ALEISTER CROWLEY :

 

 

LINOS ISIDOS

 

 

Vois ! je me lamente. A terre l'Etoile sextuple :

Asar mort assassiné.

Ô toi à moi jumelé dans la matrice de la Nuit !

Ô Fruit qu'offrent mes entrailles au Seigneur de la Lumière !

Ô homme mien qui me délivra

De la honte de ma virginité !

Où es-tu ? N'est-ce point Apep ton frère,

Le serpent dedans la matrice de moi ta mère,

Qui t'assassina grâce à violence ceinte de malice,

Et dispersa tes membres dans le Nil ?

 

Vois ! je me lamente. Une tourbillonnante Etoile j'ai forgée :

Asar je recherche.

Ô Nepti, toi ma sœur ! Surgis au crépuscule

Depuis ta chambre de mystère comme de musc !

Suis-moi, bien que pénible le sentier,

Allons rendre sa vie à l'argile déchirée !

Tiens ? Ne seraient-ce point les mains qui la joie

Tissaient, et ne vois-je point les bras qui contre moi

Luttèrent ? Et voici et les pieds et les cuisses

Qui adorables étaient à mes yeux.

 

Vois ! je me lamente. Et dans mon char, ta tête

Je recueille, Asar.

Et cela n'est-ce point le torse qu'il lacéra ?

Mais oh ! oh ! oh ! une fois la tâche transcendée,

Où donc la sainte idole qui érigée

De ta reine en extase était le dieu ?

Voici la tente où donc le mât ?

Voici le corps où donc l'âme ?

Nepti, ô ma sœur, la quête est inachevée

Car point n'avons retrouvé Cela de toute nécessité !

 

Vois ! je me lamente. Nul dieu

A hauteur de mon Asar !

Aucun espoir, aucun, dans le cadavre, dedans la tombe.

Mais ceux-là qui sont ceux-là qui en ma matrice guerroient ?

Enfin présentes victoire et vengeance de Maat

Dedans Râ-Hoor-Khuit et dedans Hoor-pa-Kraat !

Jumeaux se révolteront-ils ; ne faisant qu'un car jumeaux,

Le Seigneur de l'Epée et le Fils du Soleil !

Silence, confrère de la Voix qui les mêmes années partage,

Les plumes d'Amoun occasion d'allégresse !

 

Vois ! je me réjouis. Et cicatrise la sanglante blessure

D'Asar assassiné.

J'étais le Passé, Mère Nature.

Il fut le Présent, l'Homme mon frère.

Et soudain le Futur, l'Enfant ô louons

L'Enfant couronné en l'Eon Léonin !

Les aubes marines se soulèvent et s'enflent et se brisent

Sous le fouet de l'Etoile et du Serpent.

Pour mon seigneur accouchai-je de mon souterrain matriciel

Cet enfant qui dans le toujours est porté au ciel !

 


 

LINOS ISIDOS : première publication in "The Equinox", Vol. I, n° 4 (Londres, 1910).

Traduction © Philippe Pissier (5 rue Clémenceau / F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER).

Cette version française est parue dans la seconde livraison de la revue "Equinoxe", mai 1995 e.v.

ISSN 1261-503 X.


 

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