LILITH ET LE POEME

 

 

 

 


 

 

 

LIBER CORDIS CINCTI SERPENTE

(extrait)

 

 

 

 

1. En vérité et Amen ! Je traversai la profonde mer, et passai les rivières d'eau courante qui y abondent, et je parvins à la Terre de Nul Désir.

 

2. S’y trouvait une blanche licorne portant collier d'argent, sur lequel était gravé l'aphorisme Linea viridis gyrat universa.

 

3. Puis la parole d'Adonaï me vint par la bouche du Magister mien, disant : Ô cœur ceint des anneaux de l'antique serpent, élève-toi jusqu'en la montagne de l'initiation !

 

4. Mais je me souvins. Oui, Than, oui, Théli, oui, Lilith ! Ces trois-là depuis longtemps m'encerclaient. Car ils ne font qu'un.

 

5. Magnifique tu l'étais, Ô Lilith, toi femme-serpent !

 

6. Tu étais souple et d'une exquise saveur, et ton parfum était de musc mêlé d'ambre gris.

 

7. Tu enserrais fermement le cœur de tes anneaux, et c'était comme joie totale du printemps.

 

8. Or, je perçus en toi certaine souillure, et d'icelle même  je me réjouis.

 

9. Je perçus en toi la souillure de ton père le singe, de ton grand-père le Ver Aveugle du Limon.

 

10. Je fixai le Cristal du Futur, et je vis l'horreur de la Fin tienne.

 

11. En outre, je détruisis le temps Passé et le temps à Venir n'avais-je point le pouvoir du Sablier ?

 

12. Mais à l'instant même contemplai-je la corruption.

 

13. Alors dis-je : Ô mon bien-aimé, Ô seigneur Adonaï, je t'implore de relâcher les anneaux du serpent !

 

14. Mais elle était fermement à moi enlacée, de sorte que ma Force demeurait bloquée à sa source.

 

15. Aussi priai-je le Dieu Eléphant, le Seigneur des Origines, lesquels brisèrent  l'obstacle.

 

16. Ces dieux vinrent de suite à mon aide. Je les contemplai ; je me joignis à eux ; j'étais perdu dans leur immensité.

 

17. Puis me vis-je circonscrit par l'Infini Cercle d'Emeraude qui enclôt l'Univers.

 

18. Ô Serpent d'Emeraude, Tu ne connais ni temps Passé ni temps A Venir. En vérité, Tu n'es pas.

 

19. Tu es exquis par-delà tout goût et tout toucher, Tu es à-ne-pas-être-contemplé pour la gloire, Ta voix est par-delà le Discours et le Silence et le Discours qui s'y trouve, et Ton parfum est de pur ambre gris, sur lequel ne l'emporte point le plus fin de l'or fin.

 

20. Et aussi Tes anneaux sont d'une étendue infinie ; le Cœur que Tu ceins est un Cœur Universel.

 

 

 

 

                                               Aleister Crowley (traduction de Philippe Pissier, 1997).

                                                                     

 

 

 


 

 

 

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