SPARTAKUS FREEMANN :
RITUELS EN PSYCHIATRIE
PSYKIATRIK CHAOS MAGICK
Il y a quelque temps, nous avons été amené à entrer dans une institution psychiatrique afin de soigner officiellement une dépression nerveuse et officieusement afin de prendre quelques mois de congés aux frais de la princesse.
Faire un break, prendre du recul par rapport à l'ennui de la vie, changer d'air pendant quelques temps...
Il n'est pas facile d'entrer dans ce genre d'endroit, il y a d'abord le regard que l'on porte sur vous – on vous juge subitement comme un "fou" ou du moins comme assez "bizarre" lorsque vous entrez dans ce genre d'institutions – et puis le regard que l'on porte sur soi-même.
Comme le but de ce papier n'est pas de parler des raisons qui m'ont fait choisir d'entrer dans un hôpital psychiatrique plutôt que de rester chez moi, je vais me contenter de vous raconter deux opérations à titre d'exemples.
Passer les grilles fut la première opération de magick réalisée dans cet endroit. Bizarre me direz-vous de faire une telle chose en un tel lieu. Et pourtant, entrer dans un lieu est un acte d'une extrême importance et ne pas respecter certaines règles peut avoir des conséquences tragiques sur les événements pouvant y survenir.
Arriver dans un lieu dans une attitude de conquérant peut par exemple vous jouer bien des tours. Ainsi, en ce lieu particulier, vous risquez fort de vous retrouver avec une belle camisole de force à psalmodier des mantras dans une chambre capitonnée. A l'inverse, jouer le malade compulsif peut vous y faire colloquer à vie. Il est donc bien important de réaliser un rituel qui aura pour but de vous donner la faveur des esprits du lieu tout en vous protégeant des influences néfastes qui pourraient vous tomber dessus.
Devant la grille verte – le vert, la couleur de Vénus – je me suis tenu bras le long du corps, les yeux fermés. Afin d'entrer en contact avec les esprits tutélaires de l'endroit, j'ai allumé une cigarette rituelle, j'ai alors inhalé la fumée puis ai pris dans ma main gauche mes parties génitales tout en récitant cette incantation : "Esprits du lieu, soyez le témoin de mon entrée pacifique sur le territoire magicke par vous gardé. Par le pouvoir de mon Saint Ange Gardien, par le Force de ma Volonté, j'entre en ce lieu en paix, libre et heureux. Esprits du lieu, soyez mes aides pour la durée de mon séjour et préservez-moi de tout mal connu ou inconnu".
Ensuite, j'ai ouvert les yeux et là, devant moi, la grille s'est ouverte et au-dessus de cette grille une lueur, signe que je pouvais sans crainte passer la porte du lieu, avec la bienveillance des esprits du lieu.
Revenons sur la couleur de la grille qui doit nous renseigner sur la qualité des gardiens. Le vert est la couleur de Vénus comme nous l'avons dit, et il y avait exactement 13 barreaux, 13, la valeur numérique de Ahavah, l'Amour en hébreu. Ce lieu devait donc, très certainement, être sous la tutelle d'Esprits vénusiaques. Ayant passé la porte, je récitai alors un hymne à la gloire de Vénus, une érection fut le signe de la bienveillance et de la réponse de déesse.
Bon, je vous ferai grâce de mes moments d'extases passés entre les bras de diverses compagnes et des orgies sacrées, dignement accomplies dans des endroits clos et à l'abri du regard des profanes infirmières... Heureusement, pas de maladie de Vénus...
Le second rituel majeur fut le plus spontané et le plus étrange de toute mon existence.
Dans ma chambre, j'écoutais le magnifique album "Roots" de Sepultura, vous savez cet album très ethnique enregistré au sein d'une tribu amazonienne. Allongé sur mon lit je repensais aux jours anciens à jamais disparus et c'est là que j'eus le désir impulsif de pratiquer un rituel du sang. Un rituel sauvage, improvisé et totalement personnel. Il restera dans ma mémoire comme un bijou subtil et sombre...
Préludes : rassembler le matériel improvisé. Une lame de rasoir Bic, une bougie noire (amenée avec moi), une cigarette. Assez simple, à la portée de tout magickien, voire de tout profane. Ensuite, ouvrir un temple personnel improvisé. Pour ce faire : repérer où se trouve l'est, approximativement par rapport à la position du soleil.
Ensuite, se tenir à l'est, les bras le long du corps, pointer l'index devant soi et tracer un pentagramme invocatoire de l'Esprit en vibrant "Hé", se tourner vers le nord, tracer le pentagramme et vibrer "Hé", se tourner vers l'ouest, tracer le pentagramme et vibrer "Hé", se tourner vers le sud, tracer le pentagramme et vibrer "Hé".
Ramener les bras le long du corps puis se saisir de ses parties génitales et vibrer "Shin" jusqu'à en perdre le souffle... Prononcer alors la formule de consécration : "Par ma Volonté, par mon Ame, par mes Pouvoirs, que ce lieu soit ici, maintenant et à jamais le temple de ma magie". Allumer la cigarette, inhaler la fumée et la souffler aux quatre coins du temple, en haut puis en bas, passer la cigarette sur le corps afin que la fumée sanctifie le corps de l'officiant. Eteindre la cigarette.
Le Temple étant à présent consacré, l'officiant peut entreprendre le Rituel proprement dit. Tout d'abord, il faudra tracer un cercle de protection. Avec la lame de rasoir, faire une entaille dans son bras gauche puis dans son bras droit. Il faut que l'entaille soit suffisante pour récolter le sang. Prendre du sang et tracer un cercle de protection à l'endroit où le rituel va avoir lieu.
Ensuite, avec l'index de la main gauche, prendre du sang et tracer un Shin sur son front en vibrant "Shin", puis tracer de la même manière un Vav sur la joue droite en vibrant Vav, tracer alors un Aleph sur la main droite en vibrant le silence... Avec l'index de la main droite, tracer un Vav sur la joue gauche en vibrant "Vav", tracer un Aleph sur la main gauche en vibrant le silence.
L'officiant peut ensuite barbouiller le reste du corps comme bon lui semblera en récitant les phrases barbares suivantes "Rakamatrabatragoumatra Hagramatragata Ramatata Ouka Bouga Oum Ha".
Fermer les yeux et réciter alors l'invocation suivante : "Par ma Volonté, je somme mon HGA de se faire apparition visible en ce lieu à en ce moment précis afin de faire ma Volonté". Si le rituel est correctement effectué, l'HGA devrait apparaître. L'officiant pourra alors converser avec lui et demander que ses désirs les plus immédiats soient réalisés.
Pour fermer la cérémonie, l'officiant devra faire un bannissement du pentagramme aux quatre coins du Temple après avoir remercié son HGA pour l'entretien accordé. Il se peut que l'HGA demande à l'officiant de réaliser certains rituels secrets que la morale ne nous permet pas d'expliquer plus avant.
Quoiqu'il en soit, l'officiant devrait se sentir calme et reposé, ses soucis devraient lui sembler d'un autre monde... Si le rituel n'était pas correctement exécuté, il se peut que la santé mentale soit malmenée...
Le Temple fermé, l'officiant doit impérativement sortir de la chambre en portant les symboles magickes tracés sur son visage et ses mains, se rendre dans un lieu où se trouvent des êtres humains "normaux" et s'exhiber sans pudeur ou crainte.
Les résultats sont immédiats. Dans notre cas, nous avions demandé à notre HGA une solitude absolue et la réalisation d'un acte de copulation. L'isolement nous fut prodigué par les infirmières qui nous isolèrent dans la Chambre n°1, c'est-à-dire la chambre d'isolement. Pour l'acte de copulation, deux jours plus tard, l'aura d'invincibilité et de folie qui planait sur nous aboutira à une union sous les auspices de Vénus et de Sacher Masoch. Résultat positif sur toute la ligne, donc.
En plus du plaisir de ce rituel, nous garderons en mémoire les instants délicieux qui suivirent la sortie de la chambre. Tous ces visages livides de peur à la vue du sang, toute cette agitation médicale autour de notre sainte personne, toute cette féerie et ce sentiment de puissance absolue, passant tel un roi parmi les gueux, nous sentions couler en nous le sang des Crowley et autres chanteurs de hard-rock, la tête emplie des hymnes de Sepultura, nous avancions tel un prince au milieu d'un parvis de mendiants de lumière...
Spartakus FreeMann, Nadir de Guantanamo, février 2004 e.v.
M'écrire pour me dire tout le bien que vous pensez de moi