LILITH ET LE POEME
POINT-ZERO
J’ai revendiqué du point le plus noir de la terre l’égalité au ciel.
Tu t’es tu !
Par la distance vive ton être emplissait mes veines d’un glacis sans appel, et dans ma bouche hurlait ton nom.
C’est ce cri dévasté qui m’a fondée.
(J’ai préféré l’exil pur au relégué.)
Dans mon œil implacable, nul ne s’admire.
Fixe à jamais mon regard, il ne sait que les fils immuables qui vous soutiennent d’un bout à l’autre d’une histoire où vous dansez aveugles, ombres ciselées sur l’écart.
A mon invariable conscience chacun revêt sa part de nuit, sa réalité minérale, son épure définitive.
En mon rien, les stigmates absolus d’un refus qui n’est pas clos mais éternellement rejoué, la haute absence signifiée non par la mort parachevée mais par la mort figée en marche, la mort fauchant toujours en marche, du désert démesurément vide de lumière à l’essence du vide.
Je suis cet insensible creux qui ne calcule que par des valeurs de froidure, glaçant vos rires comme vos larmes, les soupesant sans chair, leur adjugeant un métrage d’espace où, réduits à l’absurdité, ils atteignent pile zéro.
Ma structure interne monte droit, aucun de vos jeux ne l’effleure, mais je m’intensifie partout où l’esprit se dévore lui-même, se pervertit en pensées réductrices, en géométries trépaneuses, en lucidité ravageuse.
C’est depuis cet amour glaciaire que je décline l’identité de tous les temps, la permanence des mécanismes qui inaugurent la chute, l’inexorable labyrinthe des questions suicidaires. Hors des logiques chaotiques où vous vous empêtrez — pressentant l’imminence de la fin de votre petit savoir de luciole —, moi, mes yeux trouent vos yeux !
Ô ces sanglots humains dans les circuits d’ordinateurs ! ces cellules irradiées englouties par le manque! ces visages non incarnés aux cerveaux agissants! ces images numériques d’inaccessibles corps ! ma violente stérilité s’acharnant contre le multiple !...
Enigme sur l’échiquier du vide.
Tu te tais.
Valérie-Catherine Richez