LILITH ET LE POEME
Ce poème tente de restituer l'atmosphère des entretiens avec Jean Carteret, cet éveilleur qui sut si bien parler de la Lune Noire en philosophe, en hermétiste et en poète.
ENVERS DU DOUBLE
Lorsque l'envers du double
devient endroit
ce qui est nu
se transforme en matière de silence
I
Dans les chatoiements du désir
l'amour s'épanouit en secret
figue fraîche que le soleil confit
tandis que les rapaces déchirent
l'irremplaçable aujourd'hui
Nuits avalées en hâte
auberges sans mesure
solitude aux arêtes coupantes
jusqu'au poème de l'aube
qui t'attend depuis toujours
Le poing magicien
les signaux de forteresse
la faim d'un impossible pain
Loin des huttes de lumière
le sceau brûlé de l'espoir
Replie doucement tes ailes froissées
et quitte-toi sans larmes
car le livre est blanc
le trône vide
le lieu muet
Androgyne caressé par des mondes de plumes
insomnies d'alambics
comme celles des événements pétrifiés
que nous croisons sur notre route
Nu est le cercle du désir
fou de s'être bu lui-même
Ayant brisé la sphère de cristal
le voyageur que nul n'attend
erre dans le sablier de béance
II
Extases de deux cailloux accouplés
le temps d'une avalanche
Entendre son propre rire
sonner entre les étoiles
comme autant de feux de navires
dans l'océan galactique
Au plus épais
la terrible douceur du poil
cherche une main sereine
Paroles cousues d'éclairs
seule réalité
aux confins du non-sens quotidien
incendiant les forêts
de son enfer glacé
Demeure l'allégresse
la forge bleu d'abîme
le jardin vu de l'intérieur de la fleur
Quelques jours encore
l'épervier fou de l'aurore
dévorera l'ombre
avant qu'elle ne repousse
Sortir alors du monde sans bruit
comme l'essence de la rose
Francesca-Yvonne Caroutch