ALEISTER CROWLEY :
COLOPHON
À Laylah Huit-et-Vingt
Lampe de vivante beauté,
Femelle miraculeusement mâle,
Extase de ton propre excès
Rougissant de part en part le voile velouté
Où s'embrasent les joues olivâtres
Par l'ombre adoucies en neige,
Aux mamelles telles un flot de Bacchantes
Sous l'altière gorge phallique !
De mon pèlerinage sois la lumière,
Et rire sage et charmant,
Jusqu'à ce que s'éteigne sous ta caresse
Ce jour de ténèbres qu'est ma vie,
Toi mon délire et mon brasier,
Lampe de vivante beauté !
Toi, souveraine de la verge
Qui sous ton emprise
Rejoint les divines galaxies
Depuis l'abîme où s'interrompt l'océan,
Antre du dragon, rose vermeille,
Coeur de l'enfer, parvis du jardin,
Pétale de jacinthe aux douces fragrances,
Sabot fendu de la joyeuse gazelle,
Sois mienne comme je suis tien,
Comme lors du sacre du soleil
S'entrelacent les fanions de la vigne,
Toi la même et moi l'autre
Étant et devenant un
Sur l'abaque de Dieu !
Toi, serpent sacré qui la mort
Cultive, cimier de gemmes en travers de
L'enchantement des ans,
Tout mon amour, ma perte.
Vie et mort, deux et un,
Amour et haine, lune et soleil,
Ténèbres et clarté, jamais ne dérogent
À la règle, constatant la vigueur,
Citant le nom, exagérant l'outrance
De ta lampe de beauté,
Vif serpent de languissante tendresse,
Qui dresse ithyphallique
Son Palladium plus haut que
L'enchantement des ans !
COLOPHON : TO LAYLAH EIGHT AND TWENTY : première publication in "The Equinox", Vol. I, n° 10 (Londres, 1913).
© Ordo Templi Orientis (JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA) pour le texte anglais et © Philippe Pissier
(5 rue Clémenceau / F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) pour la traduction.
Cette version française est parue dans la seconde livraison de la revue "Equinoxe", mai 1995 e.v.
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