(Sont insérées de-ci de-là, des coupures empruntées à des auteurs qui n'ont pas à faire avec la gnose proprement dite, cette confrontation, outre la lecture qu'elle propose, en témoignage de la plus que jamais actualité de celle-ci.) (1).
"J'ai lancé un appel dans le monde : Que tout homme veille sur lui-même. Celui qui veille sur soi-même sera sauvé du feu dévorant."
Ginza : "Le trésor ou le grand livre des mandéens" (cité par Hans Jonas dans "La religion gnostique", p. 118).
On a cru longtemps que la gnose était une hellénisation du christianisme, branche éloignée du pythagorisme et du platonisme, puis on a pensé que c'était parmi les sectes dissidentes du judaïsme qu'il fallait voir les premières bases de l'attitude gnostique : esséniens, samaritains, sabéens. Maintenant les historiens s'accordent à dire que, s’il ne faut pas négliger les sources grecques et judaïques, c'est plutôt en Asie Mineure qu'il faudrait chercher la trace de la gnose. Au début du christianisme, l'orient ressurgit dans le monde grec : magie égyptienne, astrologie chaldéenne, dualisme iranien, cultes et mystères syriens, babyloniens, perses... Tous ces enseignements s'influencent plus ou moins les uns les autres mais les gnostiques systématisent presque le procédé, ils mélangent tout à tout. On comprend pourquoi il est difficile et hasardeux d'écrire sur la gnose (alors que c'est des gnoses qu'il faudrait parler), cependant nous essaierons pourtant de dégager dans cet essai l'essence de celle-ci car il apparaît que s’il n'y a pas de religion gnostique, il existe bien une religiosité gnostique.
"Avoir la gnose, déclarent d'un commun accord l'extrait 78 de Théodote, Marcos chez Irénée, le IVème Traité du Corpus Hermétiste, c'est connaître ce que nous sommes, d'où nous venons et où nous allons, ce par quoi nous sommes sauvés, quelle est notre naissance et quelle est notre renaissance."
Henri-Charles Puech ( "En quête de la gnose", t. I, pages 165-166).
A l'antipode du collectif, le gnosticisme est fondamentalement hérétique (2), hors-la-loi. L'infinie pluralité de l'imaginaire ne peut s'accommoder en effet des canons du dogme. Dès les premiers siècles du christianisme, les autorités théologiques et politiques n'auront de cesse de museler la révolte. On peut même se demander jusqu'à quel point la doctrine des pères de l'église ne s'est pas élaborée en réaction contre ces sectes qui menacent un pouvoir encore fragile. C'est d'ailleurs grâce aux Irénée, Hippolyte de Rome, Origène, Clément d'Alexandrie, Epiphane, Tertullien, etc, qu'aujourd'hui nous pouvons reconstituer en partie un corpus gnostique, les découvertes de manuscrits étant relativement récentes (3). Haine significative que celle de ces hommes du monde face à ceux qui disaient : "Nous ne sommes pas de ce monde“.
La plus complète parole gnostique est analogue à celle du Livre de Job : "Dieu est présent sous forme d'absence" (4) où ce je qui est l'autre répond à cet absent du monde : le gnostique. Ce n'est qu'à partir de ce moment que des rapports privilégiés peuvent se nouer entre l'homme et le divin, un à un, en soi, la révélation délivre alors l'âme qui se fond dans le plérôme (5).
Si le gnosticisme s'oppose aux deux autres religions transcendantes, le Judaïsme et le Christianisme, c'est avant tout contre le monde grec que ses attaques sont les plus virulentes. Sa doctrine anti-cosmique est l'inversion du système grec, pire, son individualisme est impossible à concilier avec l'existence de l'empire. C'est pourquoi la réponse d'un Plotin est peut-être plus indignée encore que celle de tel père de l'église.
"Qu'ils abandonnent ce ton tragique en parlant des prétendus dangers de l'âme dans les sphères du monde… Et si l'homme a plus de prix que les autres animaux, les corps célestes valent bien mieux encore, puisqu'ils sont dans l'univers, non point pour en être les tyrans, mais pour lui apporter ordre et beauté."
Plotin ("Ennéades", II, 9, 13.)
"Voilà des gens qui ne dédaignent pas d'appeler frères les hommes les plus vils ; mais ne daignent pas donner ce nom au soleil, aux astres du ciel et pas même à l'âme du monde, tellement leur langage s'égare."
Plotin ("Ennéades", II, 9, 18.)
La gnose est révolutionnaire, à la division en castes de la société grecque fait pendant la fraternité des élus. Elle déifie l'homme. Mais si le gnostique négationne la vertu grecque, qu'il soit ascète ou libertin, c'est que l'important est d'abord d'être hors du monde et jamais sans doute pareille brisure n'aura été signifiée entre l'homme et le monde.
Pour le grec, le temps obéit à des cycles, c'est l'éternel retour qui assure le maintien, la stabilité du monde. Ce sont les astres qui gouvernent.
"Selon la célèbre définition platonicienne, le temps, que détermine et mesure la révolution des sphères célestes, est l'image mobile de l'immobile éternité, qu'il imite en se déroulant en cercle."
Henri-Charles Puech ("En quête de la gnose", t. I, p. 218).
La conception chrétienne du temps, elle, est centrée sur la personne du Christ, la croix servant d'axe. Il y a un avant, le Judaïsme, et un futur, l'Apocalypse, qui est à la fois la fin du temps et sa révélation. L'incarnation étant unique, le temps est linéaire. L'histoire, la philosophie de l'histoire, s'édifient à partir de cette représentation du temps.
Pour le gnostique, le "Kosmos" grec est un joug insupportable mais il ne peut accepter pour autant le dieu juif de l’ancien testament, ni non plus la vision historique du christianisme. La gnose nie le temps, c’est une infection, le résultat d’une déchéance, tout devenir ne peut être qu’un devenir de mort.
"Car, là où rien ne se fait connaître que sous la mesure du temps, il y a mensonge ; là où il y a un commencement dans le temps, l’erreur apparaît."
Hermès Trimégiste (II, p. 341).
"Je suis un dieu et né des dieux,
Brillant, scintillant, lumineux,
Rayonnant, parfumé et beau, >
Mais maintenant réduit à souffrir. "
Fragment de Tourfan (cité par Henri-Charles Puech, "En quête de la gnose", t. I, p. 252).
La gnose est éternité, c'est par elle que le gnostique se sauve du temps en se révélant à lui-même. Penser un temps gnostique, c'est penser un mythe qui foudroie l'histoire.
"Mais… afin que soit rejetée avec mépris la démence du mage hérétique Ménandre le Samaritain, qui déclare non seulement que la mort ne concerne pas les siens, mais qu'elle ne les atteint même pas, lui qui, en effet, dit à ce sujet avoir été délégué par la suprême et secrète puissance pour que deviennent immortels et incorruptibles, et aussitôt participants à la résurrection, ceux qui auront revêtu son baptême."
Tertullien ("De Anima", 50, 2).
"En vérité, c'est un fleuve souillé que l'homme. Il faut déjà être une mer pour être capable d'accueillir un fleuve souillé, sans devenir impur."
Nietzsche ( "Also Sprach Zarathustra", vorrede 3).
Expérience de la limite, l'initiation est une rupture avec le monde.
"Ô Dieu de lumière, chère âme ! qui a obscurci ton œil lumineux ? … Sans cesse tu tombes d'une misère dans une autre, et cela même, tu ne le reconnais pas… Et qui t'a de ta magnifique terre divine conduite en exil, et qui t'a enfermée dans cette sombre prison ?"
Texte manichéen (cité par S. Pétrèment, "Le dualisme chez Platon, les gnostiques et les manichéens", p. 185).
L'homme prend conscience qu'il n'est qu'un cadavre en sursis et son angoisse est telle qu'il ne peut se soustraire à la terreur panique qui prend possession de tout son être.
"Jésus a dit : regarde père.
Poursuivie de maux, sur la terre,
Loin de ton souffle, elle erre vainement :
Elle cherche à fuir le chaos amer,
Et ne sait comment la traverser."
Hymne des Naassènes (Hippolyte, "Philosophoumena", V, 10, 2).
"Plus incompréhensible encore leur sera l'état de l'homme qui souffre de al conscience effroyablement claire. Il s'agit de la douleur peu commune aux mortels de se trouver soudain trop "intelligent". Il est bien vain de tenter de faire naître, dans un esprit qui ne l'a pas expérimenté, l'approximation de cet état qui selon un déterminisme inconnu, en un instant soudain, plonge un être dans l'horreur froide et tenace du voile déchiré des antiques mystères. C'est devant la disponibilité la plus absolue de la conscience, le rappel brusque de l'inutilité de l'acte en cours, devenu symbole de tout Acte, devant le scandale d'être et d'être limité sans connaissance de soi-même. Essence de l'angoisse en soi qui fait les fous, qui fait les morts."
Roger Gilbert-Lecomte : "Monsieur Morphée, empoisonneur public" (Bifur n°4, p. 176-177).
Sensibilisé au travers de sa propre mort, éveillé à l'existence, le voyant se met alors en quête d'un "autre". C'est en mourant pour renaître vraiment que le gnostique aborde enfin son moi où, suprême dialectique, il reconnaît sa condition divine.
"La connaissance de l'homme est le commencement de la perfection ; la connaissance de dieu en est la consommation."
Fragment gnostique (Hippolyte, "Philosophoumena", 6, 6).
Le "dieu" des gnostiques est radicalement outremondain, il s'oppose au dieu créateur judéo-chrétien qui est un faux dieu (6). On ne peut parler de lui qu'en termes négatifs.
"Il n'était rien, ni matière, ni essence, ni non-essence, ni simple, ni composé, ni intelligible, ni non intelligible, ni non sensible, ni homme, ni ange, ni dieu, ni en général rien de ce qui a nom."
Basilide (Hippolyte, "Philosophoumena", VII, 21, 1).
"Dieu" tout spécialement ne peut être lié ni à l'ordre, ni à la loi de ce monde puisque cet ordre est un esclave qui adore son maître et cette loi une folie qui anéantit l'homme.
"Ce monde n'a pas été créé selon le vœu de la vie."
Ginza : Le trésor ou le grand livre des Mandéens (cité par Hans Jonas dans "La religion gnostique", p.93).
"Je ne puis plus me voir comme une partie du monde ; c'est le monde, au contraire, qui est le voile qui me masque en temps ordinaire cette vérité absolument essentielle que je voudrais oublier, qui est que je suis face à face avec une intention qui me "cherche". S'il en est ainsi vraiment, le monde n'est pas l'être, moi ayant pour être d'être une partie du monde ; mon être, c'est d'être déchiré par ce combat ou cette confrontation qui s'annonce sans cesse en se différant sans cesse ; et qui affleure en de certains moments décisifs où le voile du monde, trop agité par une intention insistante, est subitement déjeté."
Philippe Nemo ("Job et l'excès du mal", p. 168).
L'homme délié, déjouant tous les tabous, devient donc transparent de la réalité/totalité.
"Je suis toi et tu es moi, et où que tu sois, moi, je suis là, et je suis en toutes choses disséminé. Et d'où que tu le veuilles, tu me rassembles ; et, en me rassemblant, tu te rassembles toi-même. "
Evangile d'Eve (Epiphane, "Boite à drogues contre les hérésies", 26, 3).
Il y a un imaginaire gnostique, la révélation de la lumière ne se faisant pas sans frémissements, sans foisonnements visionnaires. Cette structure des compositions gnostiques est la marque, le signe de l'autre monde. La gnose est plus l'œuvre de poètes que de philosophes, ce n'est pas une raison, c'est un souffle. Elle témoigne plus qu'elle ne démontre.
"Ils mêlèrent de leur ruse à ma boisson et me donnèrent de leurs mets à goûter. J'oubliai que j'étais fils de roi, et je servis leur roi. J'oubliai la Perle qu'ils m'avaient envoyé chercher. Appesanti par leur nourriture, je m'enfonçai dans un profond sommeil."
Le chant de la perle (cité par Hans Jonas dans "La religion gnostique", p. 99).
Parce que la gnose est en contact direct avec "l'autre", sa parole n'est pas bridée par un carcan de lois, elle peut donc donner libre cours à la langue. Le gnostique traverse l'écriture comme l'âme errante le labyrinthe des éons (7).
"Vois-tu, mon enfant, combien il nous faut traverser de corps, combien de chœurs de démons, et quelle succession continue et quels cours des astres, afin de nous hâter vers l'Un-et-Seul ?"
Hermès Trismégiste ("Corpus Hermeticum", IV, 8).
"Il est difficile de faire sentir de quoi il s'agit dans l'expérience mystique sans avoir l'air de donner une métaphore de la folie."
Philippe Sollers ("La lettre volée de l'évangile", in Art Press International n°19).
Au milieu de la barbarie du monde, de déception en déception, le gnostique pense la vanité de toutes choses et cherche à s'accomplir hors limite. C'est dans ce "lieu de lumière" que se célèbrent les noces mystiques où celui-ci retrouve enfin son double.
"Je viens à la rencontre de mon image, et mon image vient à ma rencontre. Elle me parle affectueusement et m'embrasse, à mon retour de captivité."
Ginza de gauche (cité par Henri-Charles Puech, "En quête de la gnose", t. II, p.123).
"L'âme n'est pas l'autre du corps. Car si tu dis que l'âme est coupée du corps, tu redoubles le corps. Et tu reproduis le corps en ce qu'il connaît le malheur : la reproduction. Si l'Ame est le Double, c'est de ne pas redoubler. Ainsi chercheras-tu l'Ame le long d'une Procession, aussi longue que celle de la Chair qui la jouxte, en est séparée d'un point d'une absolue hostilité ; non de haine, entends bien, maïs d'hostilité. Comme l'histoire du corps embarrassé de la chair est le temps, l'histoire de l'Ame se nomme l'éternité. Car c'est le temps qui s'éternise et non l'éternité. Tu ne peux rien dire : ni qu'elle produit l'instant, ni la durée ; en elle rien ne manque, bien que rien ne la satisfasse, rien ne peut lui donner l'occasion du manque et du plein. L'éternité n'est point pour nous ce dont le temps est l'image mobile. En effet, nous ne pourrions en retour empêcher qu'elle soit l'image fixe du temps. L'éternité excède le temps. Mais est-ce bien une image adéquate de l'éternité ? C'est trop peu dire encore, si l'excès va dans le sens, le long de la procession, de ce qui est excédé. L'éternité jouxte le temps comme un Principe s'oppose à l'autre Principe, et cette séparation à son tour se sépare d'elle-même indéfiniment."
Christian Jambet ("Apologie de Platon", p.243 ).
Double, image, ange, âme, tous ces termes tendent à désigner l'être du gnostique, nul doute que naître à son vrai moi est plus pour lui qu'une promesse de salut, c'est s'apercevoir qu'il l'est déjà ou mieux qu'il n'a plus besoin de l'être. A chaque "pneumatique" (spirituel) correspond un "ange", époux parfait, il reçoit autant qu'il donne, étrange opération que nous décrit le logion 88 de l'Evangile selon Thomas :
"Jésus a dit : Les anges viendront vers vous ainsi que les prophètes, et ils vous donneront ce qui est à vous. Et vous aussi, ce qui est dans vos mains, donnez-le leur et dites à vous-mêmes : quel est le jour où ils viendront (et) où ils recevront ce qui est leur ?"
Henri-Charles Puech ("En quête de la gnose", t.II, p.24).
En règle générale le gnostique condamne tout commerce charnel comme une souillure puisqu'au contraire du "Hieros Gamos" (mariage sacré du masculin et du féminin) qui est réintégration, le mariage courant est le lieu de la procréation.
"Sans aucun doute, le créateur méchant est l'origine et la cause de toute fornication."
Fragment de l'évangile des Egyptiens (cité par Clément d'Alexandrie).
Même souci d'éviter la génération chez les gnostiques licencieux, Epiphane note horrifié qu'ils s'adonnent à la spermatophagie, à l'avortement et à la consommation du fœtus dans un banquet rituel.
"Les hommes prennent occasion de l'émission séminale et les femmes de leur flux menstruel, pour se rassembler et célébrer des mystères immondes. C'est ce qu'ils appellent les mystères de la vie et de la gnose parfaite."
Epiphane ("Panarion", 4, 1-2).
En fait, ce n'est pas la sexualité que le gnosticisme refuse mais l'emprisonnement de nouvelles âmes dans la matière, la multiplication du malheur et de la division.
"Lorsque vous ferez l'intérieur comme l'extérieur et l'extérieur comme l'intérieur et ce qui est en haut comme ce qui est en bas, et lorsque vous serez, le mâle avec la femelle, une seule chose en sorte que le mâle ne soit pas mâle et que la femme ne soit pas femme, lorsque vous ferez des yeux au lieu d'un œil… ALORS vous entrerez dans le royaume."
Evangile selon St Thomas (cité par Henri-Charles Puech dans "En quête de la gnose", t. II, p.14-15).
La gnose nous interpelle d'une façon étonnamment moderne, elle nous dérange dans ce que nous croyons trop vite être des certitudes.
"Dormons-nous depuis des millénaires ? Vivons-nous dans un univers de mirages où le réel n'est que le reflet d'un monde même illusoire ? Et ce que nous appelons conscience n'est-elle pas en fait une inconscience, impuissante à rendre compte de notre condition ? Bref, vivons-nous vraiment ou sommes-nous pris dans un piège cosmique, une énorme machination qui a vicié nos corps, nos pensées, notre histoire pour nous interdire d'être vraiment des hommes ?"
Jacques Lacarrière ("Les gnostiques, libertaires de l'absolu" in Planète n°20).
Qui peut prétendre échapper à ces questions ? Une révolution véritable peut-elle les évacuer sans menacer l'existence même de la liberté ? Je n'ai aucune envie de conclure, plus, je m'en garderai bien.
HORUS [article paru in SPHINX n°10/11, automne 1980, ISSN 0181-6160 et révisé par l’auteur circa 1984-85]
NOTES
(1) Malgré que Mr Ruyer, auteur à succès d'une "Gnose de Princeton", se reconnaît une certaine filiation avec la Gnose il ne sera volontairement pas cité dans cet article. A ceux qui pourraient s'en étonner, nous répondons que si ce système totalitaire a pu faire illusion auprès d'un grand nombre de lecteurs, il n'est pour nous que le reflet de l'esprit réactionnaire qui l'a conçu ! J.P.S., dans un n° d"Humanisme" (n°122 de mars 1978) a d'ailleurs clairement montré les véritables enjeux de ce nouveau scientisme : "…Telle qu'il la décrit, "la nouvelle gnose" est un mouvement élitiste de gens privilégiés par le savoir, le savoir-faire et l'argent, à qui cela ne pose guère de problème de conscience. Il est naturel que les meilleurs - ce qu'ils sont - bénéficient d'un traitement de faveur qui, en leur ôtant tout souci, leur permette de devenir encore meilleurs. Bien entendu, ils sont apolitiques, c'est-à-dire qu'ils se trouvent du côté de l'ordre établi qui leur épargne les inconvénients des remises en cause sociales. Un tel système de pensée peut évidemment servir d'alibi à tous ceux qui sont engagés dans la recherche et le développement d'armements, par exemple, sans même devoir faire appel au sentiment national. On mesure son opportunité quand on sait que plus de 50 % des chercheurs et des ingénieurs de recherche dans le monde s'occupe de ce domaine, que beaucoup sont coincés, piégés dans ce travail qui assure leur subsistance et celle de leur famille. Ainsi les technocrates ont enfin les mains libres. .." Il reste qu'il est assez inquiétant de constater qu'un public nombreux se laisse de plus en plus manipuler par ce qu'il croit être des démonstrations scientifiques qui ne sont en fait que des affirmations idéologiques (Cf. par exemple aussi au cas Jean Charon !).
(2) Toutefois la gnose est antérieure au christianisme et mêlée à lui par malentendu, elle déborde en effet largement le cadre de celui-ci, il existe par exemple des gnoses "païennes' (Mandéisme, Manichéisme). C'est un mouvement parallèle au christianisme qui n'encourt les foudres des pères de l'église qu'à partir du moment où les gnostiques utilisent, en les subvertissant dangereusement, les évangiles.
(3) De la fin du XVIIIe siècle à celle du siècle dernier, trois manuscrits seulement avaient été retrouvés : le Codex Askewianus (lequel contient la Pistis Sophia), le Codex Brucianus et le Codex Berolinensis. Ce n'est qu'en 1930 qu'un ensemble de documents manichéens est découvert au Fayoum et un lot de manuscrits coptes à Nag Hammâdi, dans ce dernier cas il s'agit d'une bibliothèque entière ayant appartenu à une secte gnostique : les Séthiens.
(4) Hans Urs von Balthasar (La gloire et la croix, 3. Théologie, 1. Ancienne Alliance), cité par Philippe Nemo dans "Job et l'excès du mal".
(5) "Chez les gnostiques le dieu réel, concret, vivant. epiuoia : la plénitude" Littré.
(6) "Et les hommes, que penseront-ils de moi, dont ils avaient une opinion si élevée, quand ils apprendront les errements de ma conduite, la démarche hésitante de ma sandale, dans les labyrinthes boueux de la matière, et la direction de ma route ténébreuse à travers les eaux stagnantes et les humides joncs de la mare où, recouvert de brouillards, bleuit et mugit le crime à la patte sombre !… Je m'aperçois qu'il faut que je travaille beaucoup à ma réhabilitation, dans l'avenir, afin de reconquérir leur estime. Je suis le Grand-Tout ; et cependant, par un côté, je reste inférieur aux hommes, que j'ai créés avec un peu de sable !" Lautréamont ("Les chants de Maldoror", chant troisième).
(7) "Eon : nom générique de catégories entières d'êtres divins, semi-divins ou démoniaques. Les Eons représentent, avec tout ce qu'elle suppose dans le temps et l'espace, la puissance démonique de l'univers ou du royaume des ténèbres en son énormité." Hans Jonas ("La religion gnostique", p.78-79).
![]()
![]()