Le Lemegetton. Un livre dont le nom est connu de beaucoup, son contenu l'étant beaucoup moins, spécialement chez les occultistes francophones. Car, jusqu'au travail de traduction quasi titanesque effectué par Philippe Pissier, cet opus de la culture occulte occidentale n'était accessible qu'aux chercheurs anglophones ou tout du moins à ceux dont le niveau dans la langue de Shakespeare était suffisant pour comprendre ce grimoire écrit en vieil anglais.
Mais qu'est véritablement le Lemegetton, au-delà de la réputation qui le précède ? Que renferme ce livre dont la lecture est recommandée par plusieurs cénacles occidentaux, toutes voies confondues ?
Lorsque l'on a déjà feuilleté plusieurs "grimoires" médiévaux ou ultérieurs, on peut être quelque peu échaudé et se dire qu'il ne s'agit sans doute là que d'un ramassis de recettes sans queue ni tête, ou de rituels délirants, impossibles à réaliser.
Mais le Lemegetton n'est rien de tout cela. Ce grimoire, que l'on dit écrit par Salomon lui-même, est, contrairement à beaucoup de grimoires occidentaux, un véritable manuel de magie pratique, et un support d'information privilégié pour tout chercheur des sciences cachées.
J'ai été surprise lorsque j'ai lu le Lemegetton la première fois. Je m'attendais encore à l'un de ces pseudo-grimoires qui pullulent dans les librairies ésotériques, un de ces livres de désinformation écrits par les pouvoirs ecclésiastiques alors en place pour discréditer les chercheurs et les pratiquants de l'occulte. Mais rien de tout cela. Dès la lecture du premier livre du Lemegetton, La Goetia, j'ai été agréablement surprise par le sérieux de cette oeuvre, et par la tournure résolument pratique, sans surcharge ni discours alambiqué, avec des explications simples mais détaillées sur la façon de faire appel aux entités mentionnées tout au long du grimoire. Et s'il commence par les entités dites mauvaises, le Lemegetton n'en oublie pas pour autant les autres, mi-bonnes mi-mauvaises, bonnes, voire angéliques.
Car le Lemegetton n'est pas qu'une longue liste de noms d'entités, de sceaux et d'instructions pratiques, c'est aussi l'image d'un chemin d'évolution. Car en allant du premier au quatrième livre, vous ne pourrez que remarquer la transition graduelle qui vous amènera des démons de la Goetia aux anges et archanges de l'Ars Almadel. Et après l'ascension du chtonien au céleste, le cinquième livre du Lemegetton, l'Ars Nova, vous permettra d'acquérir les dernières clés donnant accès au contrôle de tous les "esprits", bons ou mauvais, démoniaques ou divins.
Alliant la magie des Sceaux et celle du Verbe, le Lemegetton permet, à celui qui sait le comprendre, de décrypter et de maîtriser le fonctionnement de l'esprit humain et de ses "fantasmes". C'est tout cela qui fait du Lemegetton un grimoire encore digne d'attention, dont les informations sont utilisables même par des étudiants des voies magiques récentes : sorcellerie moderne, Magick et même Chaos Magick.
Mais si le Lemegetton se caractérise par sa simplicité, l'Ars Notoria qui lui a été ajouté en annexe brille par sa complexité et son décalage complet avec les cinq autres livres. Car là où le Lemegetton est un manuel pratique de magie juive, précis et concis, l'Ars Notoria est un livre de magie chrétienne, abscons et tortueux au premier abord. Mais à y regarder de plus près, l'Ars Notoria est en fait un texte crypté, dont les reports et les notes ne sont là que pour décourager le plus grand nombre. Avis aux amateurs de décryptage et de chasse aux trésors, ce livre sera pour vous un vrai défi.
J'arrête là cette préface afin de laisser la place au Lemegetton, et à celui qui s'est acharné à le traduire pour nous le fournir, enfin, dans la langue d'Isidore Ducasse.
Morigane, novembre 2003.

