LLYS DANA :
LES ILLUMINATIONS
Embruns de sueurs bleues et froides comme l'oubli.
"La beauté ne s'achète pas, elle se donne aux fous" (Josée Yvon). Il importe encore de sombrer dans la lumière aussi fragile et décharnée qu'elle soit et de la charger de mystères.
La mort n'utilise pas de mots. Elle se magnétise dans des atmosphères particulières dont les moules sont encore à venir. Particules d'air solide, nappes éthérées et pesantes en transparence dans les mouvements de l'air.
Je ne suis pas né (et mort encore moins) pour répondre à des questions et il est inutile de prendre ma bonne foi en compte. La transe ne laisse aucun répit. Toute oeuvre, toute vie qui ne la prend pas en considération ou qui à priori en exclut jusqu'à l'idée perd son pouvoir de décision. Par transe, j'entends avant tout disponibilité et éthique, pas de danse de la substance du monde à l'univers conjugué sur un mode de hasard joignant aux faits divers les situations les plus irrationnelles, les plus invraisemblables, les plus imprévisibles. Leur réduction à ce qu'on pourrait nommer un concours de circonstances où, déchiffrant un champ de données apparemment inextricables, la mise en relation établit bien souvent de façon stupéfiante les liens de dépendances événementielles. Ces données bien que parfois fugitives, subtiles ou surréelles, saisies ou pressenties font surgir de l'écran caverneux de la conscience la lumière d'une première étoile placée sous le signe du désir.
Ce sont des lunes saignantes et menstruelles, dévoreuses de planètes dont nous avons besoin pour nous lier irrémédiablement au feu et aux combustions afin d'aiguiser la vie au-delà de ses propres limites, pour la vider de ses charniers et dégager les inconnues de la broussaille du temps par une tension unique de l'esprit, attitude intransigeante du corps, particule de vide en suspension, sous tension.
Le monde est tenu en passion par ce qui nous concerne et ce que nous concernons, par le désir d'aimer et d'être aimé. L'amoureux seul dans son souci candide d'identification et de possession n'y suffit pas.
Quant à l'amour, il est une longue chasse tranquille et solitaire. L'anticipation du désir, les troubles provoqués, corps naufragé dans l'ignorance des gouffres d'où émerge la rigueur de mondes inconnus, pose pour toute première équation la nécessité analogue d'un changement radical des modes de perception. La pénétration d'un théâtre surréel et alchimique où il faut avant toute chose accepter que le Tout du Monde se concentre sous nos yeux en un spectacle unique, uniquement jouer pour celui ou celle devant qui il se déroule.
Le jeu du fou éperdu dans le jeu de l'amoureux n'est autre que le jeu du diable.
Dans l'amour comme dans le language dont le dépassement par l'amour est la création, les affinités se lient et se délient au rythme des attouchements et des séparations par une érotisation intensive de chaque objet, de chaque chose rencontrée et traversée, érotisation par laquelle la vie se recrée à chaque instant, versée dans les magies de la foudre et du feu, éclairs d'acier bleutés dans les spirales osseuses, dans les sexes, les contagions puisque c'est la chair qui dorénavant produit l'esprit.
Je disparaîtrai. Il restera la mort.
Cela veut dire que nous apprendrons à voir comment la vie se retire de nous. Cela veut dire que nous apprendrons à voir comment cette ouvrière de la mort nous séparera dans un premier temps du monde et de nous-même pour au travers du feu nous faire accéder au vide. Mais pourquoi le feu ? Afin de tomber dans un inconnu sans limite par un feu forgé dans les entrailles de la terre dont la flamme n'est qu'un pâle alibi, un feu noir comme le soleil s'écoulant comme le sang à même la terre que nous mangeons. Cette mise en terre noire du feu, cette entrée dans la nuit qu'elle contient est la voie abyssale de la femme dont la chevelure ornée de dragons est le pouvoir qu'elle détient.
Cette femme ardente nous fait dépasser l'idée du bonheur pour nous mettre face à face avec la souffrance du bonheur qui, elle, n'est pas une idée mais un état de fait parce que le bonheur lui aussi sait souffrir. Je souffre de bonheur. C'est en ce sens que je ne suis pas sans la vie et que respectant son incertitude, j'en accepte les dangers, que notre liaison ne peut être qu'une lésion dangereuse. Elle est cet à-côté féminin de l'esprit d'où l'obsession de l'homme pour la femme, de la femelle pour le mâle. Cette obsession est de toute première nécessité mais il faut la rendre magique.
Ce qui est magique dépasse le cadre de nos possessions tout comme le masculin qui s'est séparé de l'homme, tout comme le féminin s'est séparé de la femme, rejetant l'homme au ciel et la femme à terre.
Ce principe qui dès lors nous pense est celui par lequel l'homme et la femme n'ayant su reposer dans leur aspect unique, se combattent dans la genèse des éléments et ont inventé dieux et déesses qui, déplacés dans nos corps extérieurs, sont ce que nous appelons nos personnalités, preuves illusoires et stériles de nos existences, où pour avoir arrêté le monde à leurs propres idées du monde, l'homme lutte contre l'homme et la femme lutte contre la femme. Ce combat précède celui des apocalypses.
Corps tombant dans l'ivresse des métamorphoses et des transmutations, du côté de l'esprit comme dans l'anéantissement d'un soleil, ressuscitera une femme vierge et cérébrale dont l'initiation sorcière et féérique, directement ou indirectement, dispensera les forces du vide d'où elle tient sa virginité. Ces forces sont des forces de mort. C'est ainsi que l'homme naîtra à l'homme contre tous les hommes et qu'entre les femmes cet homme est un solitaire qui se consume en son propre sang telle une flamme dévorant le feu.
C'est ainsi que sur l'ermite un couple s'est formé, la reyne et le roi de bâtons.
Contre les volumes du temps, nous ne savons rien faire. C'est l'attente qu'il faut utiliser, corps ombrés de perditions dans l'urgence des désastres. La remplir d'immobilité, de doubles, de projections osseuses, de totems, de protections, de médications, d'alliés, d'événements impensables, exorbitants pour la conscience humaine, d'esprit pour imprimer dans les masses amovibles du temps le sillon rêvant de nos corps séparés dont l'empreinte magique creuse à l'image de mes doigts sur ta peau les hiéroglyphes de l'instantané, du non avenu, du non fini, du pas être, soit un temps autre en ébullition dans les chairs dont les déplacements ne sont plus à saisir que par leurs vitesses propres.
Lenteur, accélération, déviation, dérivation, langueur, torpeur comme orbites solitaires, noeuds de lunes défaites, solstices des nerfs, équinoxes de la pensée, tête et queue du dragon perçant à vif dans le sentiment les voies de passages du destin dont les déterminations et les fatalités (le vide et le néant dans leur passion réciproque) révèlent pour tout premier principe vivant celui de la cruauté.
Rendre magique est avant tout s'en tenir à ce principe premier. Mais serons-nous assez troués, assez rebelles pour filtrer entre nos doigts serrés ce tant soit peu de lucidité ?
Afin de trouer l'espace d'images insensées, amères, immédiatement non utilisables, couvertes de boues, d'assassinats, de gangrènes imaginaires et malsaines, clairvoyantes pour souder à la permanence du temps l'unité du regard dans un sentiment étranger d'extra-lucidité autant par les formes que par la destruction des formes qui est force de transmutation.
Une image au lieu d'une image.
Les vaisseaux démâtés du sang, le désir avachi, pris de malentendus, d'anxiétés se convertit rigueur et ardeur. Obsession et dépossession, transfiguration par l'extrême tension de toutes les puissances invoquées au milieu d'un désert de glaces où le temps est le reflet aveugle d'un miroir.
Les illuminations se ferment sur elles-mêmes, solidifient par condensation les volumes du temps en masse, dont les mouvements oniriques et poétiques livrent le secret de la mort du temps. Volumineux et pesant, organique, viscéral et cérébral, ce secret sera tu.
De l'orgasme, touchons l'or.
La macération métallique des chairs.
La maturation crépusculaire des métaux.
La brillance du squelette.
[visuel]
"Un corps au lieu d'un corps,
Ce qui sauve en s'étendant."
L'affaissement progressif de la surface des choses intègre l'oubli à la mémoire, l'appel d'une seconde mémoire, celle d'une vision double liée aux extrêmes où l'événement et le fait n'apparaissent plus que provisoires et intermédiaires par la transformation même des champs de vision, jeu des intensités et de l'ampleur où se fondent les "écorces du corps" répondant à divers destins.
Le temps prend corps et trouve sa peau, sa destination dans la féminité de l'espace, le dépliement du temps dans l'étendue, son déploiement que la femme remplit.
Le flux et le reflux des respirations, celles des minéralisations et des mentalisations simultanées densifient la sphère des sens. Le premier de ces six sens est le sexe. Il est aussi le dernier. Intégrateur de la vision par condensation ultime de la lumière, non plus seulement réflexe mais pouvoir de construire la réalité. Son achèvement sera son effacement, agissant dans le sens d'un resserement énergétique du temps qui, par intellectualisation des sens, est définitivement regard et surréalité.
Comprendre l'échec et passer au-delà. Cet échec est aussi celui du langage trahi par sa propre fonction en vertu du besoin de possession qui, bien souvent, est dû à l'insuffisance, bien que sélective, du regard. Des rapports liés dans mon regard par mon regard. Cette double intentionnalité s'affronte organiquement comme deux silex frottés d'où surgit l'étincelle et entame un processus d'universalisation où il ne s'agit plus de simple réflexion mais d'une adhésion réflexive de l'action où à force d'être dilatée la vision refond l'intention, l'infini en infinitude, le vouloir de l'étant en pouvoir d'être par effet de cristallisation.
Dans les miroiteries de l'aube naissante où je me vois te regardant...
Par son intention renforcée, cette perception de la perception même est intégration d'un en-soi en cause de soi et entretient le sens de l'inévitable - premier effet de surréalité, transport et transit de l'irradiation des corps internes en tant qu'irrigation des mondes. Le plus distant, le plus séparé de ces corps est le corps physique.
De même que les ténèbres creusent les ténèbres, la mort creuse la mort et ouvre nos sens à l'abîme. Le vertige dépassé, elles englobent un temps qui n'est plus humain, dont l'immobilité est celle des gouffres, ceux des veilles diurnes et nocturnes, le retour de l'ombre dans la nuit, le corps devenu sans ombre lorsque la lumière de la nuit égale celle du jour pour avoir changé de chair.
Cette chair est dynamisée autant que chargée de dynamite. La sidéralisée, corps voyant, louvoyant, constellée de poussières cristallines, perméable aux radiations d'un tellurisme intense, brûlure de vide a-vide comme l'effondrement d'une étoile géante, la déchirure intime du jour où transparaît l'éclat d'une lune noire nimbée des sueurs de l'exil.
Du côté de l'esprit, à côté de la vie dont l'insuffisance des combustions augmente notre incapacité à mourir, les puissances tombent, involuent, évoluent, s'affrontent dans le tournoiement des limbes. Deux puissances, l'une en valeur de temps masculine, l'autre parure de la première en valeur d'espace féminine ; deux puissances doublement sexuées qui ne savent pas se rencontrer que dans l'enfin des passions incorporées comme deux souffrances amorçant un processus de dé-création, de sortie du monde appelant à soi l'élévation du monde. Le recouvrement des ténèbres par transmutation de l'inconscient.
Pour cela, "si le cerveau de l'homme s'adresse d'abord au sexe de la femme, le cerveau de la femme s'adresse en premier lieu au cerveau de l'homme."
[visuel]
Llys Dana,
Ostertorsteinweg 44,
D-28203 Bremen,
Germany.
Tél. 00 49 421 32 78 78
E-mail : llys.dana@culturetours.de
Born in 1952 at Fougères, France.
Autodidact.
PRINCIPAL DATES
1979 : C./Llys Dana. Galerie am Ostertor. Bremen, Germany.
1981 : Biennale de Sao Paulo (M.A.). Sao Paulo, Brazil.
1982 : Biennale de Paris, Livres d'artistes. Paris, France.
1984 : Galerie Art Now, environment-performance. Mannheim, Germany.
1985 : Original photocopy works. Kunstler Haus. Hamburg, Germany.
1986 : A play for graves-environment. Galerie Zain. Bremen, Germany.
1988 : Kopien als Original. Musée de la Photographie. Antwerpen, Belgium.
1991 : Anatomia, rétrospective 100 pfleck theater. Leopold Hoesch Museum. Düren, Germany.
1994 : Erratum Musical. Exposition itinérante, Europe.
1995 : Copie Graphie. Neues Museum Weserburg. Bremen, Germany.
1996 : L'art de page en page. Institut Français. Bremen, Germany.
Anatomie d'un visage, décembre-janvier. Institut Français. Bremen, Germany.
Les Anges, mai-juin. Galerie Tom Roche. Bremen, Germany.
1997 : L'avant-garde du XXème siècle. Les revues littéraires et artistiques. Institut Français. Bremen, Germany.
1998 : Les Anges, avril-mai. Bibliothèque Centrale de La Louvière. La Louvière, Belgium.
PUBLIC AND PRIVATE COLLECTIONS
JEAN BROWN ARCHIVES, Mass. USA.
SMALL PRESS AND COMMUNICATION, Antwerpen, Belgium.
RUTH AND MARVIN SACKNER, Miami Beach, USA.
JESS EDWARDS ARCHIVES, San Francisco, USA.
M. C. OLEFF, Posada Art Books, Brussels, Belgium.
NEUES MUSEUM WESERBURG, Livres d'artistes, Bremen, Germany.
COLLECTION DE LA PROVINCE DE HAINAUT, La Louvière, Belgium.
DOMINIQUE CHEYNS, New York, USA.
BIBLIOGRAPHIE
1974-1982 : Co-éditeur des revues Dragon Rouge, Le Sphinx et Le Point d'Ironie.
1982-1984 : rédacteur à Kanal Magazine.
Textes, articles et travaux publiés dans : DIE 80er JAHRE (Allemagne), STARSCREWER (France), LE JEU DES TOMBES (France), LES CAHIERS DU SOLEIL LEVANT (France), STRASS POLYMORPHE (France), BUNKER (France), ARCANA (Japon), KANAL MAGAZINE (France), DOCKS (France), ANATOLIE AU CAFE DE L'AUBE (Belgique), etc.
EDITION - LIVRES D'ARTISTE : SIDERALISATION D'UN ESPACE QUOTIDIEN (Editions de la Nèpe, France), PAPIER PEINT n°3 (édition limitée & signée à 30 ex.), LT. MURNAU (Near The Edge Productions, Italie), THE HEART OF SATURDAY NIGHT (édition limitée à 50 ex.).
EXEMPLAIRE UNIQUE : LE JOURNAL D'UNE FEMME EN BLANC, ARS MAGNA, LES ANGES ET LES NUS, BLEU COMME BLONDE, etc.
Contacter Llys Dana.
M'écrire pour me dire tout le bien que vous pensez de moi