ENTRETIEN AVEC RAYMOND ABELLIO,
par Philippe PISSIER & Jérémie A. WEISH
Georges Soulès, Raymond ABELLIO (1907-1986) fut polytechnicien
et ingénieur, mais aussi résistant et militant socialiste. L'idée
centrale de son œuvre est celle de "structure absolue", une "sphère
sénaire (1) universelle" qui se veut outil applicable à tous les
champs de la connaissance. ABELLIO est également un défi à Guénon,
plus encore aux guénoniens : pour lui, on peut être moderne et
ésotériste. L'une de ses dernières
œuvres, en collaboration avec
Charles Hirsch, fut l'Introduction à une Théorie des Nombres Bibliques (Editions
Gallimard). Il y expose ses découvertes personnelles
relatives à la science numérique, découvertes basées sur l'emploi
d'une nouvelle clé (qui à notre avis n'interdit cependant en rien
l'emploi de celle, réputée plus traditionnelle, de 1 à 400).
Cet entretien, portant sur l'ouvrage en question, fut réalisé
par Philippe PISSIER et Jérémie A. WEISH peu avant sa mort.
Question : Raymond ABELLIO, nous désirons faire porter cet entretien plus
spécialement sur l'ouvrage que vous avez récemment publié en collaboration
avec Charles HIRSCH : Introduction à une théorie des nombres bibliques, ouvrage qui est une "nouvelle version" de La Bible, document chiffré , que vous aviez fait paraître en 1950. Nous pourrions commencer
en évoquant votre place un peu marginale dans l'ésotérisme, et
en fait vous ne vous considérez pas comme un ésotériste ?
Raymond ABELLIO : Je m'intéresse à l'ésotérisme, mais à bien d'autres choses
aussi. C'est toutefois par la rencontre d'un ésotériste, Pierre
de Combas, que j'ai subi la secousse qui m'a fait sortir de ma
longue période d'activité politique ; et c'est à ce moment que
j'ai, en quelque sorte, repris mes études de philosophie. Je considère
Pierre de Combas, pour employer le langage habituel, comme mon
"maître spirituel", mon initiateur. Cet homme avait tout lu, et
cela m'a permis d'emblée d'acquérir des notions déjà très digérées ;
c'était d'ailleurs un exégète remarquable de la Bible. Pour le
sujet qui nous intéresse, il pratiquait une science numérale,
que je considère aujourd'hui comme dénuée de fondements scientifiques,
mais quand même extrêmement évocatrice. Rien ne dit que dans les
écoles anciennes, rabbiniques ou kabbalistes, aux premiers niveaux
de l'initiation, l'on ne faisait pas faire à l'adepte de tels
"exercices à blanc", afin de lui faciliter le maniement des nombres,
quitte ensuite à en venir à une conception plus réellement opérative.
Cela dit, si l'ésotérisme a marqué pour moi un recommencement,
je restais gêné par certains aspects dogmatiques : outre ses bases
métaphysiques, certaines interprétations impliquaient des postulats,
des présupposés moraux ou idéologiques, et les admettre nécessitait
au départ un acte de foi. Il s'est trouvé que, peu de temps après,
par une sorte d'oscillation en sens inverse, je me suis intéressé
à la phénoménologie moderne. J'ai lu Sartre
(2), Merleau-Ponty (3),
et à travers eux, et contre eux - par réaction -, je suis remonté
à leur source : Husserl (4). Et c'est par Husserl, réellement,
que j'ai dépassé - ou essayé de dépasser - l'ésotérisme dogmatique.
J'ai voulu démontrer la validité des opérations ésotériques par
la phénoménologie de Husserl dont la rationalité se déclare transcendantale.
J'ai donc tenté de faire la connexion entre ces deux domaines,
d'une façon fatalement très tâtonnante, et je ne peux pas dire
que j'ai réussi leur intégration d'emblée, il s'en fallut même
de beaucoup, ce qui explique le caractère très imparfait, aventureux
et finalement insatisfaisant de ces premiers essais de numérologie
de 1950. J'en ai d'ailleurs refusé presque aussitôt la réimpression,
car peu de temps après leur parution, en 1951, grâce aux méthodes
husserliennes, j'ai vu que l'on pouvait travailler dans le sens
de la constitution de ce que j'ai appelé plus tard "la structure
absolue" ( La structure absolue, essai de phénoménologie génétique Gallimard, 1965). Tout est parti en 1951 d'une réaction contre
Sartre, contre son refus de l'intuition, du moment présent. Selon
lui, le moment présent est vide, c'est un creux entre un passé
qui n'existe plus et un avenir qui n'existe pas encore. Cela contredit
bien évidemment l'expérience la plus directe de ceux qui ont connu
des états d'intuition, d'illumination, ou même seulement d'inspiration,
où se révèle au contraire la plénitude de ce même moment. Sans
parler de ce que je pensais de la notion sartrienne "d'incommunicabilité
entre les consciences". De même, la "Phénoménologie de la perception" de Merleau-Ponty me sembla très infidèle à l'esprit général
de Husserl. Alors je m'attaquai moi-même à ce phénomène de la
perception, qui est le plus élémentaire de tous, et j'essayai
de le mettre en structure, ce qui me fit retrouver presque immédiatement
le symbolisme de la croix, un des sujets fondamentaux de l'ésotérisme.
Les théories de la connaissance, depuis deux mille cinq cents
ans, se posent la question : comment l'objet est-il appréhendé
par le sujet ? Qu'implique cette perception de l'extérieur par
l'intérieur ? Et depuis deux mille cinq cents ans, il faut bien
le dire, toutes les théories de la connaissance ont été dualistes
: elles ont opposé un sujet et un objet, et n'ont pu sortir de
l'impasse de la dualité statique qu'en faisant à leur tour des
présupposés : cela a été tantôt l'idéalisme, tantôt le matérialisme,
tantôt tout était préformé dans l'esprit, tantôt inversement la
pensée n'était plus qu'une conséquence, un épiphénomène sortant
de la matière. Ces deux écoles, depuis deux mille cinq cents ans,
se sont entrebattues, et ont disserté sans fin. Or, en réalité,
dans une perception, il ne s'agit pas seulement d'un objet et
d'un sujet en face l'un de l'autre, mais de quatre pôles et non
de deux. Du côté du perçu, on a l'objet et le fond du monde sur
lequel il s'enlève, et du côté du percevant, l'organe des sens
et le corps tout entier. En effet, l'organe des sens est périphérique,
et le cerveau, lui, est central : il est significatif que lorsque
l'œil forme l'image d'un objet, le cerveau soit obligé de la
renverser. La sensation reçue par l'organe des sens se fait alors
perception : il y a une différence capitale entre sensation périphérique
et perception centrale, ou globale. Et l'on s'aperçoit très vite
que cet ensemble est génétique (les deux couples d'oppositions,
"objet-fond du monde" et "organe des sens-corps global", tournent
en sens inverse), ce qui crée un axe vertical de rotation, avec
une descente et une montée, une incarnation et une assomption.
L'objet est incorporé : il se fait outil . D'où la sphère à six pôles, le sénaire
(1), qu'est la structure
absolue. J'ai alors compris qu'il fallait reprendre tout ce que
j'avais écrit dans "La Bible, document chiffré " en fonction de l'existence de cette structure. Et, effectivement,
l'arbre des séphiroth du Zohar , et les séphiroth belimah du Sepher Yetzirah , de même d'ailleurs que l'alphabet hébreu, s'organisent selon
la "structure absolue". Cela est relativement facile à démontrer.
Q. : Considérez-vous la structure absolue comme une méthode de travail,
comme une façon de voir les choses et de traiter l'information
qui vient de l'extérieur; ou comme une donnée "réelle" de l'univers
?
R.A. : Les deux. Je l'ai nommée "absolue", ce qui est d'ailleurs une
provocation du point de vue universitaire (cela m'a été reproché).
C'est à la fois une donnée immédiate - Kant dirait un "a priori"
-, et un outil de travail. Peu importe, en fait, qu'on la considère
comme a priori ou pas, que l'on estime qu'il y ait nécessairement
dans la nature une gauche, une droite, un haut et un bas, un avant
et un arrière. L'on peut même concevoir des êtres doués de la
"vision de toutes parts" : le romancier Meyrink pouvait lire l'heure
sur une horloge située derrière lui. En ce sens, je n'en fais
pas un absolu. Mais ce qui est essentiel, c'est qu'elle est un
outil universel permettant de mettre en structure de la même façon
les différents champs des sciences, de les mettre en mouvement
et de passer ainsi des "sciences" à la "connaissance". Ne croyez
pas à une généralisation hâtive, c'est le fruit d'une expérience
de plus de trente ans, et qui ne m'est pas exclusive, puisque,
avec tout un groupe d'amis, nous avons réussi à travailler sur
des champs extrêmement variés. Mais cet outil ne vaut évidemment
qu'à la mesure de celui qui s'en sert. La méthode opérative en
est simple et générale, mais elle implique la connaissance préalable
particulière du champ à structurer, et cela dans les différentes
disciplines.
Je m'explique : lorsque vous vous trouvez devant un problème scientifique,
vous commencez par chercher des lois. Ces lois s'appliquent à
un champ déterminé, elles sont toujours approximatives, révocables;
lorsqu'on arrive aux limites de ce champ, le problème se pose
en effet de les extrapoler. Par exemple, dans l'infiniment petit
comme dans l'infiniment grand, la physique de Newton cesse d'être
valable. D'où Einstein et la mécanique quantique. Déjà, dans la
Tradition ésotérique (voyez la Bhagavad Gitâ ), la notion de champ est considérée comme capitale. C'est que
tous les champs ne sont pas pertinents . J'appelle "pertinent" un champ qu'on peut quadraturer grâce
aux quatre pôles de base de la structure absolue.
Ce qui revient à dire, premièrement, qu'on sait y nommer ces quatre pôles, et, deuxièmement, qu'ils se répartissent en
deux couples d'oppositions et provoquent la rotation de l'ensemble, ce qui provoque l'ouverture de ce champ à un champ plus vaste. Par exemple, le couple hétérosexuel
quadraturé par les deux cerveaux et les deux sexes est un champ
pertinent, l'ensemble tourne et devient génétique. En revanche,
le couple homosexuel ne constitue pas un champ pertinent. L'homosexualité
n'est positive (et donc génétique) que dans un tout autre champ que celui du
couple. Prenons le domaine de la constitution des fonctions sociales,
avec ses différentes pratiques, capitalistes, socialistes, libérales
ou dictatoriales, etc.. Pour étudier un tel champ de façon objective,
il faut être suffisamment compétent en matière de politique et
d'économie et savoir déjà distinguer, par exemple, l'administration des choses et le gouvernement des hommes. Concernant le premier de ces deux domaines, il faut savoir
également trouver la croix de base, et pour cela nommer les pôles,
ce qui implique une connaissance acquise : si vous n'avez jamais
fait d'économie politique, vous n'aurez pas l'idée, par exemple,
d'opposer la production à la consommation. Vous ne saurez pas
non plus trouver le second couple d'oppositions qui va se croiser
sur le premier, et ainsi instaurer un dynamisme. Dans le cas qui
nous occupe, le second couple, c'est la gestion ou l'administration
d'une part, qui est conservatrice, car elle obéit à des règles
précises, et l'innovation d'autre part, qui modifie ces règles.
Puis, vous allez mettre ces quatre pôles en mouvement. Selon que
vous prenez tel ou tel pôle comme originaire, vous aurez une société
à prédominance productiviste, ce sera le capitalisme, ou à prédominance
distributive : le socialisme. Si vous donnez la prédominance à
la gestion, vous allez obtenir une économie conservatrice et figée,
vite décadente, si vous donnez au contraire la prédominance à
l'invention, vous allez tendre au contraire vers une économie
active pouvant confiner à l'anarchie. Notez cependant que le champ
ainsi étudié ne concerne que l'administration des choses, pas le gouvernement des hommes. Voici un deuxième champ et, ici, il ne suffit pas de considérer
l'économie, mais la politique. Ce deuxième champ va envelopper
de toutes parts le premier. Je vais tout de suite aux conclusions
: les quatre pôles, ici, seront d'une part l'armée et la police,
d'autre part la justice et la prêtrise. Et, dès lors, si vous
faites toutes les combinaisons possibles, si vous faites tourner
la structure en tous sens, en prenant chaque pôle tour à tour
comme originaire (car il n'y a aucune raison de privilégier tel
pôle plutôt que tel autre), vous allez parcourir exactement soixante-quatre
quadrants, soit le même nombre de combinaisons que dans le Yi-King des anciens Chinois. Il y a, à mon sens, une profonde parenté
entre le système opératoire de la structure absolue et celui du
Yi-King.
Q. : Cela évoque également les codons de l'ADN.
R.A. : Il est certain que les soixante-quatre codons de l'ADN, avec
leurs triplets et leurs sextuplets, évoquent immédiatement la
constitution du Yi-King, avec ses trigrammes et ses hexagrammes.
Les quatre bases nucléiques évoquent les quatre pôles équatoriaux
de la structure absolue, et aussi les deux couples "Vieux Yin-Jeune
Yin", "Vieux Yang-Jeune Yang". Cela ouvre tout un champ de recherches.
Nous assistons ici à un rapprochement de la science et de la tradition
extrêmement significatif.
Q. : Vous avez également parlé d'une mise en rapport avec l'alphabet
hébreu.
R.A. : Nous revenons ici à la science numérale. L'hébreu est à mon
avis la langue sacrée de notre cycle de civilisation, avec ses
vingt-deux lettres et son orthographe qui n'ont pas bougé depuis
la captivité de Babylone. C'est la seule langue au monde, et cela
est extraordinaire, dont on puisse dire que des textes vieux de
deux mille cinq cents ans n'ont subi aucune altération. La raison
en est que l'hébreu est une langue consonantique, elle ne comprend
que des consonnes, pour la prononcer il faut ajouter des points-voyelles
vocalisant la langue et modifiant la prononciation des mots sans
en altérer l'orthographe. Le Sepher Yetzirah donne la structure de l'alphabet hébreu : les trois "lettres
mères" occupent les deux hémisphères et le plan équatorial de
la structure absolue, les sept "lettres doubles" en occupent les
six pôles et le centre, les douze "lettres simples", les douze
quadrants des deux plans méridiens et du plan équatorial.
Q. : D'autres chercheurs sont-ils à la recherche de types de "structure
absolue" ? Je pense à Bucksminster Fuller qui, paraît-il, rechercherait
une base de l'univers sur la constitution du tétraèdre.
R.A. : Ça n'est pas du tout la même voie. Ce qui converge actuellement
avec mes travaux, ce sont les recherches des physiciens, notamment
ceux de la mécanique quantique. J'appelle interdépendance universelle
le postulat de base de la structure absolue, parce qu'elle allie
tous les éléments de l'univers dans ce que l'on peut nommer effectivement
une interdépendance globale. Ils parlent, eux, de "non-séparabilité".
Il faut bien cependant constater que les deux disciplines, tout
en convergeant, n'ont pas du tout la même méthodologie. Comme
je l'ai souvent dit, je construis la maison en partant du toit;
les physiciens, eux, partent de la base, des expérimentations
sur les particules. Ils découvrent l'interdépendance mais la nomment,
selon les auteurs, ordre impliqué, causalité formative, téléfinalisme,
non-séparabilité, etc.. Cela prouve que la science bouge. Mais
ce sont là autant de termes différents pour désigner la même réalité
profonde. Jung aussi s'est intéressé à ces problèmes : il parle
de synchronicités ; un tel mot me gêne, cela revient à qualifier
le supérieur par l'inférieur. Et il faut faire l'inverse : juger
de l'inférieur par le supérieur. Le terme "synchronicité" est
fixé par rapport au temps, ce terme peut porter à croire qu'il
y a des phénomènes qui obéissent au principe de causalité, dans
le temps, et d'autres qui obéissent à un principe de synchronicité
hors du temps. Je préfère infiniment l'expression de "simultanéité"
à celle de "synchronicité". L'expression de Jung tend à introduire
un facteur de trouble, à faire croire qu'il existe des phénomènes
"causalistes" et d'autres "a-causalistes", alors qu'en réalité
il s'agit de deux modes de vision différents, l'un naturel, l'autre
transcendantal.
Q. : Mais n'est-ce pas dans l'obligation de la démarche scientifique
que de bâtir la maison en commençant par la base ?
R.A. : C'est évident, la méthode scientifique, qui a pour critère
l'efficacité, ne peut que passer par un tel stade. Vous ne pouvez
pas demander à un savant de partir du postulat de l'interdépendance
universelle, il est obligé d'avancer de proche en proche. Mais
justement les scientifiques actuels redécouvrent d'une façon expérimentale
les grands principes de la tradition ésotérique, et cela à travers
l'étude de phénomènes échappant aux lois de la physique linéaire
de Descartes ou de Newton. Le physicien Fritjof Capra parle par
exemple du Tao de la physique.
Q. : N'est-ce pas là le chant du cygne de l'ésotérisme ?
R.A. : C'est bien pour cela que j'ai écrit un livre intitulé "La fin de l'ésotérisme", ce qui a d'ailleurs causé un certain scandale chez les ésotéristes.
Il va sans dire que c'est au double sens du mot fin : au sens
de terminaison et au sens de finalité. Il est incontestable que
lorsque vous désoccultez des textes, vous pouvez avoir l'impression
qu'ils deviennent inutiles. Si la Kabbale est désoccultée, en
quoi reste-t-elle spécifique ? Mais la vraie question ne porte
pas sur l'objectivité des résultats. Préalablement, au début de
l'entretien, vous m'aviez posé la question suivante : à savoir
s'il ne fallait pas être dans un état particulier pour désocculter
les textes. J'y réponds par l'affirmative. Cela n'apparaît peut-être
pas très clairement au début, mais à partir d'un certain moment
il faut incontestablement être dans un état de conversion particulier.
Et les savants, dans la mesure où ils font de la science expérimentale
et restent au niveau des expériences empiriques, ne sont pas dans
cet état. Même si intellectuellement ils se rendent compte qu'il
faut trouver de nouveaux principes, non-séparabilité, ordre impliqué,
etc.; on ne peut pas dire qu'ils aient effectué une conversion
gnostique. Il y a un problème de transcendance qui joue.
Q. : Je pense à Koestler et à ses "somnambules", les grands scientifiques
ne se trouveraient-ils pas dans de tels états lorsqu'ils font
leurs découvertes ?
R.A. : Einstein l'a dit très clairement : il trouvait avant de chercher,
il inventait d'ailleurs des expériences "idéalisées". Il est certain
que l'inspiration vient d'autre part. C'est un phénomène banal.
Moi-même, lorsque j'ai passé mon concours à l'X, j'ai trouvé la
solution d'un problème par une inspiration absolument déconcertante.
Je ne peux absolument pas dire que c'est moi qui l'ai trouvée
: ma main a tracé un trait à travers une figure complexe qui,
du coup, s'est trouvée éclairée. Mais qu'est-ce qui a fait mouvoir
ma main ? Pas mon cerveau, sûrement pas. J'étais le canal d'une
force inconnue qui voulait que je trouve la solution à ce moment-là,
c'est tout. D'ailleurs, du point de vue astrologique, je bénéficiais
au même moment d'un magnifique trigone d'Uranus et de Jupiter
à ma Vénus natale. L'astrologie est d'ailleurs un art qui est
immédiatement raccordable à la structure absolue, comme l'a montré
mon ami Daniel Verney, un jeune polytechnicien.
Q : A-t-on tenté d'appliquer la structure absolue à d'autres types
d'astrologie, comme par exemple l'astrologie chinoise ?
R.A. : A ma connaissance, non. Mais tout est à faire!
Q. : Dans l'ensemble, les ésotéristes ont-ils accepté vos travaux
?
R.A. : En ce qui concerne la structure absolue : oui. Mais cela dépend
aussi de ce que vous appelez "ésotéristes" : il y a ceux qui cherchent
et ceux qui répètent comme des perroquets. Il y a des disciples
qui répètent un catéchisme, il y a des guénoniens qui répètent
Guénon, il y a des steinériens qui répètent Steiner. Steiner était
un immense génie, mais ses successeurs vivent-ils son enseignement
? Je ne sais pas, je ne suis pas dans le secret de leur conscience.
Pour vivre l'enseignement ésotérique, il faut le recréer. L'érudition
ne suffit pas. Et l'intérêt de la science numérale, justement,
c'est qu'elle vous oblige, si vous voulez suivre, à refaire vous-même
le travail que nous avons effectué, Hirsch et moi. Cette "Introduction à une théorie des nombres
bibliques" n'est pas un simple travail formel, comme l'était "La Bible, document chiffré". Je m'étais contenté dans ce dernier ouvrage d'établir des
liaisons arithmétiques, à partir des textes sacrés, Zohar , Sepher Yetzirah , Genèse de Moïse. Je trouvais des centaines et des centaines de relations.
Avec quelques modes opératoires très simples et peu nombreux,
l'on trouve un nombre impressionnant de "coïncidences", de "rencontres".
Le texte sert de parapet : c'est lui qui authentifie les calculs.
Mais il s'agissait toutefois d'exercices formels, et le nombre
des relations obtenues ne provoquait en fin de compte qu'un vertige.
Bien entendu, j'ai essayé à l'époque de donner à ces relations
une signification métaphysique, c'était même devenu, pour échapper
à ce vertige, une nécessité vitale pour moi ; mais je ne possédais
pas les instruments conceptuels nécessaires. Certes, le code et
les modes opératoires de 1950 sont selon moi définitifs, même
si l'étude des lettres finales de l'alphabet hébreu qui reste
à faire, peut, entre autres, introduire un ou deux modes opératoires
de plus, ce qui nous donne en tout six ou sept modes opératoires
pour des milliers de "coïncidences". Au début de la physique expérimentale,
ce n'est pas autrement que Bacon préjugeait l'existence des "lois".
Si la chute des corps est constatée universellement, en tous temps
et en tous lieux, l'on en déduit qu'il existe une loi de la chute
des corps, et on la cherche. Pour résumer, l'expérience était
trop riche pour les instruments théoriques dont je disposais à
l'époque. C'est pour cela que je n'ai pas voulu que "La Bible, document chiffré" soit réimprimé à partir de 1954-1955, car au même moment je
travaillais sur la structure absolue. Ce n'est que plus tard,
ayant maîtrisé cet instrument, qu'avec des amis nous avons repris
ces calculs. Les calculs et les relations restent exactement ce
qu'ils étaient mais les choses changent au niveau de l'interprétation
et de la mise en structure des relations. De plus, dans l' Introduction à une théorie des nombres bibliques, nous avons en plus étudié l'aspect sémantique de la chose et
procédé à une reconstitution phénoménologique. Depuis une vingtaine
d'années, et surtout depuis un an, dans l'exégèse biblique, l'on
s'est aperçu que les traductions ordinaires de ces textes sacrés
étaient extrêmement imparfaites, très dérivées, à un niveau d'interprétation
très bas. La tradition déclare d'ailleurs que les Ecritures ont
plusieurs sens : littéral, symbolique, hiéroglyphique... Il fallait
donc remonter au sens métaphysique des racines hébraïques.
Q. : Vous vous êtes, à ce sujet, intéressé aux travaux de Fabre
d'Olivet ?
R.A. : Bien entendu. Fabre d'Olivet a été l'initiateur de cette démarche.
C'était d'ailleurs un personnage extraordinaire : l'on peut se
demander comment, au début du dix-neuvième siècle, il pouvait
avoir la connaissance d'autant de langues anciennes. Mais l'on
peut avec les dictionnaires de racines hébraïques, qui n'existent
d'ailleurs pas en français mais seulement en anglais et en allemand,
avoir des surprises extraordinaires! Mon ami Charles Hirsch a
trouvé ces dictionnaires chez un vieux bouquiniste, c'est une
mine de renseignements fantastique. Je vous donne un exemple :
le mot "pécher". Ce mot, en fait, à l'origine, n'a pas du tout
une connotation morale. Dans son sens métaphysique, il signifie
"manquer la cible". Ce qui veut dire, par exemple, que commettre
"le péché de chair" ne signifie pas "faire l'amour" comme l'affirment
les dogmatiques qui transforment la métaphysique en morale, mais
"le faire mal". Et par conséquent se repentir, ce n'est pas du
tout avoir des remords, renoncer définitivement à faire l'amour
et devenir chaste, cela consiste à rentrer en soi-même, et aboutir
à se dire : la prochaine fois, je le ferai mieux. Un autre exemple,
significatif de ce rétablissement de sens : les deux séphiroth
que l'on nomme Sagesse et Intelligence . Elles forment un couple d'oppositions. La Sagesse est synthétique,
globaliste, unitaire, l'Intelligence, elle, est analytique. Par
conséquent, si vous considérez Sagesse et Intelligence isolément,
vous restez à mi-chemin, c'est le péché contre l'esprit. Sagesse
et Intelligence sont dans un rapport d'intégration à différenciation ;
ce couple intégration-différenciation, vous le retrouvez partout,
c'est la double opération de nos sens et de notre cerveau. Vous
analysez puis vous faites la synthèse, ou inversement. C'est la
démarche science-connaissance, tout simplement. De même, vous
ne pouvez séparer Formation et Création. Dans la Kabbale, l'on
parle du monde de la Formation et du monde de la Création. Depuis
mille ans, existent des exégèses très belles et très inutiles
qui disent séparément : voici ce qu'est la Formation, voici ce
qu'est la Création. Or, Création et Formation sont parfaitement
associées, ce sont encore les deux pôles d'un couple d'oppositions.
La Formation, c'est ce qui inclut le défaut, et la Création, c'est
ce qui exclut l'excès. La Formation, c'est le potier qui malaxe
sa pâte et la rend homogène ; la Création, c'est le sculpteur qui
va éliminer l'excès de la pâte pour faire des objets précis. C'est
toute une dialectique qui s'établit, qui apparaît étymologiquement
de par l'interprétation des racines... Mais il y a également un
autre aspect auquel nous nous sommes consacrés : celui de la reconstitution
phénoménologique, afin d'essayer de revivre en nous-mêmes la signification
des séphiroth. C'est là une recréation intérieure, une véritable
conversion au sens où Husserl l'entend, car la philosophie de
Husserl est une philosophie de la conversion. C'est pour cela
qu'Husserl est à la fois si important et si incompris : la conversion
n'est pas susceptible d'un enseignement universitaire. L'on peut
bien sûr enseigner la phénoménologie à des milliers d'étudiants, mais combien d'entre
eux feront l'expérience phénoménologique ? On n'en peut rien dire
à l'avance. Il y a une pédagogie de la phénoménologie qui est
la phénoménologie elle-même.
Q. : J'ai eu l'impression, en lisant par exemple certains passages
de La structure absolue , et je m'avance prudemment, que cette expérience phénoménologique
ressemble par certains côtés à l'expérience du Zen, notamment
le fait de voir quelque chose en face de soi, se reconnaître comme
le voyant, sans le nier ni pour autant lui reconnaître une valeur
objective.
R.A. : Les koans du Zen sont des coups de poing que l'on vous assène,
des contradictions qui doivent vous faire réagir. Le maître Zen
vous donne un coup de bâton, parce que vous avez réagi intellectuellement,
analytiquement, ou trivialement. Mais cela, c'est la "voie abrupte".
Tandis que la phénoménologie telle que je la conçois, est une
voie qui, elle, reste analytique dans la mesure où vous devez
décomposer les couples d'oppositions. Mais si vous en restez à
ce stade, vous n'avez rien fait. Décomposer les couples d'oppositions,
c'est utiliser la science que vous avez déjà acquise. Savoir si
un champ est pertinent, s'il est quadraturable selon quatre pôles,
cela ne dépend que de votre connaissance préalable. Mais sortir
de ce champ, c'est là un acte d'intuition créateur et instantané.
C'est pour cela que j'oppose l'état mystique à la voie gnostique. Il n'empêche qu'à la fin la gnose est illuminative
comme la mystique, et même il n'y a pas de séparation entre les
deux. Ne me dites pas que je crée une nouvelle dualité. Cela converge.
...Pour en revenir à cette re-création phénoménologique dont je
parlais, qui est illuminative, non seulement vous sortez complètement
du petit symbolisme approximatif, émotionnel ou esthétique, mais
les conséquences éthiques de l'adoption du principe de l'interdépendance universelle sont
considérables. Les notions de culpabilité et même de responsabilité
individuelles sont bouleversées.
Q. : Au sujet de votre méthode numérologique, certains faits m'ont
troublé : je l'ai appliquée à d'autres textes que la Bible - dont
personnellement je ne crois pas à l'origine sacrée -, à savoir
le Livre de la Loi d'Aleister Crowley, et au système kabbalistique de la Golden
Dawn. J'ai trouvé un grand nombre de relations, mais je ne peux
m'empêcher de rester sceptique face à celles-ci : par exemple,
je sais très bien que les textes de la G.D. sont très frelatés,
pour preuve la pratique occultiste assez idiote de transcrire
en hébreu des mots égyptiens. Pourtant, en utilisant très peu
de modes opératoires - moins que vous -, j'ai obtenu une série
de correspondances. J'en viens à me demander si l'obtention de
ces résultats est due à la nature du texte employé, ou due...
R.A. : ...Au fait que les nombres soient en eux-mêmes suffisamment
riches, pour que grâce à un petit nombre de modes opératoires,
l'on puisse trouver des connexions, partout, quel que soit le
texte ? Au début de mes études de numérologie, je raisonnais comme
vous, critiquant les propositions de mon maître spirituel, Pierre
de Combas. C'est justement en essayant de mettre en forme scientifique
la science numérale de ce dernier, que j'eus la révélation de
mon code, en 1946. Je me souviens très bien, il était dix heures
du matin, et le manque d'homogénéité de sa numérologie m'exaspérait,
lorsque j'ai trouvé mon code, ou plutôt j'en ai eu l'idée, ce
fut véritablement une expérience mystique de laquelle je mis trois
heures à me remettre. Le premier calcul auquel je me suis alors
livré portait sur les trois séphiroth de la colonne de Clémence,
censées contenir d'après le texte du Zohar, "deux cent quarante
huit préceptes positifs" : je fis le total des trois nombres que
je venais de trouver : deux cent quarante huit. Coïncidence, direz-vous.
J'ai effectué des calculs sur les autres nombres de l'arbre des séphiroth, et j'ai trouvé des corrélations par centaines, et cela
immédiatement. Ce fut une expérience foudroyante. Seulement, et
je réponds ici à votre question : les relations que je trouvais
possédaient une signification, ou tout au moins un début de signification
suggéré par le texte. J'avais l'impression d'ailleurs d'être
piloté, dirigé vers un certain nombre d'opérations. Par exemple,
en haut de la construction, j'étudiais le nombre 166 (valeur de
l' Ain-Soph, l'indéterminé) mais j'étais également conduit à former 616
et 661, et je trouvais au total 1443. Or 443 est le nombre de
Malkuth, la dernière séphirah, à la base de la construction, dont l'Ain-Soph
occupe le sommet. Tout se passait comme si l'unité de 1 - 443
restait en haut, 443 descendant à l'extrême-bas en se séparant
de la transcendance du 1. Si Malkuth , en descendant, avait prétendu emporter illégitimement le 1
avec elle, elle fût devenue 1 + 443 = 444, valeur de Lilith , l'ange déchu et maudit. Il ne s'agit donc pas de simples relations
arithmétiques formelles. C'est leur sens métaphysique qui les
justifie.
Q. : Et que pensent les kabbalistes juifs de vos travaux numérologiques
?
R.A. : Ils y sont totalement imperméables, ils refusent même d'ouvrir
notre ouvrage, prétextant que la clé n'est pas traditionnelle.
Depuis mille ans, ils font des calculs à l'aide de leur clé de
1 à 400 qui n'ont jamais rien donné, sinon des fantaisies.
Q. : Pour aborder une autre problématique, celle des rapports entre
la réversibilité du temps et la structure absolue, le dernier
livre de Fred Hoyle, The intelligent universe, semble y apporter des éléments nouveaux et d'un grand intérêt.
Il y pose l'hypothèse selon laquelle un transfert d'informations
du futur vers le passé expliquerait le mystérieux passage du bruit
de fond initial à l'ordre universel.
R.A. : C'est là le langage des physiciens avancés, tel Costa de Beauregard.
Hoyle est un homme qui a joué un rôle considérable dans ma vie.
Il a créé une cosmologie dans les années quarante : la théorie
de l'univers stationnaire, qui se trouvait être tout à fait satisfaisante
du point de vue de la structure absolue. Plus tard, malheureusement,
dans les années soixante, la découverte des radios-sources aurait
infirmé la théorie de l'univers stationnaire. Depuis, j'attends
avec impatience le moment où Hoyle réalisera la synthèse.
Q : Il y vient. Il a adopté une autre théorie d'ordre biologique
pour confirmer celle de l'univers stationnaire. En effet, d'après
cette théorie, le rayonnement primordial devrait être en lumière
stellaire, or il est en ondes hertziennes, ce qui confirme la
théorie du big-bang. Mais Hoyle revient à la charge en affirmant
que les nuages de poussière interstellaire sont constitués de
bactéries, et il se trouve justement que celles-ci ou du moins
certaines d'entre elles pourraient, de par leur forme, convertir
la lumière stellaire en ondes hertziennes! Voilà donc sa théorie
relancée.
R.A. : Magnifique ...voyez-vous, je deviens de plus en plus "homme
de science".
J'attache une grande importance à la conversion des savants. Nous
parlions précédemment des états particuliers dans lesquels ils
peuvent faire leurs découvertes : Einstein, par exemple, a certainement
trouvé la relativité dans un état second. Un bon astrologue travaille
dans de tels états, il est visionnaire : il ne travaille pas de
façon analytique ou alors c'est un mauvais astrologue.
Q. : De même, Monod, comme il le relate dans un article, s'était
un jour surpris s'identifiant à une protéine, afin d'étudier ses
réactions.
R.A. : Pareillement, Hirsch, dans notre ouvrage commun, déclare textuellement
qu'il faut s'identifier à l'arbre des séphiroth. Ou à une séphirah
: Kether, Tiphereth... Si l'on admet que Tiphereth est le Moi
transcendantal, et tout l'indique, s'identifier à Tiphereth va
de soi. Il n'y a plus de problèmes à ce moment-là : vous êtes
dans l'indépassable absolu. Au contraire, la science est inachevable,
elle est en état de dépassement perpétuel de soi. En d'autres
termes, la réduction des propriétés locales aux propriétés globales,
certains disent des propriétés de situation aux propriétés de
structure n'y sera jamais achevée. Mais c'est là tout le drame
de la connaissance : vivre la dialectique de la perpétuité du
dépassement et de la présence de l'indépassable. La perpétuité
hors de nous, la présence en nous. Cette présence en nous implique
la transfiguration du monde. Les savants avancés, je veux dire
surtout les physiciens de la mécanique quantique, qui sont désormais
convaincus de la nécessité de sortir de l'ancienne logique cartésienne,
se trouvent ainsi quelque peu en porte-à-faux. Ce qu'on a appelé
le paradoxe d'Einstein-Podolsky-Rosen vient d'être élucidé en
leur faveur. L'expérience a donné raison à Bohr contre Einstein.
Mais faut-il pour cela parler d'indéterminisme et refuser à Einstein
le droit de maintenir sa célèbre formule : "Dieu ne joue pas aux
dés avec le monde"? On est frappé par l'abus que font actuellement
les philosophes universitaires de tout un ensemble de concepts
négatifs : l'indéterminisme, le désordre, le flou, le vide, l'inconscient,
le hasard, etc.. C'est une mode qui tient à l'invasion de la philosophie
universitaire par les "littéraires". Ces concepts n'ont qu'une
générativité esthétique ou émotionnelle. Il me semble qu'on confond
"indéterminisme" et "imprédictibilité". La conversion des savants
passe par la clarification de ce genre de confusions.
(propos recueillis par Ph. PISSIER et Jérémie A. Weish, relus
par R. Abellio)
NOTES
(1) Sénaire : Dans La Structure Absolue, Abellio présente sa "sphère sénaire universelle" à partir de
l'exemple de la perception : "Finalement, c'est à deux couples
actif-passif et non à un seul que nous avons affaire et la perception
globale s'établit sous la forme d'une proportion :
La sphère sénaire universelle :
livre/monde = œil/corps, ou encore :
objet/monde = organe des sens/corps ; le signe intermédiaire "égal" ayant ici une signification conventionnelle
mais symbolique (...). Tout se passe comme si, dans une première
ek-stase, le monde, par essence actif (+), activait pour moi un
objet jusque-là passif (-), en sorte qu'un courant (→) s'établit
entre le monde et l'objet qui s'enlève sur lui.
(2) SARTRE (Jean-Paul) (1905-1980), né à Paris, philosophe et écrivain.
I1 exposa sa philosophie, l'existentialisme, dans sa thèse de
doctorat L'Etre et le Néant (1943), et la résuma à l'usage du grand public dans l'Existentialisme est un humanisme (1946). Ses romans sont des illustrations de la philosophie existentialiste
: la Nausée (1938), les Chemins de la Liberté (1945-1950) sont les principaux. Prix Nobel de littérature (1964),
il refusa cette distinction.
(3) MERLEAU-PONTY (Maurice) (1908-1961), né à Rochefort-sur-Mer,
philosophe français. I1 a dirigé pendant un temps la revue les Temps modernes en collaboration avec J.-P. Sartre. Comme lui, il s'inspire philosophiquement
de Kierkegaard, de Husserl et de Heidegger. I1 est considéré comme
un des représentants majeurs de l'existentialisme.
Principaux ouvrages : Phénoménologie de la Perception, Humanisme et Terreur, les Aventures
de la Dialectique, Signes.
(4) HUSSERL (Edmund) (1859-1938), né à Prossnitz,
Moravie, philosophe allemand. Sa philosophie se place en réaction contre
le subjectivisme et l'irrationalisme du début du siècle. Selon Husserl,
la philosophie peut être considérée comme une science rigoureuse
puisqu'une "intuition des essences" nous permet d'atteindre celles-ci dans leur
permanence et leur objectivité. Toute perception est perception
de quelque chose : la conscience est donc visée intentionnelle
d'un phénomène, à laquelle correspond dans l'être une rationalité
qui lui confère un sens. La doctrine se définit comme phénoménologie
ou comme science descriptive des essences. Elle ne se rattache
cependant pas à un platonisme qui, lui, prend une option ontologique
sur la réalité de ces essences. Celles-ci nous sont simplement
"données".
Œuvres principales : Recherches logiques, Idées directrices pour une phénoménologie,
Logique formelle et logique transcendantale, Méditations cartésiennes,
La Crise de la science européenne.
© Philippe Pissier (5 rue Clémenceau, F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER).
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