ALEISTER CROWLEY :

 

 

 

DIEU LIBRE ET LIBERTIN

 

 

 

I

 

Dieu libre et libertin, sacrifice et hommage;

De ma virginité recevez les louanges!

Votre empire triomphe sur mon pucelage,

Paradis de la boue, empire de la fange!

 

 

II

 

Chez vous les crimes infâmes ne sont que des blagues;

Chez vous, mon Dieu, les dieux ne sont que des idées.

Frappez votre esclave! Ah! le sang qui coule en vagues

La comblera de joie, éventrée et pâmée.

Chez vous les crimes infâmes ne sont que des blagues.

 

 

III

 

Satyre se moquant des femmes légitimes,

La mort est une blague, et l'amour trop comique.

Vous êtes un dieu! pour vous les seules choses intimes,

Dieu qui m'a baisé tant! sont les choses cosmiques.

Satyre se moquant des femmes légitimes.

 

 

IV

 

Dieu qui m'a baisé tant! Baisez-moi donc encore!

Vous m'avez rendu ma chère virginité.

C'est pourquoi follement sous vous, ah! je me tords

Eros inconnu, masque illisible et doré!

Dieu qui m'a baisé tant! Baisez-moi donc encore!

 

 

V

 

Vous qui vous dressez sur l'abîme de l'enfer,

Vous dont les plumes gravissent le haut des cieux,

A moi la bouche d'or, à moi le v.. de fer!

A l'âme, au corps! Je suis la déesse des dieux -

Et je me dresse sur l'abîme de l'enfer.

 

 


 

Texte, rédigé en français, ouvrant le recueil "Clouds without Water" (Londres, 1909).

 


 

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