Cette lettre s'adresse à tous ceux qui sont "hors norme", à tous ceux qui sortent du moule, à tous ceux qui se sentent comme des mutants ou des aliens perdus sur une planète qui n'est pas la leur, à tous ceux qui, à défaut d'être de ce monde, sont au monde. Elle s'adresse à tous ceux que l'on a salis, humiliés, battus, violés, à tous ceux dont on a minutieusement mis la vie, le corps, l'âme et le coeur en miettes, à tous ceux à qui on a renié le droit d'exister, d'aimer et d'être heureux sous le prétexte d'une faute ou d'une différence. Elle s'adresse à tous ceux qui portent en eux et dans leur regard l'enfant qu'ils étaient et qu'ils sont toujours, et qui sont capables de porter sur le monde et sur eux-mêmes le regard de cet enfant. A tous ceux qui aiment enfin sans concession ni demi-mesure et qui mettent à chaque fois leur coeur dans la balance tout en laissant à l'autre sa liberté, à ceux qui ont choisi la voie de l'Amour plutôt que celle du Pouvoir. A tous ceux-là, à ceux qui en viennent à s'autodétruire d'une façon ou d'une autre à cause de cette souffrance, cette lettre ouverte est destinée.
Pourquoi cette lettre ? Pour leur dire et leur faire savoir qu'ils ne sont pas aussi seuls qu'ils le pensent, pour qu'ils sachent qu'il y en a d'autres, et surtout pour qu'ils sachent qu'ils valent bien plus qu'ils ne le pensent. Parce qu'après avoir été détruit de cette façon on pense qu'on vaut moins que rien, et qu'on ne mérite ni d'exister ni d'être heureux, consciemment ou inconsciemment. A tous les aliens qui croient cela arrêtez-vous un instant, et regardez-vous avec les yeux de l'enfant qui est en vous sans concession mais sans auto-dévalorisation non plus. Et demandez-vous au nom de quoi ou de qui vous n'auriez pas le droit de vivre, d'aimer et d'être aimé. Laissez de côté vos souffrances mais aussi et surtout vos peurs, regardez le chemin que vous avez parcouru, les obstacles que vous avez franchis, les souffrances que vous avez surmontées, regardez ce que vous avez accompli et l'Amour que vous avez donné. Regardez cette force de vivre et cette capacité à aimer et à espérer aimer que vous portez en vous. Regardez-le enfin cet enfant qui vous regarde et vous observe, cette part d'innocence et de simplicité que vous portez en vous. Regardez-le et tendez lui vos bras, laissez vos peurs loin derrière vous, et marchez avec lui. Je ne dis pas que ce sera un long fleuve tranquille, loin de là. Mais vivre c'est aussi prendre des risques, et face à la souffrance il y a deux réactions possibles : soit on bloque dessus et on se referme, on ne vit plus ; soit on la dépasse, on s'en nourrit et on se relève pour continuer le chemin. Avancer sans armure comporte des risques mais qu'est-ce qu'on est libre sans elle ! La liberté et l'Amour valent à mes yeux les souffrances que l'on endure pour les vivre. A vous de faire en sorte que l'enfant qui est en vous soit fier de cette différence, et n'ayez plus peur de paraître bizarre parce que vous vous extasiez sur la beauté d'un papillon ou d'une coccinelle. Qui sait, c'est peut-être sur les ailes d'un papillon que se trouve la clé de bien des mystères ...
20/04/04
Morigane, alien et fière de l'être
PS : merci au petit serpent de m'avoir montré qu'une telle lettre s'imposait.

