LILITH ET LE POEME
LILITH
La lune est noire comme le fond de mon cœur à la mort de René Char.
Comme l’alouette que l’on tue en l’émerveillant ma pensée se suspend à sa parole.
Silence de l’écoute.
Loin de tout grimoire, absente, fantasmatique Lilith, envers mythique de la Shakti de braise, Kali aux yeux brillants porteurs d’éclairs pour qui en soutient les dards, que n’a-t-on dit pour t’opposer à notre Mère Eve !
Fille de la mandragore, sœur du serpent, fée-enfant infiniment dangereuse pour les bons apôtres, tu me ramènes à la divine INANNA, la vierge prostituée du croissant fertile, grande déesse de la chasteté lubrique.
Tu es née avec l’écriture.
“Beauté je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid. Ta lampe est rose, le soir se creuse.“ (R.C.)
On te retrouve en ton bain comme Mélusine en sa chambre secrète, femme-dragon !
Dans un jeu toujours recommencé tu exaltes et adombres tour à tour Ishtar, la porte de la nuit.
Isiaque, tu l’es, car, voilant le miroir de nos rêves fous, tu nous plonges dans la ténèbre propice aux éblouissements de tant d’univers glacés.
Vierge noire tu récuses la vie factice, tu aurais aimé ce : “Obéissez à vos porcs qui existent, je me soumets à mes dieux qui n’existent pas.“
Femme de refus tu nous incites à une vie plus haute, “ô ma martelée“, vers de secrets chemins qui mènent à la fulguration intime.
La nuit talismanique aura-t-elle disparu ?
L’homme, disait-il, est le vœu le plus fou des ténèbres, dont tu es la maîtresse. Et : “En l’état présent du monde, nous étirons une bougie de sang intact hors du monde réel et nous dormons hors du sommeil.“
Vincent Bardet