APHORISMES

 

 

 

 

 

Si nous sommes dans le même pétrin, c'est bien que nous sommes en train de fabriquer le même pain.

 

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Le sérieux est un des masques de l'ennui, mais pas la gravité qui —elle— est habitée.

 

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Tout le monde connaît l'utilité d'être utile. Seul le poète connaît l'utilité d'être inutile. La poésie est la positivité de l'inutile.

 

Menue monnaie de l'inutile : les conversations de salon (à la place du dialogue), le sérieux (à la place de la gravité), le travail (au lieu de l'œuvre), le baisage (au lieu de l'amour) et mille autres détails de l'existence (à la place de la vie).

 

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L'indépendance est dégagement. A cheval, l'indépendance fait le tape-cul ; elle conduit à la solitude. La dépendance —elle— conduit à la fascination. La liberté est engagement ; elle fait corps avec le cheval ; elle conduit à la communion.

 

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Quand on vit dans l'Amour, quand on vit d'Amour, quand on vit l'Amour, on n'a plus besoin d'aimer ni d'être aimé.

 

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Si Dieu est l'être de l'homme, l'homme est la conscience de Dieu.

 

L'être est à la conscience ce que la coïncidence est à la distance.

 

La chute c'est la Séparation : le passage de la coïncidence à la distance.

 

L'individu — lui — n'est que la constipation de l'être ! L'individu existe, il n'est pas.

 

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Les ésotéristes ou les traditionnalistes sont presque toujours réactionnaires ; ils sont condamnés aujourd'hui à manger le rôti sans la sauce ou la sauce sans le rôti.

 

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On ne choisit pas d'être révolutionnaire parce que c'est la Révolution qui nous constitue.

 

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La Tradition dit que le ciel est mâle et la terre femelle parce que la terre est fécondée par les eaux du ciel. La Révolution dit le contraire : le ciel, comme vacuité, est femelle tandis que, matière en relief et plénitude, la terre est mâle.

 

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Je n'invente rien. Je découvre...

 

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Le verre vide force la bouteille pleine à se déboucher.

 

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Tout est toujours possible, mais jamais n'importe quoi, n'importe quand et n'importe comment.

 

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Si la vie est simple, elle n'est pas moins complexe dans l'esprit, mais si l'esprit est pur, il n'en est pas moins complexe dans la vie.

 

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Le jour on existe. La nuit on vit ou on songe.

 

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Le théâtre est juste mais il n'est pas vrai. La réalité est vraie mais elle n'est pas juste. La fonction créatrice est de faire en sorte que la réalité — qui est vraie — devienne, en plus, juste. Et de faire en sorte que le théâtre — qui est juste — devienne vrai.

 

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Dans l'existence, ce n'est pas ce qu'on fait qui compte, c'est le rapport que l'on a avec ce que l'on fait. Ce qu'on fait n'a en soi aucune importance. Si l'on n'a pas un rapport juste avec ce que l'on fait, même si ce que l'on fait est bien fait, cela ne vaut rien : on réalise mais on ne se réalise pas, on accomplit mais on ne s'accomplit pas.

 

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Le bon sens est possible dans l'existence, mais dans l'essence il n'y a pas de sens du tout.

 

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Chaque être humain est le rêve du monde. Le monde épouse l’homme dans le rêve.

 

Le sommeil de l'homme est la façon dont le monde parle en lui. L'activité de veille de l'homme est la façon dont le monde rêve. Le jour c'est l'homme qui fait l'amour avec le monde. La nuit c'est le monde qui fait l'amour avec l'homme. A partir du moment où on accepte ça comme une réalité, tout change : il y a entre le monde et l'homme des égards !

 

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Le langage est à la fois en deçà et au-delà de l'existence ; il est à l'état de son dans la Naissance et à l'état de silence dans la Mort. La prise de conscience du langage exige le passage par la Mort. L'état de l'homme après la Mort est un état de langage, un corps de langage...

 

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II y a deux Ténèbres : les Ténèbres du Plein et les Ténèbres du Vide.

 

Les Ténèbres du Plein c'est le Chaos. Les Ténèbres du Vide c'est le Néant.

 

La Naissance vient du Chaos. La Mort est la rencontre du Néant.

 

Le Chaos est au Néant ce que le Tout est au Rien.

 

Quand le Rien regarde le Tout, il a de l'Humour.

 

Quand le Tout regarde le Rien, il a le sentiment de l'Absurde.

 

L'Humour est à l'Absurde ce que la Mort est à la Naissance.

 

Quand la Mort regarde la Naissance, elle a de l'Humour.

 

Quand la Naissance regarde la Mort, elle a le sentiment de l'Absurde.

 

L'Absurde est au Chaos ce que l'Humour est au Néant.

 

Quand le Néant regarde le Chaos, il a de l'Humour.

 

Quand le Chaos regarde le Néant, il a le sentiment de l'Absurde.

 

Sans Absurde et sans Humour, il n'y a pas d'Amour.

 

Ceux qui ne connaissent que l'affection ou l'adoration ne sont pas libres.

 

L'affection est un cordon ombilical ; elle est attachée par le bas.

 

L'adoration est une distance qui sacralise le haut.

 

Il n'y a ni choix ni liberté dans l'affection ou l'adoration.

 

Pour connaître l'Amour, il faut commencer ou par l'Humour ou par l'Absurde.

 

Tout dépend de vous : ou bien vous mettez le sucre dans votre tasse avant d'y verser le café ou bien vous versez le café avant d'y mettre le sucre !

 

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(L'universalité, qu'est-ce que c'est ? C'est l'intégration progressive de toutes les singularités, comme le sucre qui se met à fondre tout doucement dans le café.)

 

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La substance étant une masse qui demeure, il faut y trouver le Verbe des relations. Le jeu de mots doit être une possibilité de permutation à l'intérieur de la subtance ; il a toute sa vertu quand il permet de faire jouer toutes les permutations sans que la substance soit dégradée. Le vrai jeu de mots est celui qui permet de déplacer les murs sans que la maison ne s'écroule. Or il y a des murs qui sont des supports absolument nécessaires dans le plein. Alors il faut pouvoir enlever les murs qui soutiennent l'édifice en remplaçant d'un seul coup la présence du plein par la puissance du vide !

 

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Dans l'univers, aucune planète ne désire changer de système solaire, aucune étoile ne désire changer de constellation. L'homme est le seul qui désire aller ailleurs. C'est dire que l'homme est un véhicule et l'univers une demeure. Donc l'univers est une tradition. Et ce qui donne de la valeur à cette tradition c'est l'homme qui en est la révolution. Mais ce qui donne de la valeur a cette révolution c'est l'univers. Il ne faut pas diminuer... l'univers !

 

 

 

Jean Carteret

 

[texte publié in LES CAHIERS OBLIQUES n°2, Nyons, 1980]

 

© The Estate of Jean Carteret

 

 

 


 

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