LILITH ET LE CIEL
REFLETS DE LUNE
Les fascinés-de-la-lune-noire, enseignants, astrologues, élèves ou simplement adeptes de l’astrologie ont pu s’estimer comblés ces derniers temps, car, successivement, trois livres ont été édités sur le sujet, essayant d’éclairer le soi-disant mystère astrologique qu’elle représente.
Nous parlons, bien évidemment, de :
- “La Lune Noire, ou l’axe métaphysique de l’astrologie“ de Georges Ruchet, chez Dervy-Livres,
- “Le Retour de Lilith, la Lune Noire“ par Joëlle de Gravelaine, à l’Espace Bleu,
- “La Lune Noire“ de Jacques Coutela, paru chez Guy Trédaniel.
Las, trois fois las, l’astrologue reste cependant sur sa faim, même si l’homme cultivé a trouvé de quoi alimenter sa soif de connaissance...
La démonstration de Mr Georges Ruchet est impeccable, et nous avons dévoré d’une traite son livre dialectique, difficile et beau. Les exemples d’application sont tous des thèmes de génies créateurs, musiciens ou poètes, dont l’adéquation au fascinant discours de l’auteur est parfaite. Nous déplorons cependant ce choix, dont l’auteur s’est expliqué dans sa préface — qui est son choix — mais nous laisse frustrés devant notre propre lutte pour apprivoiser dame Lune Noire, et le cortège de phantasmes qu’elle suscite dans notre inconscient personnel. C’est en effet un livre HIGH STYLE, mais qui n’apporte pas grande aide à celui ou celle qui, sans génie particulier, désire aller plus loin dans la science de l’interprétation astrologique.
Néanmoins, la grande qualité de ce livre est, à notre sens, d’avoir bien souligné que la Lune Noire était l’extrémité d’un axe dont Priape est l’autre extrémité, Priape, le complémentaire, l’opposé, vers lequel l’individu fuit, pour n’avoir pas à régler le problème posé par Lilith. Nous avons beaucoup aimé la constante et obsessionnelle dialectique truquage-nature, Espace-Temps, Etre et Devenir, fond sur lequel Mr Georges Ruchet joue un jeu étincelant dans la forme et le style.
C’est, à l’inverse, le reproche que nous pourrions adresser à Mme J. de Gravelaine — mais à quel titre ? En effet, son livre, lui aussi entièrement tissé des fils diaprés d’une grande culture, ne fait, à aucun moment, mention de Priape, aussi important que Lilith, dans l’optique d’un travail sur les axes, inséparable de la notion d’astrologie, et d’équilibre du Zodiaque.
Ce livre, tant attendu, écrit par celle qui depuis maintes années s’était faite la “défenderesse“ du symbolisme Lune Noire, non reconnu par beaucoup d’astrologues — surtout masculins —, a le mérite de fondre harmonieusement de grandes connaissances, une longue expérience (Saturne) et une approche intuitive exceptionnelle (Neptune). Mme de Gravelaine essaie de “nous transmettre des certitudes“. Nous la remercions de l’avoir fait, car il est particulièrement difficile de traduire en mots le contenu diffus des certitudes intérieures, même et surtout lorsqu’elles sont impérieuses. Ce livre est bien celui d’une grande astrologue inspirée, et n’hésitant pas à “lâcher prise“. Néanmoins, si ce livre fut accueilli avec intérêt, nombreux furent les lecteurs déçus, la mise en pratique immédiate n’étant pas, là encore, évidente. Il est d’ailleurs permis de se demander si, en astrologie, comme dans la vie, l’expérience de l’un peut présenter un intérêt pour l’autre, de par justement cet empirisme qui est à la fois la force et la faiblesse de l’astrologue.
Quant au troisième livre, celui de Mr Jacques Coutela, il nous a un peu surpris, dans la mesure où, d’entrée de jeu, l’auteur affirme que “cette position céleste joue un rôle important dans le comportement sexuel de l’individu“. Tellement important que Mr Coutela “passe le plan légendaire, pour voir la réalité scientifique“. Or, la réalité scientifique procède par preuves... et Mr Denis Labouré, dans sa préface, est beaucoup plus modéré quand il dit que “l’interprétation sexuelle de la position de la Lune Noire est l’une des possibilités offertes par ce facteur“.
C’est en effet beaucoup simplifier le problème que de ne considérer la Lune Noire que dans une interprétation sexuelle, et, parmi le schéma — très complet — qui vient ensuite, nous n’avons pas pu nous convaincre du bien-fondé de cet éclairage restreint. La Lune Noire n’est pas que la sexualité et le “monstre“ cher à C. G. Jung. Pluton peut également être partie intégrante de l’ombre que chacun de nous porte en soi.
En résumé, il nous a semblé que c’est à partir du livre de Mme J. de Gravelaine que les fascinés-de-la-lune-noire auront le mieux saisi sa complexité : qu’il s’agisse du couteau du sacrifice, mais surtout de l’“angoissante question de ma vie“, telle que l’exprimait Carteret, nous n’en doutons pas après la lecture de son livre.
Tissu d’angoisse, de refus, de fascination inconsciente, la Lune Noire est la question de la Sphinge à laquelle il faut répondre, ou mourir, la Dame Noire dont il faut écarter les longs cheveux, afin de la regarder en face, le brouillard opaque qu’il faut transformer en diamant noir, l’ombre menaçante, dont il faut faire une figure de proue.
Ceci impliquera toujours une profonde transformation, après une dure prise de conscience. Sinon, chacun de nous subira dans l’incompréhension et la souffrance la manipulation de ses forces inconscientes les plus ténébreuses. La difficulté, avec la Lune Noire — et nous ne doutons pas que d’écrire à son propos soit particulièrement difficile — est ce mélange attirance-répulsion, sur fond d’inconscience.
Merci, donc, à ces trois auteurs, mais nous attendons encore un livre simple de démystification, qui nous parlerait de l’ABSOLU de Lilith, exaltant en Capricorne les valeurs de solitude, incarnant en Scorpion la Vierge irascible et sans pitié nommée HECATE, et de la LICORNE, vivant en Lion, au plus haut degré, la soif de son UNICITE. Trois positions privilégiées et tellement puissantes qu’elles peuvent expliquer un comportement dans sa globalité.
La Lune Noire, c’est aussi, très simplement, l’anti-Lune, les émotions figées, la sensibilité détruite, l’instinct maternel déviant, le miroir de la conscience déformé, un reflet du Soleil dans une eau trouble. C’est l’anti-Nature, et Mr Georges Ruchet l’a très bien compris.
Comme dit Mr Denis Labouré : “Beaucoup de travail est encore à effectuer pour saisir l’importance des luminaires noirs.“
Il nous apparaît de moins en moins évident qu’il s’agisse d’un travail scientifique.
Aurore de Lauberie