qui donne un caractère spécial et troublant à la pièce, c'est un grand meuble dominant l'ensemble.

 

Il tient de la desserte et de l'autel Sainte-Chapelle - mais ceci, Aurélia ne peut le penser.

 

Enjolivé de créations terrestres par la matière, si éthérées par le sujet, il est ce que des artistes prodiguèrent durant des siècles et qui maintenant hantent les cabinets secrets de nos musées nationaux.

 

Ce qu'il y a de plus noble et de plus fuyant, de plus intime et de plus secret dans les postures amoureuses, est fixé sur les frises amoureuses qui l'ornent et paraissent comme autant de promesses aux envies d'Aurélia.

 

 

***

 

 

Heureuse, Aurélia découvre la bibliothèque.

 

'Les Dames Galantes' de Brantôme voisinent avec 'Les Contes' de La Fontaine, les 'Mémoires' de Casanova avec 'Les Liaisons' de Restif. Elle y trouve, à côté de la 'Satyre sotadique' de Chorier, la 'Physique de l'amour' de Gourmont l'emmerdeur, 'Humain trop humain', le 'Sopha' du fils Crébillon et quelques autres touche-superficiels : Dulaure, Payot, Havelock Ellis, D.-H. Lawrence ; heureusement rachetés par le 'Grand Albert', 'l'Enchiridion'.

 

Aurélia tire un bonheur sans mélange de la présence de ces ouvrages disparates, où le meilleur coudoie le pire. Le titre de certains d'entre eux la plonge en d'indéfinissables songeries. Elle se hasarde à les ouvrir, les feuillette page à page, en savoure quelques phrases. Les scande à mi-voix, les savoure lentement une à une, comme on le fait d'un sexe bandé.

 

Chaque phrase, chaque illustration a sa résonance. Toutes l'enchantent de leurs délices et prolongent en elle leurs harmoniques ; elle glisse merveilleusement de la rêverie en un grand désir de faire l'amour.

 

- Comme la lumière est douce chez vous, et comme l'on s'y trouve bien, parmi toutes ces belles choses! murmure-t-elle en abandonnant ses fesses aux deux mains d'Ulysse.

 

- Mes yeux sont charmés par la caresse discrète des couleurs et… des formes!

 

- Cette pièce est pleine de vous, répond Ulysse. Je vous ai tant de fois évoquée, entre ses murs, que maintenant que vous êtes enfin là, tout doit vous reconnaître!

 

Il s'approche d'elle, et tandis qu'elle se grise des gravures de H.B…- perles essentielles et réputées - il ne résiste plus et lui prend doucement la bouche.

 

Aurélia sent comme un arrêt de respiration, un vague étouffement. Elle rit nerveusement, puis, le regardant avec une immense tendresse, elle le repousse non moins tendrement.

 

- Laissez-moi regarder ces dessins dont j'ai tant entendu parler!

 

Il se prête à son désir, impatient, les mains tremblantes. Il attire son attention sur un dessin où le merveilleux graveur a su, en touches légères, exprimer toute la grâce et la fluidité mobile et fuyante des fesses.

 

'Histoire de l'œil', 'Simone sur le bidet' et toute en fesses-diamant.

 

- C'est un magicien qui fait tout avec l'anatomie de l'amour, énonce-t-il en effleurant la motte bouclée offerte à ses doigts.

 

Elle répète cette phrase machinalement, parce que son trouble lui interdit toute réflexion, toute invention intellectuelle.

 

Aurélia, sans se l'avouer, est poussée par une volonté tenace de prolonger l'attente, de remettre le plus possible l'instant attendu, l'étreinte libératrice.

 

Nerveuse, elle se déplace, examine tout, afin de ne pas provoquer l'occasion d'un rapprochement étroit.

 

Elle s'attarde devant les œuvres d'art, immobile, saisie d'une inexplicable inertie. Elle pousse un soupir, elle porte sur son bas-ventre ses mains brûlantes, tremblantes.

 

Ses joues brûlent quand elle accentue la caresse, son cœur bat si violemment qu'elle a l'impression de se dilater et de se resserrer à chaque pulsation.

 

Une masse lui monte et lui descend dans la gorge.

 

Soudain, elle voit les yeux d'Ulysse se fixer sur elle, se voiler. L'expression en est si lourde de désir qu'elle se trouble.

 

Aussi, dans un grand élan, elle dit, la voix profondément changée :

 

- Je ne puis plus admirer. Je sens une molle fatigue, une dissolution corporelle qu'on éprouve à la vue du sexe de l'homme.

 

Elle se laisse choir sur le divan le plus moelleux et le plus profond.

 

Et lorsqu'il vient près d'elle, elle le regarde souriante, tentatrice, avec le consentement de l'abandon sur tout le visage. Docile, elle s'offre, ferme les paupières, attend.

 

Ulysse l'étreint. Une main qu'elle sent moite, mais brûlante comme un sexe, la touche entre les cuisses, erre sur le ventre, la fait se convulser comme sous un choc électrique.

 

- Aurélia, Aurélia, tu es la femme que j'appelais et que je croyais irréalisable… Il faut que ton corps se lave de tout souvenir, s'emplisse de l'aimée.

 

Puis l'homme la masturbe, sa main la recouvre et une force invincible comme une main de l'au-delà, une main de fer et de glace, lui serre la motte.

 

L'autre main relève sa robe jusqu'aux seins, écarte les genoux et découvre toute une nudité excitatrice. Ulysse l'examine avec des yeux luisants de convoitise ; il laisse errer son regard sur le ventre rose et satiné, bombé, creusé par le nombril, mignonne source de luxure, sur le chat aux belles lèvres gonflées et tentatrices, sur les cuisses, sur les hanches aux harmonieux contours!

 

Aurélia, instinctivement, remue les fesses pour mieux le fasciner, elle caresse ses poils du bout des doigts, elle mime le branlage.

 

- Aurélia, Aurélia, il faut que l'amour envahisse tes pensées, les dirige vers le plaisir, vers la jouissance et qu'aujourd'hui ton sexe se libère de tous les tourments.

 

- Ulysse, je suis prête à tout subir.

 

- Tu ne sais pas à quoi tu t'engages!

 

- Je suis prête à m'en remettre au diable s'il le faut, gémit-elle, gagnée par la contagion de l'agréable perversité de leurs propos.

 

Elle est prête à se soumettre à toutes les exigences de son amant, prête à succomber à tous les vertiges. De vertige en vertige, jusqu'où n'irait-elle pas ? Elle glisse sur une pente où rien ne peut la retenir : elle sera heureuse de succomber à n'importe quelle impudique et obscène exigence.

 

Le grisant consentement de sa chair lui présente l'évidence d'une jouissance inconnue et ouvre les portes d'un paradis où tous les vices, toutes les voluptés accourent vers elle.

 

Bouleversée, elle ne désire plus que se sentir possédée. Sa chair exige l'orgasme, son sang brûle, tout ce qui est fibres et muscles en elle se crispe, quémande la caresse. Un goût de sperme lui parfume les lèvres.

 

- De l'amour, mon chéri, je ne considère rien comme une souillure, comme déshonorant. Agis sans crainte, je suis enchaînée à ta volonté, fais de moi un sexe à plaisir, demande-moi toutes les luxures…

 

- Céderais-tu au Démon pour les perpétuer ?

 

- Je céderai, Ulysse, et d'autant plus que je le reconnais comme le Maître de mes sens. Je me prosternerai devant l'image de l'homme ; et je saurai le prier de m'éclairer. Oh, oui, conduis-moi, éclaire-moi. Je veux que tu domptes mon corps, et j'obéis à tout ce que tu m'ordonneras.

 

Puis elle se tait. Elle ferme ses paupières comme devant l'éclat d'un sexe magnifique ; et il est en elle, ce glaive de lumière et de feu ; il la pénètre d'une étreinte sauvage. Tout autour d'elle, la chambre, la ville, s'estompent. Elle se tait, mais dans son ventre, la jouissance éclate et lui embrase les cuisses. Elle se sent dévorée d'impatience et d'envie.

 

- Dès que tu auras accepté, il sera trop tard pour reculer, dit Ulysse ; sache-le bien. Tu devras hommage à l'amour, et à partir de ce moment, tu n'auras plus qu'à obéir à ses lois, partout où il lui plaira de te conduire, même devant l'autel du Dieu noir, où ton corps, dépouillé, servira aux offices nocturnes. Acceptes-tu, Aurélia ?

 

- Si je suis entre les mains du plaisir, je suis prête à tout.

 

Elle dit cela naturellement. Ne souhaite-t-elle pas comme une délivrance, un don total de son corps. N'était-elle pas certaine que ce à quoi elle s'expose correspond à l'idéal qu'elle conçoit ?

 

- Prends-moi, balbutie-t-elle, étouffée, tandis que le mouvement et le rythme de la vie s'altèrent en elle, que la nuit la couvre et qu'elle est la proie d'une voluptueuse émotion.

 

Une lutte brève, aveugle, s'ensuit. Aurélia agite le corps telle une noyée qui cherche à émerger dans l'air, puis se roidit dans un spasme douloureux.

 

Sa tête se renverse, crispée, et sa taille se ploie de plus en plus, jusqu'à composer un arc immobile.

 

Le couple glisse au pied du divan. Comme hystérique, Aurélia se contorsionne des jambes, des hanches et des seins ; elle frappe le tapis de ses fesses, roule sur elle-même, s'enroule autour d'Ulysse. Elle l'embrasse sur tout le corps.

 

- Déshabille-moi, chéri!…Déshabille-moi!…

 

Elle joint à ses paroles des gestes nerveux, saccadés, pour retirer sa robe… L'étoffe légère glisse le long de son corps. Sous la robe, elle n'a qu'un petit slip…Il descend rapidement le long des hanches étroites.

 

Ulysse exaspère de la langue le ventre affolé, les fesses rondes et fermes. Il mordille les seins durs.

 

- Ah! que c'est bon! que c'est bon! roucoule-t-elle.

 

Le mâle se sent envahi par toutes sortes de sensations lubriques ; il s'abat contre le tendre corps et colle ses lèvres sur celles de l'amante.

 

- Laisse-moi te sucer la bouche ; ce sera comme si je suçais mon glaive, que tu as si gentiment aimé tout à l'heure!

 

Elle avance la bouche et l'offre aux baisers puis ils s'étreignent et roulent l'un sur l'autre, frottent leurs nudités, se sucent réciproquement la langue.

 

Enfin, dans un transport d'enthousiasme, les lèvres d'Ulysse glissent jusqu'aux seins, suivent leur rondeur, épousent la moindre inflexion de leur forme en une touche serrée de baisers. Puis, d'un coup de langue, il lèche tout un sein, en râpe la pointe.

 

- Lèche-moi partout, petit Démon, partout…partout…

 

Ulysse recule son visage, et tandis que ses doigts caressent la chair, il contemple avidement le corps délirant de la jeune femme.

 

Impudique, elle écarte les jambes et son dos se cambre quand les lèvres jouent avec son sexe. Subjuguée, elle gémit.

 

La bouche, comme l'aile d'un papillon, poursuit son bouleversant vagabondage. Tantôt, elle effleure les cuisses, les aisselles, tantôt, elle glisse entre les poils de sa raie, s'empare du clitoris palpitant d'attente, d'extase.

 

Puis, elle remonte aux seins, titille les pointes brunâtres légèrement froissées et leur dispense morsures et un peu de salive.

 

La verge d'Ulysse bande et se presse contre le ventre brûlant d'Aurélia.

 

- Ulysse! Ah! Ulysse!…Je t'aime…

 

Son chat se tend comme une fleur capiteuse, comme la source de toutes les suavités. Haletante, elle enveloppe les flancs du mâle entre ses longues cuisses.

 

Le sexe glisse lentement dans la vulve, et pénètre, énorme, électrisant les seins enflammés d'Aurélia, jusque dans la matrice.

 

Possédée, elle s'anime à nouveau et très vite elle succombe à l'extase.

 

Les yeux révulsés, elle pousse un hurlement.

 

Lasse, bouleversée, à demi-évanouie, elle s'abandonne aux bras masculins qui la broient.

 

Peu à peu, la répétition du mouvement amoureux allume en elle l'étincelle du plaisir ; une langueur bien connue répand dans ses veines le subtil émoi qui, bientôt, se transforme en feu dévorant :

 

- Non, non pas encore… jouir, gémit-elle tout bas.

 

Mais la lutte ne fait que précipiter sa défaite.

 

Pâmée, elle s'abandonne contre Ulysse, les lèvres entr'ouvertes, la langue molle et toute offerte.

 

 

***

 

 

La puissante Jaguar file boulevard Pasteur et traverse le quai de Grenelle en bolide.

 

Jusqu'à la seconde exacte où elle avait pénétré dans le véhicule, l'escapade nocturne était apparue ensorcelante à Aurélia.

 

Cette impression est dissipée depuis qu'elle est assise au côté de son compagnon et que, précis, maître de lui-même, il l'emporte à travers la nuit. Elle cache sa gêne sous une impassibilité majestueuse et elle se tait, sachant que le silence épargne du moins à la femme la funeste tentation de dire des bêtises.

 

Ils traversent Paris en quelques minutes. La Jaguar glisse maintenant dans la vraie nuit qu'éclairent les étoiles.

 

- La nuit est belle, n'est-ce pas ?…Vous n'avez pas peur ?

 

Aurélia s'épanouit. Elle se penche pour répondre, vers l'étrange visage d'Ulysse, très près d'elle, noyé dans la pénombre.

 

Elle éprouve ce petit trouble heureux, cette griserie de l'esprit, cette sorte d'allégresse que donne l'espoir. Elle est certaine de vivre tout ce qu'elle désire.

 

- Oui, chère Aurélia, le culte noir n'est pas aboli. La messe magique a survécu au rite de la vaine observance et aux réunions des cultes maudits. Après avoir été le prétexte du Sabbat, elle poursuit une histoire distincte. Gilles de Retz la faisait célébrer en l'honneur des démons. Charles IX y assistait de son lit de mort. Henri III et ses amis étaient coutumiers de ce culte. Mais, rassurez-vous, chère enfant, de nos jours, l'office est célébré en l'honneur du sexe… Contre une certaine morale : pour l'amour de la jouissance.

 

- Vive l'enfer quand il allume sa flamme au cœur des cuisses honnêtes que le mâle séduit… Ulysse, je rêve d'être debout, sur l'autel, devant l'exposoir surmonté de l'ange noir…

 

- Ah! le merveilleux appel à une sexualité déchaînée, chère Aurélia… Une présence telle que la vôtre ne peut qu'exaspérer le nervosisme de l'officiant (1) et de l'assemblée ; alors, quelle hystérie amoureuse collective! Quelle exaspération génésique favorable au désir!

 

(1) Il y a dans les messes noires une partie rituelle appartenant à la tradition, en même temps qu'une exaspération du besoin de sexualité.

 

- Ce ne sera plus le seul simulacre de la messe (2), mais la messe avec tout son appareil : ses chants, son recueillement ; merveilleux office magique.

 

(2) Les prêtres officiant dans les messes noires sont très nombreux. Il est fort compréhensible que l'étude des livres sacrés les conduise à approfondir les choses.

 

Au bout du compte, on doit admettre que de toutes les bizarreries apparentes de la messe noire, aucune n'est réellement inutile et toutes concourent au même but : activer le mouvement fluidique par l'échange rapide entre les membres de l'assemblée.

 

- Si, durant la cérémonie, tu concentres tes pensées sur un désir, il se produira une transmission réelle, transmission qui deviendra, pour celui qui en est l'objet, une véritable hantise. Le but sera atteint, Aurélia, le jour même tu verras se réaliser le phénomène désiré.

 

- Et je serai la plus comblée des femmes.

 

Les yeux brillants, elle rougit en inclinant sa tête sur la ferme épaule d'Ulysse. Elle frissonne toute à la première promesse. Alors, elle lève vers lui un regard d'extase. L'amour entre eux étend son image.

 

Sans une arrière-pensée, l'homme se penche sur la bouche ouverte, et y scelle le pacte d'un lent, profond baiser.

 

Aurélia, les yeux clos, communie.

 

Sans restriction, elle s'abandonne au délice d'aimer et d'admirer. Ulysse, à ses yeux, est toutes les beautés et toutes les vertus.

 

Elle le vêt du prisme de ses rêves.

 

Nature confiante, de prime saut, elle s'élance au-delà des communes mesures.

 

 

***

 

 

Une main d'Ulysse lui enserre un mollet ; glisse d'un attouchement léger, plus haut que le jarret et, comme à ce geste précis, elle décroise les jambes, cette main suit son chemin, lentement les doigts frôlent maintenant la peau si douce de la cuisse. Puis, hardiment, froissent les linons qui s'ouvrent, palpent dans son nid de mousse le fruit mystérieux et le caressent savamment.

 

Dans sa ferveur ingénue, Aurélia jouit de l'instant, comme une religieuse de l'éternité.

 

 

***

 

 

- Dans quelques instants, nous arriverons. C'est très curieux, vous verrez. Une grande cour de château. Cinq ou six pavillons autour, et, dissimulée, la plus précieuse des chapelles que l'on puisse concevoir. Nous y sommes! Attention au virage!

 

Brutalement, Aurélia est projetée contre son compagnon, tandis que la voiture, après avoir franchi un portail largement ouvert, tourne autour d'une pelouse et s'arrête devant un perron.

 

Ulysse se précipite pour l'aider à descendre. Une lune amicale brille au fond du ciel mauve. Sous cet éclairage, les toits de tuiles, aux lignes aiguës, se teintent d'un bleu délicat. Le silence est parfait, humide, irréel.

 

Une fraîcheur emplit l'espace, avec des odeurs campagnardes.

 

- Entrons, dit Ulysse. Nos amis sont avertis et nous ont certainement préparé un souper.

 

Il ouvre une porte et fait passer Aurélia dans une vaste salle à manger meublée de bahuts cirés, de cuivres pansus et de faïences accrochées aux murs.

 

Sur la table sont disposés des verres, des assiettes ; un pâté dans une terrine, une miche de pain bis, des fraises, de la crème, une bouteille de champagne.

 

- Restaurons-nous, dit Ulysse. Cette course et cet air m'ont affamé.

 

Aurélia considère tour à tour le pâté, la coupe qu'il vient de remplir. Elle n'a pas faim et n'ose l'avouer.

 

Sur chaque bouchée hostile qui s'accroche à son gosier, elle jette une gorgée de champagne.

 

Et rapidement, sous l'effet des drogues (mélange habile de Belladone, de jusquiame, de cantharide), elle se sent exaltée au royaume des sexes.

 

En elle les sens arborescents, les lèvres de son chat gonflent plus que jamais.

 

- Ulysse! il faut qu'ils m'honorent bien, que cette nuit me comble…Cette nuit, je ferai l'amour en pleine lumière! Cette nuit, je ferai l'amour avec le Diable! Ah! Ulysse, quelle ivresse!

 

A demi étendue sur le fauteuil, elle lui présente ses pieds, en soulevant légèrement sa jupe des deux mains, et dans ce mouvement elle découvre un pubis qui gonfle sa petite culotte rose.

 

Enfin Ulysse se leva.

 

- Votre ventre est un spectacle si ravissant qu'il surpasse jusqu'au plaisir de le posséder. Tout à l'heure, Aurélia, vous vous sentirez saisie par mille regards, et il vous faudra faire vivre intérieurement chacun d'eux. C'est pourquoi vous ne pouvez garder cette robe. Heureusement, nos amis ont tout prévu, et dans cette armoire vous trouverez le déshabillé qui convient à ce genre de cérémonie.

 

Elle se dirige vers le meuble, rouge d'excitation.

 

- Quel délicieux petit ensemble, minauda-t-elle en caressant le fin déshabillé de toile fine, garni de valenciennes avec des entre-deux de rubans. - Quelle troublante petite culotte moelleuse… en soie blanche brodée d'organes vaporeux… Et ces bas! comme ils sont mignons!… Mauves, comme les petites mules agrémentées de rosettes noires.

 

Aurélia ôte sa robe, puis s'arrête en jetant son regard mutin vers Ulysse. Elle fait tomber son pantalon à ses pieds et le pose soigneusement sur sa robe avec son soutien-gorge. Sous les fins tissus, les fraises des seins et la toison brune du ventre marquaient trois nids à baiser. Aurélia est heureuse et ressent une douce chaleur entre les cuisses. Elle vit comme dans un rêve, veut s'avancer jusqu'à toucher Ulysse.

 

- Non, dit-il. Conformément aux désirs de nos amis, et parce que vous n'êtes pas encore entrée, je dois vous bander les yeux.

 

Situation des divers plexus :

 

1. Le plexus solaire, vers l'épigastre.

2. Le plexus cardiaque, près du cœur.

3. Le plexus prostatique, au bas-ventre.

4. Le plexus pharyngique, au pharynx.

5. La glande pinéale, vestige 3ème œil.

6. Le plexus caverneux, dans le dos, à la base du poumon.

7. Le plexus sacré, extrémité inférieure de la colonne vertébrale.

 

 

***

 

 

Ulysse contemple une dernière fois Aurélia, ivre de joie, son corps magnifique, les jambes longues, la rondeur des hanches sous la transparence des tissus. Avec la fraîcheur et le granulé de la jeune fille cette amoureuse avait déjà la plénitude d'une femme, et rêvant, il sortit lentement de la pièce.

 

Tendrement il se pencha et noua un léger foulard sur les yeux d'Aurélia.

 

Lorsqu'elle se retrouva seule, elle éprouva une impression d'allégement. Elle respira profondément, se versa un verre de champagne qu'elle but d'un trait, et elle alluma une cigarette tout en se dévêtant, elle médita sur la singularité de cette aventure. Et elle redoute seulement de ne pas savoir faire ce qu'on attend d'elle.

 

Elle ouvre donc l'armoire, puis elle s'avance au centre de la pièce et attend, angoissée, le retour d'Ulysse, pleine d'un doux et ravissant espoir.

 

Il lui sembla attendre longtemps, mais ce ne fut que quelques minutes au bout desquelles Ulysse revint dans la pièce.

 

- Laissez-vous guider! dit une voix changée.

 

Le lecteur connaît maintenant Aurélia : une enfant encore, douce et timide, rose et folâtre, innocente et fraîche ; une enfant… déjà une femme!

 

Elle respire le souffle de l'amour, elle est parmi les vapeurs embrasées du romantisme.

 

Nadja réelle, elle vit les passions ; vices pensent beaucoup.

 

Certaines femmes, dont on ne peut nier le charme font cependant avorter en nous l'élan créateur, le canalisent vers l'enfantement et sont mises au monde pour paralyser l'inspiration, hostiles à toute liberté, fermées à toutes tentatives amoureuses ; des femmes d'un autre monde et d'un autre temps, avec leurs rigueurs, leurs pudeurs, des anachronismes…

 

Ulysse alléchait Aurélia par ses exigences. Décidée et vive, elle voulait poursuivre les audacieuses étreintes par quoi ils avaient inauguré leur rencontre.

 

Elle lui obéissait, guidée par un instinct supérieur de sagesse qui lui conseillait de se consacrer aux 'aventures' périlleuses.

 

 

***

 

 

Edition établie par Philippe Pissier, 2003 EV.

© The Estate of Cicéron.

 

 

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